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CHAPITRE SEPTIÈME

gens des hameaux voisins se réunissent pour danser. On dit qu’un jeune homme et une jeune tille qui s’aimaient tendrement s étant rejoints là par un beau soir d’été, s’enivrèrent tellement de leur danse, de l’arome des Heurs, de la beauté du vallon, du charme

de leur amour, que pour ne pas se réveiller de leur ivresse, ils allèrent toujours dansant jusqu’au bord du plateau, et, s’enlaçant

l’un à l’autre, se jetèrent dans le lac.

A quelques lieues d’Interlaken est le Faulhorn, cette cime de plus de huit mille pieds, élevée comme un observatoire en face

de la merveilleuse chaîne des Alpes bernoises. A quelques lieues de Brienz sont les sautillants ruisseaux de Lauterbrunnen, le Staubach, la plus haute cascade de l’Europe; les glaciers du Grindelwald et la Wengernalp, d’où l’on peut voir mieux que d’aucun autre lieu, dans toute sa grandeur, dans les diverses teintes de lumière dont le soleil la revêt, dans son calme solennel, dans le mouvement de ses avalanches, la royale, la superbe Jungfrau.

Au mois de septembre 1810, Byron faisait avec son ami Ilobhouse une excursion dans l’Oberland, et le 25 il écrit dans son journal :

« Monté sur la Wengernalp ; quitté les chevaux; ôté mon habit; gravi jusqu’au sommet, sept mille pieds anglais au-dessus, du niveau de la mer, et environ cinq mille au-dessus de la vallée que nous avions quitté le matin. D’un autre côté, nous voyons la Jungfrau avec ses glaciers, puis la Don t-d 'Argent, brillante comme la vérité, le Petit-Géant, le Grand-Géant, et enfin le Wetterhorn. La hauteur de la Jungfrau est de treize mille pieds. C’est la cime la plus élevée de cette ligne de montagnes; à tout instant nous entendons s’écrouler ses avalanches. D’un autre côté, du sein d’une

vallée, nous voyons s’élever sur les abîmes perpendiculaires, des nuages qui Bottent comme l’écume de l’océan de l’enfer, en une marée de printemps, écume blanche, sulfureuse et d’une profondeur en apparence incommensurable. »

Si Byron, dans son carnet de voyage, n’a fait qu’indiquer en

quelques traits un prodigieux tableau, on voit par une de ses œuvres qu’il en avait gardé une vive impression. C’est sur la Jungfrau qu’il a placé les principales scènes de son drame fantastique; c’est sur cette montagne que Manfred s’exalte dans le sentiment de sa douleur et profère son cri de désespoir :

« Pics déglacé, avalanches qu’un souffle renverse sur la pente des montagnes, venez, écrasez-moi. J’entends à toute minute votre craquement et votre ébranlement sur ma tête, à mes pieds, mais vous passez, et vous ne tombez que sur les choses qui voudraient vivre, sur les bois reverdis des jeunes forêts, sur la cabane de l’innocent villageois. Les vapeurs bouillonnent autour des glaciers; les nuages montent en serpentant au-dessus de moi, blancs et sulfureux, comme l’écume de l’océan de l’enfer. »

Les Suisses sont des gens généreux; ils ne veulent pas se réserver le privilège exclusif des beautés de leur pays. Ils invitent, au contraire, ils appellent les étrangers à en jouir. Pour leur rendre ce plaisir plus attrayant et plus facile, ils réparent avec soin leurs routes, frayent des sentiers dans les lieux qui semblaient inaccessibles, organisent des compagnies de guides, perfectionnent les anciens moyens de transport, et enfin, construisent des chemins de fer. Pour rendre la Suisse plus agréable aux voyageurs des différentes contrées, il n’v a sorte de procédés complaisants qu’ils n’imaginent. Ils bâtissent des auberges sur le Rigi et le Faulhorn, des pavillons sur la mer de glace. Ils s’accommodent aux goûts et aux besoins particuliers de chaque touriste. Ils ont des sommeliers qui parlent toutes les langues et des cuisiniers qui savent ce qu’ils doivent faire pour caresser l’appétit et flatter les papilles d’un Anglais ou d’un Français. Encore quelque temps et l’on verra bientôt d’autres courtoises inventions. L’actif propriétaire de 1 hôtel de l’Union, à Chamouni, inc disait un jour qu’il désirait obtenir l’autorisation d’établir sur le Montanvert un télégraphe électrique correspondant par celui de Genève et de Paris avec l’Angleterre. Il ne doute pas qu’une quantité de nobles

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