XV I
INTRODUCTION
Suisses le maintien des privilèges commerciaux qui leur avaient été octroyés dans la ville de Lyon. De leur côté, les Suisses s’engageaient à fournir au roi six mille hommes au moins en temps de paix, et seize mille en temps de guerre.
A partir de cette époque, quatre fois dans l’espace d’un demisiècle, cette alliance est renouvelée. « Si ces renouvellements, dit M. A. Daguet, étaient avantageux au pouvoir des rois de France, ils pesaient sur leur trésor. Les rois de France avaient beau envoyer en Suisse les plus lins diplomates et les meilleurs amphitryons, les délégués des cantons et de leurs alliés ne se rendaient qu’à l’aspect des mulets chargés d’or, que les ambassadeurs devaient traînera leur suite pour stimuler le zèle des magistrats et satisfaire aux désirs des cantons. Après avoir signé le traité d'alliance, les députés fédéraux se rendaient à Paris pour lui donner une sanction solennelle dans l’église Notre-Dame, et leur séjour dans la capitale de France était célébré par des fêtes splendides. Les chefs de l’ambassade recevaient en outre, à leur départ, des médailles et des chaînes d’or. La plus pompeuse de ces réceptions fut celle que fit Henri 1Y à ses compères en 1602. « 11 ne pouvoit trop honorer, « dit un écrit du temps, une nation belliqueuse et forte, né- « cessaire à l'appui de son État. »
« L’alliance de 1602 ne coûta pas moins d’un million deux cent mille écus. Quatre ou cinq mille écus en plus étaient annuellement comptés aux chefs tics cantons. Une partie de ces sommes étaient distribuées par les gouvernements cantonaux. La répartition des autres se faisait par l’ambassadeur même. Il mandait à Soleure, sa résidence ordinaire, et pour ainsi
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dire sa capitale, les personnages inllnents auxquels il destinait une part de cet argent, à titre d’encouragement ou de récompense,
« Grâce à ces subsides, les rois de France acquirent une influence considérable sur les rapports extérieurs et les affaires intérieures des cantons. Bientôt aucun événement de quelque importance ne s’accomplit en Suisse sans que la France n’y lit sentir son action d’une façon plus ou moins directe. En 1610, une rixe de village, en Thurgovie, ayant failli allumer une guerre religieuse, les Zurichois et les cinq cantons qui avaient pris les armes, après avoir refusé la médiation de leurs confédérés, se soumirent à celle de l’ambassadeur Castelli. La simple menace de la suppression de ses pensions effraya tellement le sénat de Fribourg, qu’il s’empressa de destituer un de ses membres les plus influents, le chevalier Lamberger, dont les menées dans le Valais en faveur de l’Espagne avaient irrité la France. A Berne, Jean-Rodolphe d’Erlach, ayant eu le malheur de déplaire à la France, fut obligé de s’expatrier et se réfugia en Angleterre 1 . »
Si les Suisses faisaient ainsi payer leurs services, on doit reconnaître qu’ils ne faillirent point à ce qu’on attendait de leur bravoure et de leur honneur. Pendant près de quatre siècles, ils ont vaillamment pris part à la plupart de nos guerres, ils ont été les fidèles gardes de nos rois, et, au 10 août, ils ont arrosé de leur sang les marches des Tuileries.
Cependant leurs campagnes militaires et le butin qu’ils en
1 Histoire de la Confédération suisse, p. 662 .