‹ Voyage en SuisseChapitre 4 sur 200 · I NT HO D UCT ION · texte numérisé non relu

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et parfois abusent cruellement de leurs prérogatives. 11 ne me paraît point démontré cependant que les Suisses aient été sous ce régime aussi malheureux qu’on pourrait le croire d’après les récits de quelques historiens. Ce pauvre régime féodal ! il a été cruellement traité par les beaux-esprits qui s’appellent les esprits libéraux. On signale avec un sentiment de réprobation ses abus et ses rigueurs ; ou oublie de citer ses œuvres les plus louables, et l’on ne veut pas reconnaître qu’à l’époque où il étendit son réseau à travers les différentes régions de l'Europe, c’était peut-être le seul mode de gouvernement possible. Ces seigneurs que l'on nous représente comme des tyrans aveugles et impitoyables, ils ont puissamment contribué à faire défricher les terres incultes ; ils ont protégé les villages naissants, encouragé dans son travail l’artiste et l’artisan, constitué des abbayes et des bourgades, favorisé l’émancipation des communes.

En Suisse, Berne, Fribourg, Rapperschwyl, plusieurs autres cités, plusieurs cloîtres considérables, ont été fondés par quelques nobles représentants du régime féodal. Zurich, Schaffouse, Soleure, Berne, Bâle, obtinrent sous ce même régime leurs premiers droits de juridiction et leurs premières franchises municipales.

Les lianes qui s’attachent à un arbre et peu à peu grandissent sous ses rameaux finissent quelquefois par en comprimer la sève dans leur rude étreinte, et par étouffer la tige qui fut leur soutien. Les peuples anéantissent ainsi les institutions qui les ont soutenus dans leur développement.

Ce ne fut pourtant pas contre les seigneurs indigènes que la

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Suisse manifesta scs premiers sentiments de rébellion, mais contre les baillis autrichiens de l’empereur Albert, qui, dès sou avènement au trône, répudia brusquement les habiles principes d’administration de son glorieux père, Rodolphe de Habsbourg.

La révolte à laquelle devaient successivement s’adjoindre tous les districts de l’Helvétie n’éclata point d’abord dans les villes qui, par le sentiment de leur force, devaient supporter plus impatiemment toute espèce de joug, mais dans une pauvre peuplade de paysans, retranchée dans une enceinte de montagnes, vivant obscurément du produit de ses champs et de ses pâturages.

Les petits cantons de Schwitz, d’Uri, d’Unterwalden, formèrent le premier faisceau de la confédération helvétique. Près du lac d’Égueri, au pied du Morgarten, s’élève une chapelle où, chaque année, le 16 novembre, on célèbre une messe solennelle. Le 16 novembre de l’année 1515, le duc Léopold d’Autriche arrivait là avec une armée nombreuse pour réprimer l’audace de ceux qui avaient osé braver son pouvoir, et les chroniques disent qu’il faisait traîner à sa suite des chariots pleins de cordes pour pendre plus promptement les rebelles.

Treize cents confédérés, armés de grossières hallebardes et de massues, se réunirent sur le penchant du Sattel, et mirent en déroute et écrasèrent la légion bardée de fer qui s’avançait contre eux. Les gens de Schwitz s’étaient particulièrement distingués dans cette bataille. Leurs compagnons d’Uri et d’Unterwalden adoptèrent ce nom en signe de ralliement.

Plus tard, les autres cantons l'admirent également; delà, les mots de Schweiz, de Switzerland, de Swizzera, de Suiza, de Cliveitzaria, de Suisse, par lequel, dans toutes les régions de P Europe, on désigne aujourd’hui les anciens pàys dès Rhétiens, des Tiguriens, des Helvètes.

Chacun sait les suites du soulèvement des petits cantons, la formation graduelle de la ligue suisse, les batailles de Sempach et de Naefels, où la noblesse autrichienne fut de nouveau vaincue comme à Morgarlen; pùis les batailles de Grandson, de Moral, dans lesquelles s’abîma la puissance du duc de Bourgogne. i '

Les Suisses se glorifient, et à juste titre, de ces temps où ils conquéraient l’indépendance de leur pays et repoussaient i invasion de l’étranger. Par malheur, là ne s’arrêta point leur

ardeur belliqueuse. Des questions d’intérêt et de vanité les armèrent les uns contre les autres. La guerre civile éclata dans ce pays, qui s’était ennobli par sa guerre nationale. Puis vint la réforme, la désastreuse réforme, qui sema dans les villes et les villages de la Suisse de nouveaux germes de discorde, et alluma de nouvelles colères. Genève, Zurich, Berne, furent les principaux foyers de ce dogme du protestantisme, qui d’abord demandait le principe de libre examen, la liberté de conscience, et qui violentait sans merci les consciences de ses antagonistes, dès qu'il se sentait le maître. A Genève, le farouche Calvin faisait incarcérer ou condamner à mort ceux qui osaient résister à sa suprême sagesse. A Zurich, ce même Zwingle qui longtemps s’était honoré de recevoir une pension du pape se plaçait à la tête des troupes protestantes, qui, ne pouvant vaincre par

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le raisonnement l’obstination des cantons catholiques, se décidaient pieusement à les convertir par la force des armes. Mais cette fois elles furent vaincues, et leur vaillant prédicateur périt sur le champ de bataille.

A Berne, les magistrats, toujours en vertu de ce même principe de tolérance, abolissent la juridiction des prélats, interdisent la messe, dilapident et saccagent les églises. Un vieux catholique entre dans la cathédrale de Berne, monté sur un fine, pour se railler de ceux qui la dépouillent de ses images et de ses statues. Un autre leur dit: « Elle est belle à présent votre église, les Oberlandais peuvent y amener leurs chevaux les jours de marché. » Grâce à l’ardeur du prosélytisme et aux habiles manœuvres des nouveaux sectaires, peu à peu la capitale du canton de Berne a admis la doctrine de la réforme. Mais il y a encore ça et là, en différents districts, surtout dans l’Oberland, de malheureuses gens qui refusent d’ouvrir les yeux à la lumière, et persistent à garder le culte de leurs pères. On les éclairera, on les convertira malgré eux. Le 7 juin 1528, les patres du Ilasli déclarent solennellement qu’ils resteront fidèles au catholicisme. En même temps un grand nombre de paysans de l’Oberland se réunissent à Interlaken pour assister à la messe qui doit être célébrée par l’abbé d’Engelbert. La brave ville de Berne, justement irritée d’un tel égarement, prend la résolution d’y mettre fin. Cinq mille hommes, solidement armés et munis d’une puissante artillerie, se rendent dans les villages rebelles. Les pauvres Oberlandais, hors d’état de lutter contre de pareilles forces, sont obligés de se soumettre. Un de leurs chefs s’enfuit dans l’Obwald. Mais, quelque

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temps après, il est arrêté, condamné à mort, et sa tête est plantée sur une pique à la limite du Ilasli et de l’Unterwald. C’est ainsi que les Bernois propagent les bons principes de religion et punissent ceux qui ne veulent pas se rallier à la bonne cause. Dans l’ardeur de leur zèle, ils ne se contentent même pas des conversions qu'ils opèrent au sein de leurs domaines, ils veulent rendre le même service aux cantons voisins. Ils envahissent lé pays dé Vaud, dépouillent ses églises, et rapportent à Berne lés tentures, les vases sacrés, les tableaux et les autres ornements de la cathédrale de Lausanne.

Les dissensions produites en Suisse par les dogmes de la réforme n’ont, en réalité, jamais été complètement éteintes. En diverses circonstances on les a vues renaître. Elles se sont manifestées de différentes façons dans les conseils de la diète, et enfin, en 1847, elles ont enfanté la guerre du Sonderbund.

Le courage que les Suisses avaient déployé dans leurs

guerres d’émancipation inspira aux souverains étrangers le désir d’attacher à leur service de si vaillants soldats. De l’année 1452 date le premier traité de nos rois avec la confédération helvétique. Dix ans après, dans la guerre du Bien public, on remarquait, parmi les troupes de Charles VIT, deux compagnies de Suisses armés de piques de dix-huit pieds de longueur. En 1516, François Fr signait un nouveau traité, par lequel il s’engageait à payer aux Suisses quatre cent mille écus poiwl’ expédition de Dijon, troiscentmillepour l’expédition d’Italie, dansle easôùon lui restituerait une partie des bailliages italiens cédés parMaximilien Sforza. Déplus, il promettait à chaque canton un subside annuel de trois mille livres, et garantissait aux

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