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CHAPITRE NEUVIÈME

peuple, qui donna l’exemple des vertus civiques les plus parfaites, des austérités les plus rigoureuses, de la piété la plus fervente, et, dans des circonstances graves, exerça sur la Suisse une salutaire influence. Nous voulons parler de saint Nicolas de Fine. Son nom de famille était Lœvenbrugger. Celui de Fine, qui signifie rocher, lui vint de l’endroit où il demeurait, près de Saxelen. 11 se maria jeune et n’eut pas moins de dix enfants. U cultivait lui-même son domaine et y vivait humblement et sagement. Il ne pouvait cependant rester étranger aux divers événements qui se passaient autour de lui. Dans la guerre de 1460, qui réunit la Thurgovie à la confédération suisse, Nicolas se distingua par son courage et son humanité. Dans d’autres occasions, il rendit d’importants services à ses compatriotes. Il n’avait reçu aucune éducation; il ne savait pas même lire. Mais telle était la justesse naturelle de son esprit, qu’il résolvait sans effort les questions les plus délicates. 11 fut investi des fonctions de magistrat et s’acquitta de cette nouvelle tâche avec une sagacité et une intégrité que chacun se plaisait à louer.

Quand il eut ainsi longtemps rempli ses différents devoirs de citoyen, de père de famille, de soldat et de juge, à l’âge de cinquante ans il abandonna son bien à sa femme et à ses enfants et se retira dans la solitude. Là il couchait sur la terre nue et une pierre lui servait d’oreiller. Là il priait et jeûnait d’une façon miraculeuse. La légende dit qu’il passait quelquefois des semaines entières sans prendre de nourriture.

Cependant ceux qui se souvenaient de la sagesse de son esprit, et qui étaient dans quelque embarras, venaient lui confier leurs peines, et ils le trouvaient toujours affable et doux, écoutant d’une oreille complaisante leur récit, et les éclairant par ses judicieux avis, ou les consolant par sa douce sympathie.

Il vivait ainsi depuis douze ans lorsqu’après la bataille de Nancy, dans laquelle périt Charles le Téméraire, la discorde éclata parmi les Suisses pour le partage du butin enlevé à l’armée bourguignonne.

En apprenant celle malheureuse division, l’ermite de Saxelen sentit se réveiller dans son cœur toute l’ardeur de son patriotisme. La diète des confédérés était réunie à Stanz. Il quitte aussitôt sa cellule, se dirige vers cette bourgade et entre tout à coup dans la salle des conférences.

Il entre dans son pauvre appareil de cénobite, la tête nue, les pieds nus, son chapelet suspendu à sa ceinture, son bâton de pèlerin à la main, mais ferme et vigoureux comme au temps où il combattait lui-même contre les ennemis de l’Helvétie, et sa barbe blanche rappelle à ceux qui le voient combien d’années il a passées dans la pratique de toutes les vertus, et l’éclair d’une noble pensée brille dans ses yeux.

A l’aspect de ce vénérable vieillard, tous les délégués des différents cantons se lèvent spontanément par un même sentiment de respect, et il s’avance en face d’eux, et il les engage, au nom du Seigneur tout-puissant qui leur a donné la victoire, à faire cesser des dissensions indignes qui compromettent leur honneur et peuvent anéantir leur force.

Les députés l’écoutèrent, en baissant la tète, dans l’humiliation de leur erreur, puisse tendirent l’un à l’autre la main, et la paix fut faite.

Cette dernière œuvre accomplie, Nicolas retourna sur son roc solitaire. Il y mourut en 1487 et fut canonisé.

Ses reliques sont déposées dans l’église de Saxelen. Des peintures à fresque représentent dans cette église quelques-uns des principaux événements de sa vie. De nombreux ex vota décorent l’autel qui lui est spécialement consacré. Parmi ces pieuses offrandes, on remarque des croix de Saint-Louis. Elles ont été suspendues à la châsse du saint par quelques-uns de ses descendants qui s’étaient voués au service de nos rois de France et y avaient gagné cette noble décoration.

Il n’y a peut-être pas dans tout l’Unterwalden un foyer où l’on ne trouve une image de saint Nicolas de Elue. Elle devrait se trou-

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