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CHAPITRE TROIS! KM K

Cliamouni. Campus munilus , dit une ancienne charte latine, champ muni. C’est en effet un champ assez muni de bastions et de remparts par ses rocs et scs glaciers. Au dixième siècle, des bénédictins, séduits par l’austère et solennel aspect de celle thébaïdc des neiges, y construisirent une chapelle et une habitation. Le comte Avmon de Genève leur donna des terres et des bois, et

là, comme en tant d’autres contrées, les religieux furent les premiers habitants du désert et les premiers pionniers de la forêt sauvage. Des paysans vinrent ensuite s’établir au même lieu, et peu à peu il se forma une communauté que l’on désigna sous le nom de prieuré de Cliamouni. Le prieuré l’avait fondée et la gouvernait, le prieuré avait même le droit d’en bannir quiconque ne se montrerait pas envers lui suffisamment soumis.

Plusieurs des évêques de Genève, en faisant leur visite diocésaine, pénétrèrent jusque dans cette étrange retraite. En 1000 saint François de Sales y vint à pied et logea dans une cabane du village, (pii existe encore. Pour accomplir ce trajet, il avait du passer par des sentiers si difficiles, qu’il en avait les pieds meurtris et les mains déchirées. 11 resta plusieurs jours dans cette petite paroisse solitaire, officia dans l’église nouvellement reconstruite, visita les malades, distribua des aumônes.

A l’heure de son départ, tous ceux qu’il avait éclairés par son enseignement, consolés par sa charité, se pressaient autour de lui pour entendre encore une fois sa sainte parole. Il monta sur un bloc de pierre qui s’élevait au bord du chemin, leur adressa une dernière allocution, puis les bénit et se mit en marche vers Sallenches.

A partir de cette époque, un long espace de temps s’écoula pendant lequel le village de Ghamouni, n’ayant aucun rapport avec la

gent aristocratique, les savants, et la nomade colonie de Genève, resta à peu près entièrement oublié ou ignoré. L’Arve seule arrivait à la capitale du Léman, comme un voyageur d’un lointain pays. Les lions Génevois, en voyant cette boueuse rivière tomber dans les Ilots épurés du Rhône, ne s’inquiétaient guère d’en chercher la source. Ils disaient qu’elle provenait d’une contrée dont les habitants avaient attiré sur eux les malédictions de Dieu; ils appelaient les cimes de neige de cette région les montagnes maudites. L’un des pics du mont Blanc a conservé ce nom.

En 1741 , deux Anglais qui par hasard se rencontraient à Genève, M. Windham, l’archéologue, et M. Poôcocke, l’illustre voyageur, résolurent de remonter le cours de l’Arve et d’explorer la vallée sur laquelle ils n’obtenaient que très-diflicilement quelque vague notion. En organisant ce projet, ils croyaient bien entreprendre une tâche difficile, peut-être même périlleuse. Peut-être l’Arvc leur apparaissait-il connue un autre Nil dont ils allaient découvrir l’origine dans de fabuleuses régions, comme les montagnes de la Lune. Ils emportaient une tente et des provisions, comme s’ils étaient condamnés à traverser un pays nouvellement doté des bienfaits d’une révolution radicale. Ils partaient avec six de leurs compatriotes et cinq domestiques armés de pied en cape, comme s’ils devaient s’aventurer au milieu d’une tribu de Kurdes ou de Bédouins. M. Poococke se rappelait peut-être ses pérégrinations en Orient et croyait les recommencer.

Ils ne rencontrèrent sur leur route ni une de ces féroces tribus qui complètent l’aimable région gouvernementale de l’empire turc, ni une cohorte de ces vaillants champions de la régénération sociale, vaillants surtout à démolir. Ils ne furent exposés à aucune dilapidation, ils n’eurent aucun combat à soutenir. Mais ils n’employèrent pas moins de quatre longues journées à se rendre de Genève à Chamouni par d’étroits et âpres sentiers où souvent leurs chevaux trébuchaient au bord de l’abime. AServoz, ce village aujourd’hui si attrayant, ils ne purent trouver un gile dans une habi-

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