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CHAPITRE NEUVIÈME

Üen, som klok, blifver vid de laga Kaellor, som fins i dalen sin.

« Souvent on voit le château superbe ébranlé par la foudre. L’ambitieux qui veut monter trop haut retombe en arrière et déploie son imprudence. »

« Dans la grande mer sont les grandes vagues. C’est là que la tempête éclate, c’est là qu’on trouve les écueils. Le sage reste près de l’humble source d’eau qui coule dans la vallée. »

Les bourgeois de Meyringen témoignèrent une respectueuse sympathie au prince suédois, et firent faire une belle copie de leur chronique nationale pour la. lui offrir.

Avec l’affection que j’ai gardée pour les contrées septentrionales, j’étais très-désireux de voir la population de la vallée de Hassli, et ce que j’en ai vu n’a pas diminué l’intérêt que d’avance elle m’inspirait. Elle est restée fidèle à plus d’une louable coutume de l’ancien temps. Elle est honnête, laborieuse et elle est belle. On la cite, à juste titre, comme une des plus belles de la Suisse. Les hommes sont généralement très-robustes; les femmes ont la taille élancée, la peau blanche et de longues nattes de cheveux blonds.

Les hommes attachent, comme les Scandinaves de l’ère des vieilles Sagas, une grande importance à la force physique. A certains jours de fête, ils se réunissent sur une vaste pelouse et luttent l’un contre l’autre, au milieu d’un large cercle de spectateurs. Les jeunes filles se marient avec une haute couronne ornée 'de rubans et de paillettes d’or, comme en Norvège, dans le Gudbrandsdal. Comme leurs ancêtres du Nord, les paysans de Ilasli ont l’amour de la musique, des légendes traditionnelles et des chants populaires.

.J’aurais voulu retrouver parmi eux quelques autres indices de leur origine dans leurs mœurs ou dans leur langage.

Un soir, après une promenade du côté des bois et de la cascade de Reichenbach, je revenais vers la bourgade de Meyringen, en faisant encore, dans ma rêverie, différents détours. A la bifurcation de deux sentiers, je m’arrêtai devant une rustique habitation . Par la simplicité de sa structure, par les bois de sapins qui l’ombrageaient, par le modeste enclos qui l’entourait, par un joli petit étang arrondi comme un miroir sur ses iacettes, elle me rappelait les solitaires demeures qui plus d’une fois avaient séduit mes regards et ma pensée en diverses provinces de Suède.

Je cherchais en moi-même un prétexte pour y entrer, et l’idée me vint d'y demander une lasse de lait, cette bonne, salutaire boisson des montagnes, le plus naturel, le meilleur de tous les prétextes. Une jeune femme aux yeux bleus et à la ligure virginale, qui, en ce moment, donnait une leçon de lecture à un petit garçon, se leva à mon approche en prenant son enfant par la main, comme pour se protéger contre cette brusque invasion d’un étranger.

J’étais depuis quelques jours tellement occupé de mes réminiscences delà Suède, que, sans y songer, je lui adressai la parole en suédois. Elle me regarda d’un air étonné et avec une sorte d’expression mélancolique, comme si elle regrettait de ne pas me comprendre.

Je me hâtai de m’expliquer dans la langue de sou pays. Aussitôt sa physionomie s’éclaira d’un rayon de joie et de contiance. « Bleibe da , dit-elle à son enfant, ich homme gleich wieder (Restelà, je reviens tout de suite) ; » et d’un pied léger elle courut vers la chambre où était déposé la dernière traite de sa vache.

Quand elle revint avec une tasse de faïence blanche remplie d’un’ lait onctueux, elle me trouva assis sur un escabeau en bois, tenant par la taille son enfant, qui m’observait d’un air à la fois doux et timide et n’osait répondre aux questions que je lui adressais.

a IJn bon petit enfant! me dit-elle, qui se plaît un peu trop à courir, mais qui apprend pourtant ses leçons. Tandis que son père

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coupe du bois dans la forêt, c’est moi qui suis sa maîtresse d’école. Je lui enseigne à lire et je lui apprends à répéter quelques-unes des choses que mes parents m’ont apprises . Voyons, Fritz, ré¬

cite à monsieur la prière du soir que t’a recommandée ta grand’mère! »

A ces mots, Fritz baissa la tète en faisant une petite moue un peu maussade. Évidemment la tâche qu’on lui demandait ne lui plaisait pas. Sa mère lui donna un baiser sur le Iront pour l’encourager. Moi, je tirai de ma bourse une pièce de vingt sous que je lui mis dans la main. 11 la regarda en souriant, et l’offrit à sa mère.

« Vois-tu, dit-elle, comme ce monsieur est bon. Allons, un peu de courage, récite ta prière, et, à la prochaine foire de Meyringen, je t’achèterai un joli cheval. »

Alois l’enfant poussa un long soupir, comme un homme qui

se prépare à accomplir un travail difficile, joignit ses mains et murmura d’une voix un peu troublée quatre strophes allemandes dont je ne puis reproduire dans une traduction 1 aimable naïveté.

« Je suis las, je vais me reposer et fermer mes deux yeux. Oh! notre Père, que Ion regard s’abaisse sur mon lit.

« Si j'ai fait quelque faute, sois indulgent, mon Dieu. Que mes péchés soient pardonnés par ta grâce, par l’effet du sang de Jésus!

« Donne ta bénédiction à tous mes parents, et reçois, mon Dieu, sous ta protection, tous les hommes grands et petits.

a Accorde le repos aux cœurs malades, le sommeil aux gens fatigués. Fais que la lune brille au ciel et éclaire le monde dans la nuit. «

Après avoir récité ces vers, Fritz alla se jeter tout confus dans les bras de sa mère.

« So! so! lui dit la jeune femme en lui passant doucement la main dans les cheveux, du bist arlig yewesen (tu as été gentil), et ton père va revenir et sera content de toi. «

Au même instant le père rentra, la hache sur l’épaule, avec la bonne, placide et riante expression de physionomie d’un honnête ouvrier qui, ayant bravement achevé son labeur de la journée, revient avec joie goûter le repos de son foyer.

Sa femme s’avança gaiement à sa rencontre, et lui dit en quelques mots le petit épisode de sa soirée. 11 me salua d un air amical, puis vint s’asseoir à côté de moi, et prit aussi une tasse de lait en attendant son souper. Nous causâmes quelque temps ensemble de scs travaux de bûcheron, des principales productions du pays, et, quand je sortis de cette hospitalière habitation, le père, la mère, l’enfant, me reconduisirent jusque sur le seuil de la porte, et m’invitèrent à revenir bientôt.

Tout était calme et silencieux dans la vallée; la lune brillait au

ciel et argentait les flots de l’Aar. La prière de l’enfant semblait

exaucée. Moi, j’emportais le souvenir d’une chaste et agréable

idylle.

Elles deviennent rares, en Suisse, ces idylles solitaires. Les légions de touristes pénètrent partout, et partout éveillent quelques idées, ou suscitent quelques désirs qui, peu à peu, moclitient ou dénaturent l’ancienne physionomie du pays. Les gentils Maennlein qui jadis vivaient dans une sorte de confraternité avec les pâtres des montagnes, ont eu bien raison de se retirer dans leurs grottes paisibles. X tout instant, à présent, ils seraient obligés de quitter le foyer du chalet pour céder leur place à un John Bull ou à un Yankee.

Les auberges de Meyringen sont déjà trop petites pour la quantité d’ étrangers qui y affluent chaque année. 11 est probable que quelque ingénieux spéculateur projette de bâtir un ou deux grands hôtels, sur les bords de l’Aar, en face de l’Alpbach, ou du Reichenbach.

Meyringen est le point de jonction de plusieurs chemins des Alpes; d’ici partent chaque jour, en été, des caravanes de voyageurs, qui pour le Grimsel, qui pour le Griudelvvald, pourBrienz,

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