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rapportaient ne pouvaient manquer d’altérer la simplicité primitive de leurs mœurs. A Grandsoir, un d’entre eux, dans soii ignorance, vendait pour un florin un des plus gros diamants die Charles le Téméraire, mais ils puisaient avec leurs chapeaux dans les coffres pleins d’or que ce prince abandonnait sur le
champ de bataille, et, plus tard, ils ont parfaitement appris a
connaître la valeur de toutes les monnaies du monde et de toutes les choses précieuses. La Suisse est entrée avec une remarquable intelligence dans le mouvement industriel qui est devenu le principal élément d’activité des sociétés "modernes. La Suisse ne s’arme plus pour des prince^ étrangers. La Suisse ne vend plus le sang de ses enfants. La Suisse vend à l’Europe, à l’Amérique, à toutes les nations du globe, ses tissus de soie et de coton, ses broderies et ses œuvres d’horlogerie.
Mais elle se souvient de son ancienne histoire, et celte histoire restera comme un exemple mémorable de ce que peut faire un petit peuple pauvre dans sa lutte contre une grande puissance, quand il est soutenu par un vrai sentiment d’honneur et de patriotisme. La Suisse a eu alors ses Léonidas qui défendaient intrépidement ses Thermopyles; ses Horatius Codés qui se dévouaient au salut de leurs compagnons. Elle a eu son Rodolphe d’Erlach, qui, après ses victoires, retournait humblement, comme Cincinnatus, à sa charrue; elle a eu son Winkelried, qui s élançait au milieu des piques autrichiennes et mourait pour faire une trouée dans les rangs ennemis. Elle a eu ses vénérables paysans qui, en concluant au nom de leurs concitoyens un traité d’alliance entre leurs cantons respectifs,
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prenaient à témoin de leurs promesses la plaine et les montagnes. « Aussi longtemps que la terre subsistera, » telle était la formule du serment. La Suisse a eu son Nicolas de Fine, ce saint ermite qui, après avoir vaillamment combattu pour son pays, après s’être retiré dans la solitude pour consacrer le reste de sa vie à Dieu, sortait de sa cellule pour apaiser de périlleuses dissensions. La Suisse a eu son Brutus, un Brutus catholique, Joseph Amberg, qui remplissait à Sclnvilz les fonctions de landammann. Son fils s’étant rendu coupable d’un inceste, le malheureux Amberg, en sa qualité de juge, fut forcé de lui appliquer la loi qui le condamnait à mort. 11 11e chercha point à se soustraire à cette horrible obligation. Le jour de l’exécution, il alla voir le condamné dans son cachot, l’embrassa en pleurant, puis, s’étant démis de sa charge, se réfugia dans une habitation solitaire. Là il vécut encore cinq ans dans la prière et la pénitence, puis il mourut, épuisé par le chagrin. Par son testament, il fondait dans une église de Schwitz un service perpétuel pour le repos de son âme et de celle de son fils.
La Suisse a eu aussi, dès les premiers périodes du moyen âge, ses illustrations littéraires et scientifiques. Le christianisme, consacré déjà dans le Valais par le martyre de la légion Thébaine, fut implanté, en l’an 610, au milieu d’une sauvage peuplade de montagnards, par saint Colomban, cet ardent, cet infatigable missionnaire irlandais, dont M. de Montalembert a récemment raconté, avec son grand savoir et son admirable éloquence, la vie et les œuvres.
Au neuvième siècle, l’abbaye instituée sous l’invocation de
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saint Gall, un des compagnons de saint Colomban, renfermait une des bonnes écoles de l’Europe. On y copiait et on y enluminait avec un soin minutieux des manuscrits. On y enseignait la théologie, la musique et les langues classiques. II existe encore un catalogue de la bibliothèque de ce glorieux monastère, rédigé par un religieux vers l’an 860, et dans ce catalogue on ne compte pas moins de quatre cents volumes, rare trésor à cette époque. Bien des princes, amis des lettres, n’en avaient pas tant.
Au treizième siècle, la Suisse a eu ses Minnesinger, ces doux et religieux et chevaleresques poètes de la race germanique.
D’âge en âge, le goût des lettres et des sciences s’est propagé et développé dans tous les cantons de la Suisse, et a produit à diverses époques des hommes qui, par leurs travaux, se sont fait un nom célèbre. Maintenant la Suisse a, dans chacun de ses villages et de ses hameaux, des écoles élémentaires; dans la plupart de ses villes, des gymnases, des bibliothèques publiques, des musées; trois universités : Bâle, Zurich, Berne; deux académies : Genève et Lausanne; une école polytechnique à Zurich, une écolo militaire à ïhoun, et plusieurs sociétés artistiques,, historiques, littéraires, qui ont des séances régulières et publient d intéressants Mémoires.
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Après ses diverses commotions sociales, religieuses et poliliques, la Suisse en est venue à former un État fédératif qui se compose a présent d*. vingt-deux cantons très-différents l’un de 1 autre par leur étendue. Le plus grand, Berne, a 458,500 habitants; le plus petit, L ri, n’en a que 15,800. La population
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entière de la Suisse est de 2,593,000 âmes, dont 980,000 catholiques et 1,418,000 protestants. Chaque canton a son administration, sa juridiction et sa constitution particulières. Les affaires générales du pays sont réglées par la diète, qui est formée par les députés des cantons et se réunit à Berne.
En écrivant ce livre, je n’ai pas songé à faire une nouvelle statistique de la Suisse : celle de M. Franscini est complète; ni une nouvelle histoire de la Suisse : il en existe en français plus de trente; ni enfin un nouveau manuel du voyageur : celui de M. A. Joanne ne laisse rien à désirer.
Tout jeune, j’ai appris à aimer ce pays, qui n’est séparé que par une forêt de sapins ou une fraîche rivière de ma province natale. Je l’ai visité plusieurs fois, à diverses époques de ma vie, aux jours joyeux de la jeunesse, aux jours graves de l’Age mûr. J’ai voulu dire les impressions que j’avais éprouvées en ces différentes pérégrinations. Ce qui m’attire surtout au sein de la Suisse, ce ne sont point ses villes, si brillantes qu’elles soient, ni les progrès de son commerce et de son industrie; ce sont ses lacs, ses bois, ses montagnes, toutes les admirables beautés dont la nature l’a douée. C’est là ce qu’on voudrait décrire, ce qu’on ne se lasse pas du moins de contempler.
En parcourant les divers districts de la Suisse, en m’arrêtant à plusieurs endroits au milieu de ses vallées mystérieuses, de ses forêts profondes, j’ai souvent songé à une vieille légende que le poète américain Longfellow a reproduite avec son talent exquis et qui a été simplement narrée par un de mes amis.
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Un matin, le moine Félix, étant sorti de son couvent pour se promener dans la forêt, entend gazouiller un oiseau dont le chant le réjouit. C’était par une belle journée de printemps; les rayons du soleil scintillaient entre les feuilles naissantes des arbres, la terre était couverte de fleurs nouvelles, l’air doux et parfumé. L’oiseau continua sa chanson, et le moine s’arrêta à l’écouter. C’étaient des sons d’une harmonie merveilleuse, des accents d’un charme indéfinissable, et, comme pour accompagner cette mélodie, de toutes parts s’élevaient des bruits d’une douceur infinie. Jamais Félix n’avait assisté à un tel concert; les chants de l’orgue dans la froide église du couvent n’étaient rien auprès decette musique inexprimable de la nature qu’il entendait, assis dans les hautes herbes, sous le ciel bleu, au milieu des bois. Il écoute, il écoute, et plus il écoute, plus il est ravi. Cependant il se fait tard, l’heure de la retraite est venue. Félix s’achemine vers son couvent. Mais, ô surprise! quand il arrive, il ne reconnaît pas le portier, et le portier ne le reconnaît pas et refuse de le laisser entrer. Un colloque s’établit, les autres frères accourent. Nouvelle surprise ! jamais Félix ne les a vus. Cependant, sur ses instances, on le conduit vers le prieur, qui était le plus vieux des membres de la communauté. Ce vénérable religieux se rappelle qu’en effet il a entendu parler dans sa jeunesse d’un novice appelé Félix, qui, un beau matin, avait disparu et dont on n’avait plus eu aucune nouvelle. On consulte les registres du couvent, Félix y est inscrit. Cent ans s’étaient écoulés pendant qu’il écoutait dans les bois les chants du magique oiseau.
Cette légende appartient à la rêveuse Allemagne; mais elle
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doit s’appliquer plus particulièrement à la Suisse. Car quel est le pays où l’on peut plus aisément que dans celui-ci oublier le temps, et le monde, et les préoccupations de chaque jour, dans le charme de la solitude, dans la contemplation des œuvres de Dieu, dans les harmonies de la nature?