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CHAPITRE SIXIÈME

La vallée du Hliône. — Les débordements du fleuve. — Origine de sou nom. — Les désastres. — Les goitreux. — Le visage de l’homme. — La lèpre d’Islande. — Les crétins. — Hospices des crétins. — Caractère des Valaisans. — Productions du pays. — Aspect pittoresque. — Maisons éparses. — Habitudes paisibles. — Chemin de fer. — Les Diablerets. — La légende d’une catastrophe. — Sion. — Mathieu Schirner. — L'évêché de Sion. — Le catholicisme du canton.

Entre la chaîne des Alpes bernoises et celle des Alpes pennines dont les Celtes avaient consacré les sommets à une de leurs idoles, se déroule une vallée qui, des gorges de la Furca, descend graduellement jusqu’au lac de Genève. C’est la vallée du Rhône. C’est le Valais, ou du moins la partie essentielle du Valais. D’une des hauteurs qui la dominent, elle est belle et riante à voir, cette vallée, mais, comme tant d’autres belles choses de ce monde, elle n’est point ce qu’elle parait être à une certaine distance.

Quand on l’examine de plus près, on y remarque de larges espaces de terrains incultes et des marécages produits par des eaux stagnantes d’où s’exhalent des miasmes pestilentiels. Ce n’est pas tout. Le Rhône, enfanté par d’éternels glaciers et gonflé par des torrents, le Rhône qui traverse cette vallée, n’est point une de ces douces rivières qui arrosent paisiblement, qui égayent sans cesse et fécondent les lieux qu’elles sillonnent.

Il y a longtemps que les poètes latins décrivaient en des vers

sonores le cours impétueux du Rhône. Il y a longtemps que les chercheurs d’étymologies ont dit que son nom provenait de roderc , ronger.

Silius ltalicus a dit :

Aggeribus eaput alpinis, et rupe nivali Prosilit in eeltas, ingcntensque extrahit ainnem Spumanti Rhodanus proscindens gurgite campos.

Pétrarque a dit :

Rapido fiume, ehe d’alpestra vena Rodendo intorna, onde il tuo nome prendi.

Un de nos vieux poètes, Maurice Sceve, traduit en ces deux vers la même étymologie :

Fleuve rongeant pour t’altiltrer le nom De la roydeur en ton cours dangereux.

Ce fougueux enfant des montagnes se jette dans le lac de Genève avec ses amas de graviers, de là s’élance plus rapidement, comme uq athlète délivré de tout fardeau, et entraîne dans ses Ilots les deux gentilles rivières de mon cher pays de Franche-Comté, la Saône qu’il subjugue à Lyon, le Doubs qui s’est rejoint débonnairement près de Dole à la Saône, et s’en va, avec un surcroît de .forces, inonder les campagnes du midi de la France, les plaines d’Avignon, les domaines des Angles, qu’il respecterait, le mauvais, si dans ses errements il pouvait conserver le moindre sentiment de justice et de poésie.

Avant qu’il aille si loin de sa source commettre ces méfaits, souvent il a déjà désolé les habitants du Valais. Au printemps, les fontes de neige le font fréquemment déborder; en été, d’énormes

blocs de glaces dissous par les chaleurs, ébranlés par des coups de tonnerre, tombent à l’orifice des glaciers, entravent les eaux qui en découlent, jusqu’à ce que ces eaux acquièrent assez de force

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