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CHAPITRE QUATRIÈME

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parcourir en voiture. De là on arrive par un étroit sentier à un pauvre hameau qui l’hiver est souvent enfoui dans les neiges, de telle sorte que ses habitants ne peuvent pas même communiquer entre eux et que les voyageurs passent quelquefois, sans s’en apercevoir, sur les toits des maisons. De là on gravit la pointe escarpée des Montets, d’où l’on voit dans ses gracieuses sinuosités la vallée de Chamouni et les glaciers étincelants et les hautes cimes qui les dominent. A chaque instant je me retourne pour regarder encore cette belle vallée, ses verts sentiers, ses rustiques chalets disséminés de côté et d’autre; son village si longtemps ignoré, maintenant si célèbre, et son hôtel de l’Union, où le matin, sur la terrasse de M. Eisenkramer, on me servait mon café, en face du mont Blanc. Par bonheur l’honnête vallon n’a jamais mérité la colère de Dieu, et en me retournant pour le regarder, je ne suis point exposé à être changé en statue de sel, comme la femme de lot h.

Mais bientôt d’autres montagnes dérobent à nos yeux celles que je ne me lassais pas de contempler depuis plusieurs jours. A ma droite s’élèvent des pyramides de rocs aux parois dénudées, aux pointes aiguës; à ma gauche les cimes de neige du Buet entre les cimes moins hautes de l’Oreb et de la Loriaz, comme une tente de . sultan entre celles de ses visirs. Sur les pentes de ces montagnes, de grandes bandes de roc d’une teinte rougeâtre entourées de sapins; plus bas des mélèzes superbes, et dans le vallon, des herbages; non, je me trompe, des lits de Heurs champêtres d’une fraîcheur et d’un éclat admirables. Le gazon disparaît sous cette profusion de corolles, de boutons de toutes les couleurs. On dirait que la nature, comprimée près de là dans sa généreuse vitalité par les blocs de granit ou les couches de neige, s’est complue à jeter dans cette enceinte sa sève et ses richesses pour réjouir, par une sorte de tendresse maternelle, ceux qui ont confiance en elle et qui construisent leurs demeures entre ces froides et arides montagnes.

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Sur la lisière des bois paissent de petites vaches comme nos vaches bretonnes. La clochette suspendue à leur cou résonne harmonieusement dans les collines de la campagne. Les enfants qui les gardent viennent offrir aux voyageurs des bouquets de rhododendron. — Race de mendiants! s’écrie l’opulent alderman de la Cité de Londres, qui, en payant exactement sa taxe annuelle poulies pauvres, croit accomplir pleinement par là un devoir d’humanité. Mais je les plains, ceux dont les yeux se détourneraient froidement du petit pâtre qui vient solliciter leur pitié en leur présentant les fleurs de son sol natal. Il vit misérablement le paysan de ce canton, et tout l’été il voit passer sur son chemin des femmes élégantes et de riches touristes qui, en quelques jours, dépensent capricieusement ce qui suffirait pour assurer le bien-être de sa famille pendant toute une année. Il travaille avec courage tout l’été et tout l’hiver, et un orage subit, une méchante saison, anéantit en quelques heures l’espoir de son travail.

Au bas de la Loriaz, à Yalorsine, une église solidement bâtie, et de plus soutenue par une espèce de contre-fort a été, en 1845, en partie détruite par une avalanche; et le presbytère qui s’élevait près de là a été renversé.

Mon guide, avec qui je m’en vais causant tout le long du chemin, me raconte qu’il a fait sa première communion dans cette paroisse avant d’aller s’établir à Chamouni, et, me demande si je ne voudrais pas faire une visite à son ancien curé. « Très-volontiers, » lui dis-je, et nous entrons dans le presbytère nouvellement réédifié dans un endroit où l’on espère que la descente des avalanches ne pourra plus l’atteindre.

Le bon curé, assis dans une petite chambre devant un rayon garni de quelques livres, nous a reçus avec une cordiale affabilité. Il voulait me faire préparer à dîner, ou tout an moins me faire boire un verre de vin. Comme je refusais obstinément, il a fini, non sans peine, par se résigner à mon refus, et il a pris sa canne et son chapeau pour nous conduire jusqu’à la limite de sa pa-

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