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CHAPITRE DEUXIÈME

d’un principe universel de libéralisme. Après la réforme, on n’obtenait à Genève le diplôme de bourgeoisie qu’à la condition de s’engager par serment à vivre selon les dogmes du protestantisme, et quiconque devenait catholique perdait par ce fait ses droits de cité.

Mais en 1801 , en vertu du Concordat, des catholiques obtinrent d’abord qu’une église leur serait ouverte dans l’enceinte même de Genève, et en 1814 le congrès de Vienne, en adjoignant quelques villages à la cité calviniste, lui imposa l’obligation de respecter et de protéger dans ses murs et sur son territoire la religion catholique.

Maintenant, dans la population de ce canton, qui se compose d’environ soixante-quatre mille âmes, on compte au moins vingt mille catholiques, qui pratiquent librement leur culte et n’ont plus à redouter aucune persécution.

De tels changements dans les institutions d’un peuple doivent nécessairement produire d’importantes modifications dans son caractère et ses mœurs. Ceux qui ont vu, au siècle dernier, la sévère ville de Genève enserrée dans son réseau de coutumes traditionnelles, de principes hiérarchiques, et asservie à la rude loi de Calvin, ne la reconnaîtraient guère s’ils la voyaient telle qu’elle est aujourd’hui, dégagée de toute entrave, trop dégagée souvent, animée par un vif mouvement de commerce et fréquentée chaque année par des milliers et des milliers d’étrangers.

Les descendants des anciennes familles patriciennes habitent encore, dans la haute ville, de grandes maisons construites en pierres de taille d’un aspect imposant et triste; mais d’autres se rapprochent des rives du Rhône, et de magnifiques habitations s’élèvent autour de ce quartier Saint-Gervais où jadis les artisans semblaient relégués à l’écart comme une colonie d’ilotes, et il se forme là toute une nouvelle et riche et brillante cité.

Ce qu’on a dit de la roideur des Génevois et de leur froide réserve envers l’étranger, je n’ai point eu occasion de le reconnaître.

.Lai séjourné plusieurs fois dans celte ville, j’ai été admis dans quelques-uns de ses salons, et j’y ai toujours trouvé des hommes fort courtois et fort obligeants, des femmes instruites et gracieuses.

Mais, à supposer que cette société n’ait point la vivacité de la société parisienne ni le confiant élan et les cordiales démonstrations des peuples du Nord, Genève est une de ces villes où l’on se détourne aisément du commerce des hommes pour s'absorber en une libre rêverie dans la contemplation de la nature. Quelle variété de couleurs, de scènes agrestes et d’images grandioses attirent là de tous côtés les regards! Quel merveilleux aspect que celui de ces fraîches vallées, de ces cimes aériennes et de ce grand lac où se reflètent les richesses de la terre et les rayons du ciel ! Il n’y a qu’un saint qui ait pu passer à côté de ce lac sans le voir.

On raconte que le célèbre abbé de Clairvaux, se rendant un jour à Genève, traversa toute la lisière du canton de Yaud absorbé dans une profonde méditation. Le soir, ses compagnons s’entretenaient de la magnificence du Léman, et lui les écoutait avec surprise. Ce lac, dont il entendait ainsi vanter la beauté, il ne l’avait pas remarqué.

Mais c’était saint Bernard.

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