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CHAPITRE NEUVIÈME

ou pour le Saint-Gothard, et d’ici je vais à Lucerne par le Brünig.

Il est agréable à traverser, ce col du Brünig, peu escarpé et sans danger aucun. Il ne s’élève qu’à trois mille et quelques cents pieds au-dessus du niveau de la mer. On dirait un passage ouvert tout exprès pour habituer les jeunes voyageurs à gravir les montagnes, comme les poneys pour habituer un enfant à l’exercice de l’équitation. De beaux bois le décorent, et par les clairières des forêts, à certains endroits, d’un côté, les regards plongent sur les méandres de l’Aar et la vallée de Hasli, au fond de laquelle s’élèvent, avec leur diadème de neige, l’Eiger, le Werterhorn, le Faulhorn; de l’autre côté, sur la plaine de Lungern, et les vallons et les lacs qui se rejoignent comme des colliers d’émeraudes et de perles à la ville de Lucerne, cette vénérable métropole du lac des Quatre-Cantons.

A peu près au milieu du Brünig est la limite du vaste État de Berne et du petit pays d’Unterwalden, qui n’a que douze lieues de longueur et ne compte guère qu’une trentaine de mille habitants. Sur le chemin bernois s’élèvent des poteaux destinés à diriger la marche du voyageur. Les Anglais ne manquent pas de remarquer que sur le chemin d’Unterwalden on ne voit plus aucune de ces œuvres d’agents voyers. Ils ne savent pas que les bonnes gens d’Unterwald n’ont point voulu ériger ces poteaux et ces bornes milliaires, parce qu’ils se font un charitable devoir de guider eux-mêmes l’étranger dans tous les sentiers où sa fantaisie le conduit. Sur la lisière du territoire de Berne est un bureau de douane; sur celle du territoire d’Unterwalden est une chapelle. Ces deux établissements indiquent la différence de caractère des deux États.

Le canton de Berne est le premier de tous les cantons suisses par son étendue et par sa population. Sa capitale est la lésidence des diplomates étrangers, le siège de la diète, le Washington de la Confédération helvétique.

VOYAGE EN SU f SSE.

Le canton d’Unterwald, avec ses honnêtes familles de pâtres, de hocherons, de laboureurs, n’a pas tant de prétentions, et pourtant il a été célébré par l’histoire et par la poésie. Il est l’un des noyaux de cette rude coquille d’où est sortie la constitution politique et sociale de toute cette région des Alpes, soumise jadis à la domination de l’Autriche. Il est l’un des trois cantons qu’on désigne encore par le nom d 'Urcantonen, c’est-à-dire les cantons primitifs, les premiers javelots du faisceau de la Confédération. Les deux autres sontUri etSchwitz.

A quelque distance du Brünig, dans le Melchthal, vivait un brave paysan, nommé Henri an der Halden. Un jour qu’il s’en allait labourer ses champs, un satellite du gouverneur autrichien Landenberg vint lui enlever ses bœufs, disant que les paysans pouvaient bien s’atteler eux-mêmes à leur charrue. Henri, déjà vieux et d’un naturel timide, n’osait résister à ce rapt brutal ; mais son fds Arnold se précipita sur l’envoyé du gouverneur, lui mutila les mains, puis, craignant aussi la colère de celui qui régissait cruellement le pays, il se sauva dans les montagnes. Des soldats furent envoyés à sa poursuite, et ne purent l’atteindre. Landenberg, furieux de l’acte de rébellion commis envers un de ses agents et de l’évasion du coupable, fit arrêter l’innocent père d’Arnold, et lui fit impitoyablement crever les yeux.

Quelque temps après, dans la nuit du 17 novembre 1507, Werner Stauffacher, du pays de Scbwitz, Walther Furst, d’Uri, et le fugitif Arnold, d’Unterwalden, se réunissaient au pied des rocs du Seelisberg, dans l’étroit vallon de Griitli, et, en se joignant les mains, juraient à la face du ciel d’affranchir leur contrée de la domination étrangère.

Scbwitz, Uri, Unterwalden, sont restés catholiques. Les tiers protestants manifestent aujourd’hui un superbe dédain pour cette petite peuplade qui a gardé ses anciennes croyances. Ils doivent pourtant à ses aïeux la liberté dont ils s’enorgueillissent.

Unterwalden a une autre gloire catholique : un simple fils du

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