‹ Voyage en SuisseChapitre 28 sur 200 · G II A 1* I T K E 1) U I XI KM K · texte numérisé non relu

G II A 1* I T K E 1) U I XI KM K

ajuvs apparut Calvin, qui devint leur chef et acheva leur œuvre.

Quelle étrange chose que cette bourgeoisie, généralement si hère de son origine et de ses qualités génevoiscs, ait écouté d’une oreille si complaisante les paroles de quatre prédicateurs étrangers ! que cette cité, qui se glorifiait d’avoir échappé à la domination des princes de Savoie, ait docilement courbé la tète sous la hautaine autorité d’un plébéien de Picardie! et qu’enfin la gracieuse, la riante capitale du Léman ait accepté le sombre dogme de Calvin !

Certes, je n’ai nulle envie de faire l’éloge de Luther, car la réformation, dont il fut l’un des principaux moteurs, m’est toujours apparue comme la révolution la plus désastreuse à tous les points de vue; mais dans la fougueuse nature de Luther il y avait encore un côté sensible, quelques libres qu’un sentiment d’amour ou de pitié pouvait faire mouvoir; il y avait même, sous la rude enveloppe de ce fils du mineur d’Eisleben, un petit Ilot de poésie germanique. Dans Calvin, rien de pareil. C’est l’orgueil sans ménagement et la violence sans frein, la violence qu’il appelait lui-même sa hèle féroce; il formule ses principes comme si lui seul était dans les voies de la vérité; il parle au nom de la religion et n’admet aucun contradicteur : la moindre objection lui parait une impiété, la moindre résistance le met en fureur.

Quand il revint à Genève, après en ayoir été exilé pendant deux ans, il fut le maître de cette ville; il effraya les esprits craintifs et subjugua les plus résolus; il gouvernait le conseil de la cité et dictait même les arrêts du tribunal.

Par sa volonté, les églises et les cloîtres furent dévastés, les prêtres bannis à perpétuité et leurs demeures saccagées. 11 y avait, à Genève, un couvent de religieuses de Sainte-Claire, fondé par Yolande, sœur de Louis XI; on les invita à admettre la doctrine de la réforme; Farci lui-même, pénétrant dans leur demeure, leur lit un long sermon, dans lequel il raillait impitoyablement la sainteté de leurs vœux: mais ni ses remontrances, ni ses sarcasmes,

ni la peinture qu’il leur faisait d’une autre existence plus libre et plus attrayante, ne purent ébranler leur foi. Condamnées alors à sortir de leur religieuse retraite, elles partirent toutes ensemble pour se réfugier à Annecy. 11 y en avait quelques-unes parmi elles qui, de leur vie, n’avaient vu que les murs de leur couvent, qui étaient tout étonnées de se trouver en pleine campagne, et qui, à l’aspect d’un troupeau de vaches et de moutons, s’en écartaient avec effroi, croyant voir des animaux sauvages.

Déjà la plupart des familles catholiques de Genève avaient émigré, et, selon le témoignage de Bonivard, le célèbre Bonivard, qui, après avoir été prieur de l’abbaye de Saint-Victor, se rallia au protestantisme, la ville était tellement dépeuplée, que l’on trouvait à peine des locataires pour occuper les maisons vides, à la condition seulement d’y mettre des meubles.

Ils se retiraient, en fidèles catholiques, devant le nouveau pouvoir contre lequel ils ne pouvaient essayer de lutter, devant la loi qui leur interdisait la liberté de leur culte, devant l’homme qui se regardait comme le chef absolu de la religion et des consciences.

En demeurant dans la ville qui les avait vus naître, avec leur amour pour le culte de leurs pères, ils restaient exposés aux persécutions, à l’emprisonnement, à la mort peut-être; car l’inflexible Calvin n’admettait, dans les rigueurs de sa loi, aucune concession, et n’accordait aucune grâce à ses adversaires.

Un des magistrats de Genève, accusé d’avoir témoigné quelque bienveillance aux ennemis du prophète de Picardie, fut, pour ce lait, condamné à passer deux mois enfermé dans un cachot. Un autre citoyen notable, Jacques Gruet, qui avait osé écrire un libelle contre le saint apostolat de Calvin, paya de sa vie ce crime abominable. En 1547 il porta sa tête sur l’échafaud; trois ans après, un de ses écrits qu’on avait retrouvé dans sa demeure fut brûlé par la main du bourreau.

Chacun connaît le terrible, drame de Michel Servet; il avait eu

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