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CHAPITRE HUITIÈME

sa voix, il Huit croire que ni l’un ni l’autre n’ont reçu des leçons d’un maître vulgaire. C’est un savant Maennlein qui leur a révélé quelques-uns de scs secrets.

Mais ils ne fréquentent plus comme autrefois les villages et les chalets, ces bienfaisants Maennlein. Ils deviennent rares, par plusieurs raisons, disent les bonnes gens de l’ancien temps. En premier lieu, s’ils sont naturellement bienveillants, serviables, généreux, ils ont aussi l’esprit irritable et vindicatif. Très-sensibles à un témoignage de gratitude, ils ne le seront pas moins à une injure, et une grossièreté suffit pour les faire partir de la maison ou des domaines où ils se plaisaient à résider. Or ils ont été plus d’une fois offensés par des rustres ou des étourdis, et ils se sont éloignés tristement en silence. Ensuite, ce qui les attachait surtout au paysan suisse, c’était son honnêteté de caractère, sa simplicité dans les habitudes journalières de la vie, sa droiture dans toutes les affaires, et l’on est forcé de reconnaître qu’au temps actuel ces vertus patriarcales sont un peu altérées. Enfin, il paraît que toutes ces cohortes de touristes de différents pays qui, chaque été, traversent à pied, à cheval, en litière, les montagnes jadis si calmes de la Suisse, impressionnent très-désagréablement les Maennlein, et que les bateaux à vapeur les offusquent et que les chemins de fer les épouvantent.

Voilà pourquoi ils se sont l’un après l’autre retirés dans leurs demeures souterraines, en s’écriant, dit-on : « O bœse Welt! O bœse Welt! » (Oh! méchant monde! oh! méchant monde!) Ils étaient les représentants de la vie rurale et pastorale dans sa pureté primitive; ils n’ont pu, comme les hommes, transformer leur caractère et s’assouplir à d’autres mœurs. Ils ont disparu.

On dit que leurs demeures sont très-brillantes. Le cristal et les pépites de métaux précieux y étincellent de tout côté. Us y vivent paisiblement en famille; ils y font d’une main habile les divers ustensiles qui leur sont nécessaires, et y façonnent, comme les nains Scandinaves, d’élégants bijoux. Autour de leurs habitations

s’étendent de verts pâturages où ils conduisent de belles petites vaches qui leur donnent un lait exquis.

Ainsi ils conservent dans les entrailles de la terre la satisfaction du travail et les innocentes joies de. la vie agricole. Seulement ils ne voient plus l’homme. S’ils le regrettent, il a de son côté plus d’un motif pour les regretter. Des parois de leurs demeures, jadis ils détachaient parfois des lingots d’or ou d’argent et les lui donnaient. C’était pour récompenser une action honorable, ou pour réparer le désastre d’une famille, que les Maennlein faisaient un tel usage des richesses de leurs grottes. Les légendes suisses racontent d’une façon amusante ces générosités, tandis qu’au contraire elles joignent toujours une idée grossière, ou une image sinistre, à la fortune qui enflamme la cupidité de l’homme et qu’il essaye d’acquérir non point lentement par un honnête et patient labeur, par un sage esprit d’ordre, mais tout d’un coup, par une entreprise audacieuse.

Ainsi c’est le serpent, le fatal reptile du paradis terrestre, qui porte sur sa tête une couronne de diamants. C’est le démon qui achète avec des sacs de ducats une Ame débile. C’est un farouche usurier qui, en punition de tous ses méfaits, est condamné à gémir sous ses piles d’écus jusqu’au jour où on viendra lui enlever ce fardeau métallique qui l’oppresse. Mais l’espoir de sa délivrance ne lui est accordé qu’une fois dans un siècle, au milieu de la nuit de Noël. Celui qui veut tenter cette aventure doit avoir le courage de prendre entre ses mains une clef fulminante que lui présente un affreux chat noir, et s’avancer en silence vers un sentier et soulever une pierre sur laquelle repose un monstrueux crapaud. Que si, dans le cours de son opération, il profère seulement un mot, un cri, tout est perdu. La pierre retombe sur la fosse ténébreuse, et l’usurier doit attendre encore pendant un nouveau cycle de cent ans, une main plus ferme, un courage plus résolu.

Ailleurs, c’est une belle jeune tille enchantée dans une caverne sur des monceaux de perles, d’émeraudes et de saphirs. Mais

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