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CHAPITRE SIXIÈME

loi

leur aspect aucune répulsion, mais un grand nombre de personnes les regardent avec une sorte de respect superstitieux. Comme ces pauvres êtres n’ont aucune notion ni du bien ni du mal, on pense qu’ils ne peuvent pécher et que par conséquent leur salut éternel est assuré. On dit même qu’autrefois, dans plus d’une honnête famille du Valais, la naissance d’un crétin était considérée comme une bénédiction. C’est sans doute par un même sentiment de superstition qu'en Franche-Comté les paysans ne donnent point aux idiots un nom qui impliquerait une idée injurieuse. On les appelle les simples ou les innocents.

Au reste, le Valais ne fourmille point de crétins, comme on pourrait se le figurer d’après les récits de certains voyageurs qui, pour produire plus d’effet, 11e craignent pas de manquer à la vérité. Grâce aux diverses améliorations introduites dans les villages du Valais, aux travaux qui ont assaini le sol, à des habitations plus propres et mieux aérées, à un régime alimentaire plus salubre, le nombre de ces infirmes de corps et d’esprit est depuis trente ans considérablement diminué, et, à voir cette décroissance continue, on peut affirmer qu’un jour viendra où, dans le Valais, il n’y aura plus de crétins.

A Sion, une maison de refuge leur est ouverte gratuitement. Quand je l’ai visitée, elle n’en renfermait que huit : trois femmes et cinq hommes. Un médecin venait les voir chaque jour, et deux de ces admirables religieuses, dont l’institution n’existe que dans le catholicisme, les soignaient comme des enfants.

Un honorable médecin suisse, M. Guggenbuhl, a entrepris de faire l’éducation des crétins et a fondé dans ce but un établissement près de Thun. Selon lui, le crétinisme est une maladie physique, un défaut de développement dans les organes, surtout dans le cerveau. Quelle que soit la cause de cette infirmité, M. Guggenbuhl pense que l’on ne peut y remédier qu’en améliorant et fortifiant l’état corporel du malade, en activant autant que possible les fonctions de ses divers organes, particulièrement celles du cer-

veau. En vertu de ce principe, il lui paraît essentiel d’enlever, dès son bas âge, le crétin à des vallées étroites et malsaines pour le conduire en un lieu où il respire un air sec et pur.

Avec cette pensée, le philanthropique docteur a placé son institution sur un plateau de l’Abendberg, à cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer, dans un site charmant, en face du lac de Thun, d’Interlaken et du tableau superbe des Alpes bernoises. Là il réunit une trentaine d’élèves. 11 les engage d’abord à marcher, à courir, à jouer; il essaye par tous les moyens possibles d’éveiller en eux une faculté de conception, puis il les fait entrer dans son école, et peu à peu il parvient à les soumettre à une tâche de chaque jour, courte, mais régulière. Il leur donne des leçons de lecture, d’écriture, de calcul.

Certes, il y a là l’idée d’une mission touchante. Soulever le bandeau qui pèse sur ces pauvres êtres, dénouer les liens qui compriment en eux l’essor des facultés morales, faire luire dans leur âme un rayon d’intelligence, n’est-ce pas une noble tâche? N’est-ce pas une sorte de rédemption? Oui; mais, si l’on ne parvient qu’à leur donner une demi-intelligence, une lumière incomplète, qui ne serve qu’à leur faire voir leur faiblesse morale, leur fatale infériorité à l’égard des autres hommes, j’hésite à le dire, et pourtant je me le demande, ne vaudrait-il pas mieux les laisser dans la situation que la Providence leur a imposée, dans leur entière ignorance, dans leur état de simples et d 'innocents.

Ce qui vaut mieux en tout cas, c’est de s’appliquer à prévenir et à combattre les causes de crétinisme, partout où elles se manifestent. C’est ce que l’on fait dans le Valais.

Ce canton du Valais a été fort calomnié par un grand nombre de voyageurs, surtoutparles protestants, qui veulent absolument que les pays catholiques soient mal régis, mal cultivés et mal habités. Il est vrai que, si l’on ne voit qu’en passant à la hâte quelques-uns de ses villages, on serait assez porté à le croire misérable, et j’avoue que j’ai eu cette impression en remontant la vallée de la

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