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CHAPITRE SEPTIÈME

Les touristes ne viennent point ici pour leur plaisir. Ils n’y trouvent ni les jeux de Spa ou de Hombourg, ni le salon de conversation et les parties de chasse de Bade, ni le monde aristocratique de Tœplitz ou de Carlsbad, ni la vive animation de Bagnères de Bigorre ou de Bagnères de Ludion. Les malades ne résident ici que pendant le temps qui leur est prescrit par les médecins, et cette prescription n’est pas gaie. Dans des espèces de hangars sont établies des piscines de douze à trente pieds d’étendue, et de trois pieds de profondeur. C’est là que les baigneurs doivent d’abord passer une heure, puis deux, puis trois, et par une gradation successive jusqu’à huit heures par jour, c’est-à-dire que pour remédier à une de leurs infirmités humaines, ils doivent en quelque sorte passer à l’état d’amphibies. Hommes et femmes, enveloppés dans de longues tuniques de flanelle, se plongent à la fois dans le même bassin. C’est un curieux spectacle que celui de ces bains primitifs dans la saison d’été. On dirait des lacs mythologiques, peuplés de naïades et de tritons. Mais ces tritons ne se livrent point à de joyeux ébats, comme ceux qui sont décrits dans les vers d’Homère, et ces naïades n’escortent point dans leur gracieuse natation le char d’Amphitrite. Tous paraissent au contraire fort ennuyés de leur situation, ils s’ingénient à qui mieux mieux à trouver un moyeirde distraction. Chacun d’eux a devant soi une petite table en sapin flottante. Les uns se font servir sur cette table une tasse de café ou de chocolat qu’ils savourent le plus longtemps possible. D’autres y placent un livre ou y déploient un journal ; les femmes y posent un bouquet de fleurs ou une corbeille de travail. L es plus heureux sont ceux qui peuvent se réunir à une même table pour entreprendre une partie d’échecs. Dansl’absorption de leurs calculs, ils oublient la longueur de leur station aqua¬

tique. Mais dès qu’ils entendent sonner l’heure désirée, ils s’enfuient précipitamment comme des écoliers affranchis de leur pénitence.

Ceux qui ont encore le pied ferme peuvent faire a quelque dis-

tance des bains d’intéressantes excursions. Certes, il n’est pas riant ce vallon de Louèche, et il n’est pas fertile. N’était le phénomène de ses eaux thermales qui sortent de son sol à une température de 195 degrés, comme les Geysers delà froide terre d’Islande, très-probablement nul honnête Helvétien ne se serait avisé d’y établir sa demeure. Mais on ne peut sans émotion contempler sa situation sauvage, sa noire ceinture de montagnes traversées par un large glacier. A quelques lieues de ce hameau est le Torrenthorn, dont la cime s’élève à dix mille pieds au-dessus du niveau de la mer. On y monte aisément, et de là on voit se dérouler dans sa magnifique étendue le panorama des Alpes, depuis le mont Blanc jusqu’au Simplon, depuis le Weisshorn jusqu’à la Blumis- Alp. •

Sur la route de Siders, de l’autre côté de l’impétueuse Dala, est une galerie qu’on appelle la Galerie des Bocs, qui mérite aussi d’attirer l’attention des curieux

Sur un plateau escarpé s’élève l’agreste village d’Albinen, dont les habitants sont en fréquente communication avec les gens de Louèche. Par quelle route, par quel sentier descendent-ils dans ce hameau? Ni route, ni sentier. Dix échelles en bois sont clouées aux parois du roc à peu près vertical. C’est là l’unique voie de communication inventée par les ingénieurs de la localité. Beaucoup de baigneurs veulent l’expérimenter. Après avoir gravi au haut de la première échelle, ils sont émerveillés de leur courage; à la seconde, ils commencent à trembler; à la troisième, ils ont peur d’être saisis par le vertige. 11 en est peu qui aillent plus loin. Telle est pourtant la puissance de l’habitude, que les habitants d’Albinen montent ou descendent sans la moindre crainte, de nuit comme de jour, ces fragiles échelles, les hommes en fumant leur pipe, les femmes en portant quelquefois sur leur tète un lourd fardeau. Mais tant qu’elles s’aventureront dans ce périlleux trajet, on peut être sûr qu’elles ne gonfleront point leurs vêtements par la cage ou la crinoline

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