‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 19 sur 85 · HARAM-ECH-CHÉRIF · texte numérisé non relu

HARAM-ECH-CHÉRIF

Maintenant que j'ai revu et étudié à loisir ce vénérable monument, que j'ai pu le visiter à satiété, à l'intérieur comme à l'extérieur, je me sens fort à l'aise pour dire à mes contradicteurs : Non, je ne m'étais pas trompé. C'est vous qui vous trompez, de très-bonne foi, je le déclare; mais malheureusement la bonne foi et la loyauté des appréciations ne sont pas des caractères suffisants pour rendre ces appréciations bonnes et irréfutables. Je vais donc reprendre sur de nouveaux frais l'étude de l'enceinte du Haram-ech-Chérif de Jérusalem. Je discuterai tous les textes ; je dis tous , parce que je ne me permettrai pas d'élaguer d'un passage que j'invoquerai tous les lambeaux qui me gêneront, afin de n'en présenter que ceux qui me donneront raison. Pris en masse, les textes, sans en rien distraire, doivent m'apporter gain de cause, ou ils doivent m'infliger un démenti absolu; et moi aussi j'ai la prétention d'être assez loyal pour ne rien passer volontairement sous silence, dans cette discussion qui peut à bon droit

être regardée comme une des plus intéressantes que présente l'étude de l'archéologie.

Je ne rentrerai plus dans la description détaillée des parties distinctes, quant à l'appareil, qui constituent cette enceinte vénérable. Nous sommes tous d'accord, en effet, sur l'âge relatif de ces différentes parties, et ce n'est que sur les dates que le débat est engagé.

Je vais donc commencer par reprendre un à un tous les textes de l'historien Josèphe, textes qui, je ne saurais trop le répéter , doivent être , ainsi que je l'ai surabondamment démontré, tenus en suspicion, dès qu'ils impliquent des chiffres de dimensions , tandis que nous n'avons guère le droit de les traiter avec le même dédain aussitôt que nous ne leur demandons plus que des renseignements historiques. Chacun de ces textes sera suivi d'un commentaire analytique à l'aide duquel je prétends établir une série de faits positifs, et assez positifs pour que tout le monde soit condamné à s'incliner devant leur autorité.

Cela posé, procédons par ordre.

Le premier passage que nous devons emprunter à Josèphe est celui où il rapporte la description donnée par Hécatée d'Abdère (contra Apionem, I, 22); il y est dit : « qu'au « milieu de la ville, se voit un péribole de pierre, ayant « cinq plèthres de longueur , sur cent coudées de largeur , et « présentant des doubles portes. » Le plèthre est la sixième partie du stade. Prenons le stade olympique de 185 mètres; cinq sixièmes de stade nous donnent 153 mètres de longueur pour l'enceinte décrite par Hécatée. Cette enceinte a cent coudées de largeur, soit 52 m ,50. Évidemment nous ne pouvons dire que ces mesures s'appliquent au Haram-ech-Chérif que nous connaissons. Que représentent-elles donc? Hécatée a pris le soin de nous en instruire. « Dans cette enceinte, ajoute-t-il,

« est un autel carré, construit en pierres non taillées, dont « les côtés ont 20 coudées de longueur, et qui est élevé de « 10 coudées. Près de cet autel est un grand édifice qui con- « tient un autel et un chandelier, d'or tous les deux, et « du poids de deux talents. » Hécatée était contemporain d'Alexandre ; il parle donc forcément du temple de Zorobabel. Contentons-nous, quant à présent, de cette indication; plus loin nous y reviendrons; mais nous pouvons toujours constater que ces dimensions sont beaucoup plus petites que celles de la plate-forme de rocher sur laquelle était le temple, et qui aujourd'hui supporte la Qoubbet-es-Sakhrah. Or, comme cette plate-forme n'a guère pu changer de dimensions, puisqu'elle est en grande partie taillée dans le roc (lequel est à nu dans toute la portion nord) , nous sommes dès ce moment conduits à présumer qu'Hécatée n'a parlé la que de l'enceinte proprement dite du temple, c'est-à-dire de celle dans laquelle il n'était pas permis aux gentils de pénétrer.

Maintenant venons aux témoignages directs et personnels que nous fournissent les œuvres de Josèphe, et, pour mettre de l'ordre dans nos recherches, commençons par tous les passages qui concernent l'œuvre de Salomon , et qui se trouvent disséminés soit dans les Antiquités judaïques, soit dans la Guerre des Juifs. Le premier de tous est le suivant : « Alors « il (David) remit devant tout le monde, à Salomon, le tracé « et l'ordonnance du temple à construire, ceux aussi des fonce déments des maisons et des constructions supérieures, etc. ; « frefjLe^twv xat otxwv xal u7rep(oov. » (Ant. jud. y VII, xiv, 9.)

Tout avait donc été préparé par David pour son fils, et l'Ecriture est ainsi confirmée par le récit de Josèphe, confirmation dont au reste elle n'avait pas besoin.

Voici maintenant le passage relatif à la préparation des matériaux : « Il leur ordonna de tailler de grands blocs, des-

« tinés à entrer dans les fondations du temple (vaoCf) ; après « les avoir d'abord ajustés et reliés dans la montagne (la car- « rière) , ils devaient ainsi les amener dans la ville. » Il est évident qu'il n'est pas possible de prendre à la lettre les expressions dont s'est ici servi Josèphe, Guv^vfcavTaç et àp[/.o- <yavToç, « adaptés » et « reliés ». Autant vaudrait dire qu'on avait eu l'idée de construire les murailles dans la carrière et de les transplanter ensuite tout d'une pièce sur le terrain. C'est tout simplement une assertion ridicule que Josèphe a peutêtre transmise aux autres , comme il l'avait reçue lui-même. En tout cas, on ne la fera accepter, j'imagine, ni par un architecte, ni par un ingénieur quelconque. Au reste, peut-être Josèphe a-t-il voulu dire seulement qu'avant de sortir de la carrière, les blocs étaient appareillés. Pour ma part, je le crois.

Tout le reste du chapitre m du livre VIII des Antiquités judaïques est consacré à la description du temple proprement dit et de ses accessoires, tels que la mer d'airain, les dix bassins, l'autel, les colonnes Jakin et Booz, etc., etc. Tout cela est fort curieux, fort intéressant, mais doit trouver sa place dans un autre travail , puisque cette fois je ne veux analyser que les passages relatifs à l'extérieur du temple. A ce titre, le paragraphe 9 de ce même chapitre mérite pourtant que nous nous y arrêtions. J'y lis ceci : « Il (le roi Salomon) con- « struisit autour du naos une enceinte que nous, appelons « Gision dans notre langue maternelle, et qui se nomme en « grec Sptyxoç (mur de clôture); elle était haute de trois « coudées (l m ,575) et destinée à défendre au peuple l'entrée

« dans le hiéron, cette entrée étant réservée aux prêtres « seuls. A l'extérieur de cette enceinte, il construisit un hiéa ron de forme carrée, orné de portiques grands et larges, « muni de portes élevées, faisant face aux quatre vents, et

« fermées de battants dorés. Tout individu du peuple, obser- « vateur des lois et à l'état de pureté, était libre d'entrer « dans ce hiéron. » Josèphe, malheureusement, n'avait aucune idée des dimensions réelles de ce hiéron extérieur, puisqu'il ne s'est pas hasardé à nous les transmettre. En revanche, il ajoute immédiatement ceci : « On ne peut dire , et à peine « pourrait -on croire, en le voyant, combien il rendit admi- « rable ce hiéron extérieur. En effet , ayant comblé de terres a accumulées de grandes vallées, dont il était difficile de me- « surer de l'œil la profondeur immense, et ayant élevé ce a massif à la hauteur de 400 coudées, il parvint à lui donner « la même hauteur qu'avait le sommet de la montagne sur « laquelle le temple (6 vao$) était construit. C'est pour cette « raison que la plate-forme hypètre du hiéron extérieur (to « e£<a9ev Upov) était au niveau du sol même du naos. Il T ence ferma (irepiXà^ëavei S' aÙTo) de portiques doubles, soutenus a par des colonnes de pierre du pays, s'élevant jusqu'au faîte; « elles supportaient un toit lambrissé de cèdre. Toutes les « portes de cet autre hiéron étaient d'argent. »

De cette description il ressort plusieurs faits qu'il est bon de préciser; mais avant tout prenons note de celui-ci : Josèphe se sert constamment du mot vaoç pour désigner le temple proprement dit, la maison, comme l'appelle l'Ecriture sainte. Il donne le nom de hiéron hypèthre et de hiéron extérieur à l'esplanade garnie d'édifices sacrés , y compris le thrinkos , au milieu desquels s'élevait le naos ; enfin il donne encore le nom d'hiéron à l'ensemble des portiques.

Je demande , de mon côté , la permission d'adopter , une fois pour toutes, des noms pour ces différentes parties du temple. Comme Josèphe , j'appellerai toujours le temple naos; la première enceinte d'édifices sacrés couvrant le gision ou thrinkos, je l'appellerai le hiéron, et c'est à l'ensemble des

portiques entourant le tout que je conserverai spécialement le nom de hiéron extérieur. Cela posé, examinons le passage que je viens de reproduire.

Et d'abord, si Josèphe n'est pas un effronté menteur, nous avons le droit de conclure de ce récit :

1° Que Salomon n'a pas accumulé les terres formant le noyau du massif supportant le naos et le hiéron sur le flanc d'une seule vallée, mais bien sur celui de toutes les vallées au-dessus desquelles devait s'élever ce massif, afin de former la plate -forme quadrangulaire amenée au niveau du sommet même du mont Moriah ;

2° Que les portiques doubles renfermant le hiéron furent construits par Salomon , sur les quatre faces du hiéron ;

3° Que le hiéron était hypèthre et au même niveau que le naos.

Quant aux 400 coudées que Josèphe donne à la hauteur du massif de la plate-forme supportant tous les édifices sacrés, je n'ai qu'un mot à en dire : chiffre de Josèphe! et, comme tel , bon à oublier le plus vite possible. Veut-on en effet savoir la différence de niveau qu'il y a entre le fond du Cédron et la plate-forme du temple? C'est moins de 100 mètres ! tandis que les Û00 coudées de Josèphe nous donneraient 210 mètres, c'est-à-dire beaucoup plus du double. Cet historien aurait-il, par hasard, adopté constamment l'amah ou coudée de W ,525 pour les mesures en plan, et le djamed pour les mesures de hauteur? Il n'y aurait rien d'impossible à cela, et, dans le cas présent, les Û00 coudées indiquées par lui nous donneraient 105 mètres seulement, ce qui se rapprocherait mieux de la réalité. — Tous ces travaux furent achevés en sept ans (Ant. jud., VIII, iv, 1).

Poursuivons. Au livre XV, ch. xi, parag. 3, nous lisons ceci, à propos des constructions d'Hérode :

« Ayant arraché les anciens fondements , et en ayant jeté « d'autres , il construisit sur eux le naos (tov voqv) , qui avait « cent coudées de longueur et vingt coudées de hauteur de « plus (que primitivement?), etc., etc. »

Josèphe ne parle que des fondations du naos; celles-ci ont donc été les seules fondations remaniées par Hérode.

« En outre, il (Hérode) entoura le naos de vastes por-

« tiques (irepiAà[/.6ave 8i xaï crroaiç (Asytcraiç tov vaov) , en ayant

« égard en tout aux règles de la juste proportion, et en « dépassant les dépenses primitives, de sorte qu'il semblait « qu'aucun autre , avant lui , n'eût décoré le naos. Deux de « ces portiques s'appuyaient sur la grande muraille (a(/.<pw « 8' vi<jav (^eyàlou Tefyouç) , et cette muraille constituait l'œuvre « la plus gigantesque dont les hommes eussent jamais entendu « parler. Une colline rocheuse et difficile allait en s'élevant « peu à peu et doucement jusqu'au sommet, à l'orient de la « ville. Salomon, qui régna le premier sur nous, obéissant « à l'inspiration de Dieu, couvrit de constructions énormes « tout le pourtour du sommet, et de plus il l'entoura par « le bas, en commençant parle pied de la colline (à™ t?,<; « pîfoç) que contournait au vent d'Afrique une vallée très-

« profonde ( îjv (îaOeta Tueptôei <pàpay£ xarà )iêa ) , d'une

« muraille faite de grands blocs reliés entre eux par du « plomb, enfermant toujours quelque partie de la région « intérieure, et s'élevant successivement, de telle façon que « la grandeur de la construction et la hauteur du massif qua- « drangulaire ainsi formé étaient immenses, de manière aussi « qu'on pouvait juger de la taille des pierres employées par « ce qui en paraissait à la surface, et qu'à l'intérieur ces « pierres, reliées par des ligatures de fer, formaient un massif « à tout jamais inébranlable (âxtvvfTou; tô> iravrl ypovw). L'ou- « vrage ayant été continué ainsi jusqu'à ce qu'il rejoignît le

« sommet de la colline , lorsqu'on eut un peu aplani ce sommet « et rempli les cavités renfermées à l'intérieur de la muraille, « il (c'est toujours de Salomon qu'il est question) amena le u tout au niveau des parties de la surface qui étaient en sail- « lie, et flt une esplanade. Tout cela formait le péribole ayant a un circuit de quatre stades, chaque angle embrassant une et longueur d'un stade (toùto 8ï r,v to tocv irepiêo^oç , TeTTapwv « gto^icûv tov xuxXov eywv, éxacraiç yamaç ffTa&iov pjxo; a7?oXa[i.-

« êavoùcniç) . A l'intérieur de cet espace , le sommet même fut « entouré d'une autre muraille de pierre , soutenant du côté « de l'orient un double portique ayant la même longueur que « cette muraille , faisant face aux portes du naos , qui s'éle- « vait au milieu de cette enceinte (èv^orepeo Se toutou xal wap'

« aÙT/jv TTjV axpav iXko Tefyoç avw Kôivov irepiÔei, tloltol [ziv éciav f aj^tv « t<ro(/.7pt7) tw Tefyei CToàv iym SurX^v, tv f/i<j(j> tou vew TeTujrvjxo-

« toç, àpopôcav stç tocç 5upaç aÙTou) ; plusieurs des anciens rois « ornèrent ce portique. Autour du hiéron étaient attachées « partout les dépouilles des barbares, et le roi Hérode consacra <• tous ces trophées, en y ajoutant ceux qu'il avait remportés « sur les Arabes. »

Ou Josèphe ne savait pas exprimer ses pensées, ce dont, soit dit entre parenthèses, on n'a pas encore songé à l'accuser, ou du passage qui précède résultent les faits suivants, qui étaient des vérités pour lui :

1° Autour du naos, Salomon construisit des portiques; qui dit autour ne dit pas devant. Il y avait donc dans l'œuvre de Salomon un portique de l'est , un portique du sud , xm portique de l'ouest, et un portique du nord.

2° Salomon enveloppa le mont Moriah d'une construction commencée au pied de ce mont, et s'élevant jusqu'au niveau du sommet. Cette construction est spécialement indiquée comme ayant garni la face sud du mont (âwo tyiç 0{£viç

xaTot >î6a) , où courait une profonde vallée. A quoi bon parler de celle-ci exclusivement, si Salomon n'y avait pas construit son mur de soutènement? A quoi bon parler de cette vallée, si le mur du sud construit par Salomon était en arrière de celui qui existe aujourd'hui, et qui est posé sur le roc, puisque c'est celui-là qui couronne l'escarpement sud du Moriah, et qu'en le reportant en arrière il n'y avait plus une ombre de raison pour s'occuper de la vallée placée au-dessous?

3° La construction de Salomon formait un massif quadrangulaire (xal to S^oç Terpaycivoi» YeyevYipiévTïç) ; je dis quadrangulaire, parce que TeTpœyolvo; signifie tétragone, et que si un tétragone peut être un carré , il ne s'ensuit pas le moins du monde qu'un tétragone soit forcément un carré.

4° Pour Josèphe le soutènement construit par Salomon constituait un massif à jamais inébranlable (ôxwfTouç tw xavri Xpovw). Il ne se serait pas servi de cette expression, s'il était vrai que ce massif, sans l'ombre de raison pour cela, eut été dérangé par Hérode, et reconstruit par simple amour de la dépense, puisqu'il était à tout jamais inébranlable; en d'autres termes , il est certain que pour Josèphe le massif de Salomon n'avait pas été ébranlé par la main de l'homme plus que par l'action du temps; si ce fait eût été vrai, il se serait passé environ quatre-vingts ans avant l'époque où Josèphe écrivait. Comment l'aurait-il ignoré? et s'il ne l'ignorait pas, comment l'aurait- il passé sous silence, lui qui décrivait si complaisamment les travaux ordonnés par Hérode?

5° Des ligatures de fer reliaient à l'intérieur les blocs du massif de Salomon ;. ces ligatures de fer, j'en ai retrouvé et rapporté un échantillon qui est oxydé jusqu'au cœur, malgré l'épaisseur du métal.

6° Salomon nivela la plate-forme de son massif, relié au sommet du mont Moriah.

7° Tout ce péribole, cette enceinte, avait un circuit de quatre stades, chacun des angles embrassant une longueur d'un stade. Nous voici en face de chiffres, et nous savons ce qu'ils valent dans les écrits de Josèphe. Celui-ci se rendait- il bien compte de ce qu'il écrivait? Vraiment on pourrait croire le contraire , en trouvant cette expression incompréhensible , géométriquement parlant : hui^rr^ yamaç ffTa&tov p^xo; a7ro- Xa^ëavouar,;. Je ne sais pas en effet ce que c'est qu'un angle qui a un stade de longueur. Il faut donc deviner que l'historien a voulu dire que chaque côté de l'angle avait un stade de longueur.

8° Un autre mur de pierre, rejeté à l'intérieur de la plateforme et bâti au sommet du Moriah, formait une autre enceinte, au milieu de laquelle était le naos. C'était contre cet autre mur intérieur que s'appuyait le double portique de l'est de Salomon, portique qui avait la même longueur que le mur auquel il était adossé et faisait face aux portes du naos.

9° Ce portique fut successivement orné par plusieurs des rois de l'ancien empire.

10° Autour du hiéron, c'est-à-dire de l'ensemble des quatre portiques de Salomon, étaient suspendus les trophées remportés sur les nations barbares. Le roi Hérode les consacra, en y ajoutant ceux qu'il avait enlevés aux Arabes.

11° Les deux portiques qui s'appuyaient directement sur la grande muraille de Salomon, étaient des portiques construits par Hérode. Ceci est très-clairement exprimé par Josèphe, qui profite de l'occasion que lui fournit leur mention, pour décrire la grande muraille de Salomon.

Jusqu'ici, je ne vois pas trop comment on me prouvera que je ne suis pas dans le vrai en attribuant à Salomon ce que l'on tient à mettre au compte d' Hérode. Mais il y a bien d'autres textes encore dans Josèphe ; ce sont peut-être ceux-là

qui me donneront tort. Interrogeons-les donc à leur tour, et

d'abord finissons-en avec le livre des Antiquités judaïques.

Nous y lisons encore ceci (XX, îx, 7) :

« A cette époque, la construction du hiéron était ter-

( minée. Le peuple voyait les ouvriers qui y avaient été employés retomber dans l'oisiveté, au nombre de plus de dix-huit mille hommes, et il pensait que ces hommes devaient avoir besoin d'un salaire, eux qui précédemment gagnaient leur vie dans les travaux qu'ils exécutaient au hiéron. On ne voulait pas avoir d'argent en réserve, de crainte des Romains, et d'un autre côté on se préoccupait

< du sort des ouvriers, et l'on désirait dépenser les sommes du trésor à leur profit ; car celui qui faisait une heure de travail seulement dans la journée, en touchait aussitôt le salaire; on supplia donc le roi, et on s'efforça de lui persuader d'entreprendre la restauration du portique oriental. En effet, ce portique du hiéron extérieur dominait une vallée profonde, et, s'appuyant sur le mur de quatre cents coudées (reTpaxoGicov -mo^wv toùç toi^ouç e^ouaa) , il était construit

en pierres tétragonales (éx XtOwv TeTpoywvwv) d'une entière blancheur (la longueur de chacune de ces pierres était de vingt coudées, et la hauteur de six) ; c'était l'œuvre du roi Salomon, qui le premier construisit tout l'ensemble du hiéron. Le roi (à qui Claudius César avait confié le soin du hiéron) ayant réfléchi que la démolition d'un édifice quelconque était chose aisée, tandis que sa construction était difficile, surtout lorsqu'il s'agissait d'une œuvre comme ce portique, pensant aussi qu'il faudrait et beaucoup de temps et beaucoup d'argent, refusa d'accéder à cette demande; mais il consentit à faire paver la ville avec de la pierre blanche. »

1° Quel est le roi dont il s'agit ici? C'est Agrippa II, qui

n'avait aucune autorité à Jérusalem. C'est donc bien postérieurement au règne d' Hérode qu'il faut placer le fait indubitable que nous raconte Josèphe. Hérode n'avait donc pas touché au mur de soutènement ni au portique salomonien placé à l'est du temple. Nous en avons deux preuves de plus dans l'Évangile de saint Jean (x, 22), où nous lisons : Kal

•rcepteiraret 6 'Ititouç êv tw Upw év tïj 2Toa 2a>.opu5vo; , et dans les

Actes des Apôtres (ni, 2), où il est encore dit : 'Em ttj oroa ty) %oCko\}\un\ 2aXo[/.ûvo;. Si Jésus se promenait dans le portique de Salomon, c'est qu'apparemment ce portique était encore debout à cette époque. On m'objectera probablement que ce portique n'avait conservé du temps de Salomon que son nom. Mais le texte de Josèphe condamnerait irrésistiblement cette objection malheureuse.

2° L'expression TeTpaywvoç, appliquée ici à des pierres qui avaient vingt coudées de longueur et six de hauteur, nous montre quel sens Josèphe attachait à ce mot, et prouve que j'ai eu raison de ne pas admettre que le massif tétragonal de Salomon qu'il a décrit fut nécessairement un carré ; je sais bien qu'on me dira que chaque côté de ce massif avait un stade de longueur; mais c'est là un chiffre de Josèphe, et je n'en fais aucun cas. J'ai donné de bonnes raisons pour justifier mes soupçons constants sur les chiffres de cet historien.

3° Il est encore question ici du mur de quatre cents coudées construit par Salomon sur le côté oriental du temple; Josèphe s'en tenait, on le voit, aux mesures les plus impossibles, une fois qu'il les avait mises dans sa tête; cela nous prouve que Josèphe n'avait pas le moindre sentiment des nombres. On me permettra, j'imagine, de conclure du texte qui précède que, vers 64 de l'ère chrétienne, le mur salomonien oriental, auquel Hérode n'avait pas touché soixante ans auparavant,

était encore en assez bon état pour qu'on ne songeât pas à demander à Agrippa II de le rebâtir, mais bien de relever le portique qu'il soutenait ( eiueiôov tov paciXéa tî}v âvaTo>ix7jv

2toocv âvÊyetpai).

4° Le portique oriental, dit portique de Salomon, faisait partie du hiéron extérieur, et dominait la profonde vallée du Cédron. Ce fut en 70, quand Titus vint assiéger et ruiner Jérusalem, que le grand mur oriental de Salomon fut réellement remanié, mais à coups de bélier et d'hélépole.

Voudrait-on maintenant me rendre le service de m'apprendre comment ce mur de Test, qui n'avait pas bougé sous Hérode , se trouve si bien relié avec le mur du sud, qu'Hérode a refait, dit -on, et de telle sorte que les mêmes blocs parementent à la fois la face est et la face sud, à l'angle sud-est du Haram-ech-Chérif ? Il est vrai qu'on pourra essayer de se tirer de là en affirmant que toute la muraille sud actuelle est l'œuvre d' Hérode, et qu'enfin la muraille sud de Salomon, dont il n'existe pas de trace, était bien en deçà et notablement rapprochée du sommet du mont Moriah; qu'enfin l'angle sudest est également d'IIérode. Mais cet angle, qui cube plusieurs centaines de mètres en une seule masse formée de blocs immenses , valait bien la peine que Josèphe nous apprît qu'Hérode l'avait construit, moins d'un siècle avant l'époque où il écrivait.

Du reste, nous discuterons cela en continuant notre analyse des textes ; mais en attendant je répéterai ceci : Prenez garde! Salomon a construit son massif à partir du pied du Moriah, dit Josèphe ; moi je dis qu'il n'a pas été aussi maladroit, et qu'il a profité du terrain le mieux qu'il a pu, en englobant dans son massif toutes les parties du Moriah qui s'y prêtaient. Le roc que j'ai retrouvé sous l'assise que j'appelle salomonienne , et que vous appelez hérodienne, ce roc

que vous vous attendiez à me voir chercher si profondément au pied du Haram-ech-Chérif, ce roc enfin traversé par les canaux souterrains que vous vous condamnez aussi à attribuer à Hérode, ce bienheureux roc est là pour me donner brutalement raison. Si le portique sud de Salomon était bien en deçà du mur actuel, ce portique dominait à l'extérieur du hiéron le plateau naturel du mont Moriah. Voilà une conclusion que je vous défie d'éluder.

Maintenant continuons ; nous en avons fini avec le livre des Antiquités judaiques, passons à celui qui raconte la guerre des Juifs.

Au livre V (v, i), nous lisons ceci : « Le hiéron, comme « je l'ai dit, était bâti sur le dos d'une colline dominante (ê™ « Xoçou xoprepou) ; lorsque l'on commença à l'élever, à peine y « avait-il assez de terrain plat au sommet pour recevoir le « naos et l'autel. De tous les côtés, en effet, la colline était « abrupte et déclive. Mais le roi Salomon, le même qui con- « struisit le naos, ayant construit aussi un mur du côté de « l'orient, un seul portique fut élevé sur le massif (etr' hé^n « fua <rroà tô ^wfiaTi). Des autres côtés, le temple n'était pas

« couvert (xal xoctoc ye Ta Xonuà jjLepvi yvpivoç d vaoç îv). Mais

« à mesure que le temps s'avançait, comme le peuple ajoutait « toujours quelque chose au massif, la surface de la colline « ayant été aplanie, fut agrandie. Abattant aussi le mur « septentrional, on prit tout le terrain qu'occupa dans la suite « le péribole du hiéron entier (Jtooco^ovTeç $1 xal to irpocap-

« xtiov Tefyoç TOdoÙTOv 7rpocAaëov oaov CcTepov èirefyev 6 tou tcovtoç

« 'iepou rtepiëcAoç) . Mais ayant entouré la colline, à partir du « pied (èx f foç), d'une enceinte en trois parties (Tptx? xuxXcp) , « et ayant travaillé à cette œuvre plus qu'on ne pouvait l'es- « pérer (à cette œuvre furent dépensés et un temps considé- « rable [de longs âges, paxpol atôveç] et tous les trésors des

caisses sacrées qu'avaient remplies les tributs envoyés à Dieu de tous les pays du monde), les périboles supérieurs et le hiéron inférieur furent achevés (tov; te avw TrepiêoXouç xal to xaTco Upov api(p£<ïeî[JLavTo ) . Les parties les plus basses de ce hiéron inférieur furent élevées jusqu'à trois cents coudées, et en certains points à une hauteur plus grande encore. Cependant toute la hauteur des fondements n'était pas visible ; car, en beaucoup de points (fort izoki me paraît signifier cela plutôt que en grande partie), on avait remblayé les vallées pour aplanir les abords de la ville (eycacav

Ta; çapayyaç, aviaouv (lotAofJievoi touç <7T6V(07roùç tou aareoç ) . Les

pierres de la construction avaient une grandeur de quarante coudées ( TeaoapaxovTa mî^eiç to [/iyeOoç ) . L'abondance de l'argent (dépensé) et la libéralité du peuple faisaient avancer les constructions plus qu'on ne pourrait le dire, et ce qu'il n'était pas possible d'espérer d'achever, la persévérance et la longueur du temps l'achevèrent. »

Énumérons les faits qui résultent de ce passage. 1° Salomon a construit le naos et un mur du côté de l'orient, mur sur lequel il a établi un seul portique, bâti sur le massif qu'il avait créé.

2° Salomon ne bâtit que ce seul portique de l'est, puisque, vers les trois autres points cardinaux, le temple était nu ou découvert, yupo; y,v.

3° A partir de Salomon, les travaux du temple et de ses dépendances continuèrent toujours ; toujours on ajoutait à l'étendue de la plate- forme moitié naturelle, moitié factice, qui supportait le tout; elle fut aplanie et agrandie (àvicou^evoç 6 Wcpo; r^puveTo ) . De quel côté ? Est-ce du côté du sud , ainsi qu'on le prétend pour les besoins de la cause? Pas précisément ; car Josèphe à cette hypothèse répond ceci : Aiou«fyavTeç

§1 xal to TrpocjapxTiov rev/oç togoutov 7:po<7É>.aoov ocov G<7Tepov foei^ev

6 ToQf TOcvToç 'iepou wepiêoXoç. A qui fera-t-on croire que c'est du côté du sud que le péribole du hiéron a été agrandi à une époque quelconque, quand Josèphe dit aussi explicitement que c'est du côté du nord ? Je ne sais. Respectez donc les textes, ou déclarez qu'ils ne sont bons à rien, et ne vous en servez pas; ou plutôt ne les épluchez pas pour en extraire ce qui vous donne raison , en passant sous silence ce qui vous donne tort.

4° Dans ce passage, il semble que ce ne soit plus à Salomon que Josèphe attribue la construction du mur de soutènement, sur trois des faces du massif artificiel destiné à soutenir le temple ; c'est le peuple juif qui , en une longue suite d'années ((/.oocpol aiôveç) et à force d'argent, aurait construit et les périboles d'en haut et le hiéron inférieur.

5° Le mur de soutènement fut élevé jusqu'à trois cents coudées, et quelquefois plus. On ne le voyait pas tout entier, parce que les vallées avaient été comblées en certains points, afin d'aplanir les abords de la ville.

6° Les pierres employées avaient quarante coudées de grandeur. Voilà une étrange expression. Josèphe est plus précis que cela ordinairement.

Ce passage, rapproché du passage parallèle tiré des Antiquités judaïques (VIII, m), et que j'ai rapporté plus haut, présente une série de contradictions apparentes telles, que je suis tenté de croire que, si l'un des deux est sûrement de Josèphe, l'autre pourrait bien n'être qu'une interpolation provenant d'une main étrangère. Ainsi , ce que Salomon a fait, d'après le premier passage, c'est le peuple qui l'accomplit dans le second ; Salomon entoure le naos d'un hiéron de portiques splendides faisant face aux quatre vents du ciel ; ici Salomon n'a construit qu'un portique à l'est. A coup sûr, Salomon, s'il a voulu faire un massif artificiel, capable de supporter le

temple et tous les édifices sacrés , a dû donner des murailles de soutènement suffisantes à ce massif. Le premier passage le dit formellement ; celui-ci prétend que ce mur de soutènement élevé sur trois côtés (j?iy$ xà&cp) n'a été fait qu'à la longue et par le peuple juif. Salomon n'aurait construit que la face de l'est. Il l'aurait donc construite en l'air, comme une quille, sans empâtement au sud ni au nord , afin de le relier au terrain et de lui donner la force nécessaire pour résister à la poussée des terres accumulées derrière lui. Cela ne supporte pas l'examen. Dans le premier passage, les murs de soutènement ont quatre cents coudées de hauteur; dans le second, ils n'en ont que trois cents. Dans le premier passage , quand Josèphe parle des dimensions magnifiques des blocs employés, il désigne les dimensions de vingt coudées de longueur sur six de hauteur; dans le second passage, il s'agit de pierres de quarante coudées de grandeur, et cette expression inintelligible est presque indigne de Josèphe.

Comment maintenant faire coïncider tous ces faits discordants, s'ils ont été écrits par la même plume? En vérité, je ne le sais pas ; il faut donc faire son choix : accepter pour vrais ceux qui sont répétés dans les deux passages, et, ceux-là une fois déterminés, rejeter sans regret tous ceux qui sont en opposition avec eux. La logique, d'ailleurs, cette fois comme toujours, doit être le fil conducteur, et il faut obéir à ses injonctions, sous peine de faire fausse route et d'arriver à des résultats qui ne peuvent se défendre qu'à l'aide d'hypothèses hasardées et entassées les unes sur les autres.

Au livre I er de la Guerre judaïque ( xxi , 1 ) , Josèphe nous dit encore : « L'année 15 de son règne, il (Hérode) « restaura le naos, et il entoura d'un mur le terrain qui « s'étendait autour de ce naos, terrain qui devint double de « ce qu'il était avant, et cela à l'aide de dépenses énormes et

« d'une munificence sans égale (aùtov tc tov vaov èiredxeua<je ,

« xal tt,v icepl oùtov âveTeivJffaTO x,<&pav, ^S ou<roç ^nrXaciav) . La

« preuve de ce fait étaient les grands portiques édifiés autour « du hiéron et la forteresse établie au nord de ce hiéron. Il « construisit les portiques à partir des fondations (*Aç [ziv yàp

« av(oxo&of/.7)<7ev ex 3e[/.eXuov, to Se èTueaxeuade itXoutû) &a^i>,er, xoct'

« oùSèv tûv paai\eicov eXaTTov) ; quant à la forteresse, à l'aide « de larges dépenses , il la restaura de façon qu'elle ne fût en « rien inférieure aux demeures royales. »

Analysons encore ce passage :

1° Hérode restaura ( iTuecxeuace ) le naos.

2° Il munit d'une muraille l'esplanade qui entourait le naos; ce terrain fut doublé.

3° Il construisit les grands portiques formant l'enceinte du biéron, à partir des fondations.

4° Il restaura la forteresse qu'il nomma Antonia, et qu'il fit digne d'être prise pour un palais.

Déjà, dans les Antiquités judaïques (XV, xi, 1), Josèphe, racontant comment l'idée était venue à Hérode de rebâtir le temple, nous dit que le plan de ce monarque était de restaurer le naos et de faire le péribole plus grand et de lui donner la plus magnifique hauteur (tov veùv tou 0eou Si' «Itou xaTaaxeuaaaaOai , p.e£ot> Te tov raptëoXov xal 7rpoç 3<|*>ç a£io7cpe7ré<rraTOv èyeipeiv).

Dans ce passage, il est bien clair qu'il ne s'agit encore que du naos proprement dit et des portiques du hiéron. Il est donc en parfaite concordance avec le précédent. Il fout être singulièrement préoccupé pour voir dans le péribole du naos, placé au-dessus de la plate -forme artificielle qui soutenait le naos et les portiques constituant le péribole, l'ensemble des murs de soutènement de cette plate-forme, que l'on essaye de désigner sous le nom d'enceinte extérieure du temple. 'Avmi-

£i<kxto veut dire : il a relevé les murailles. Les murailles de quoi? de l'espace qui entourait le naos (T&v'irepi «jtov xcipav). Inutile d'insister sur ce point ; le comprendre autrement que je le fais, c'est commettre une confusion inadmissible.

On suppose que le nouveau plan adopté par Hérode pour la reconstruction de son hiéron relégua le temple à une extrémité de ce hiéron. Jamais je ne consentirai à admettre qu' Hérode ait accepté et fait exécuter une conception architecturale aussi boiteuse, aussi maladroite, aussi disgracieuse. C'est là encore une hypothèse toute gratuite que rien ne justifie, pas même le passage de la Mischna, qu'on invoque en faveur de cette thèse. Examinons donc ce passage :

omn po lan • hdk mxo cran h? hdn rnxD cran rrn rran in ♦ aisran po iDWD pDsn po î 1 ? whv mton jra ih w

« La montagne de la maison (du temple) avait cinq cents

« coudées sur cinq cents coudées ; sa plus grande dimension

« était au sud, sa seconde à l'orient, sa troisième au nord, et

« sa plus petite à l'occident. »

Pour celui qui a écrit ce passage, l'esplanade du temple était un carré de cinq cents coudées de côté. Cela suffit pour nous amener à n'en pas faire grand cas. Quant au reste, prenez le plan du Haram-eeh-Chérif, tel qu'il est à l'heure présente, et la vérité de la quadruple assertion talmudique vous sautera aux yeux. Oui, maintenant, comme quand ce passage a été écrit, la partie méridionale est plus grande que l'espace analogue du côté de l'orient; celui-ci est plus grand que l'espace du nord; et le plus petit des quatre est bien celui de l'occident. C'est toujours l'exacte vérité: après???

Et de ce que ce passage de la Mischna constate que l'espace compris entre la plate-forme proprement dite du temple et le mur du sud était plus grand que l'espace oom-

pris entre cette même plate-forme et la limite septentrionale du Haram-ech-Chérif, comme il Test encore aujourd'hui, on conclut que l'agrandissement a eu lieu vers le sud. On

déclare même que cela le montre clairement. Etrange illusion! Mais cela ne montre rien du tout; et si vous rapprochez cette indication du passage de Josèphe où il est dit que ce fut en abattant le mur septentrional (&taxo<|;avTeç to irpo<yapxTiov

T **X°0 °I ue 1 on 8 a 8 na du terrain, que devient cette prétendue démonstration? Elle s'évanouit.

On ajoute que : « la limite septentrionale marquée par la « tour Baris ou Antonia ne fut pas déplacée. » Cela est certes bien évident , puisque c'est le dernier agrandissement de l'esplanade du temple qui a donné Antonia pour limite septentrionale de cette esplanade. C'est pour arriver jusque-là, c'est-à-dire jusqu'au pied du roc que couronnait Antonia, que l'on a gagné du terrain vers le nord, en abattant le mur d'enceinte ; est-ce assez clair? A qui fera-t-on croire que c'est précisément le contraire qui a eu lieu ? A d'autres , c'est possible, mais je déclare que ce ne sera pas à moi.

On ajoute encore que : « pour exécuter ses projets « d'agrandissement, Hérode fit démolir jusqu'au sol et re- « faire les anciennes terrasses et les portiques qui les cou- « ronnaient. » Les portiques et leurs fondations, oui ; mais les terrasses, où trouve-t-on dans le membre de phrase aç |/.iv yàp flcvwxo^dp^ev ex Sej/.eXiwv un mot qui autorise à les ajouter? Je ne le devine pas, et je biffe hardiment cette addition des terrasses.

« Seulement, dit-on encore, il fit respecter et enclaver « dans ses constructions le portique oriental, dit de Salomon, « et son beau mur de soutènement. C'est là le seul morceau « du temple antérieur qu'il semble avoir conservé. Tout le « reste fut détruit pour renaître rajeuni et agrandi. » A cela

je n'ai que peu de mots à répondre ; c'est toujours quod est démons trandum. On a perpétuellement confondu, dans cette appréciation des œuvres d'Hérode, ce qui était en haut avec ce qui était en bas de la plate-forme du mont Moriah. Qu'on me permette d'ajouter quelques mots encore. La figure géométrique donnée à l'appui de la théorie que je combats, mathématiquement parlant, est fausse de tout point, non pas quant au jeu de la superficie des deux parallélogrammes que l'on fait se succéder, mais quant à la place de la plate-forme proprement dite du temple ; celle-ci n'a pas changé de place, le roc est resté sur sa base; la Sakhrah aussi, et tout près de celle-ci étaient les statues équestres d'Adrien et d'Antonin, dressées sur l'emplacement même du Saint des Saints (ce sont saint Jérôme et le Pèlerin de Bordeaux qui nous l'apprennent). Dès lors, il faut renoncer à la pensée de faire concorder cette figure géométrique avec ce que présente le terrain lui-même. Inutile donc de s'y arrêter plus longtemps, puisque du centre de la Sakhrah au mur méridional il y a 260 mètres, et du même point à la limite septentrionale, 232 mètres. La différence n'est pas si grande qu'on ne puisse dire que la Sakhrah est à peu près au milieu de l'enceinte actuelle du Haram-ech-Chérif , dans le sens nord-sud, bien entendu, puisque, dans le sens est-ouest, ce même centre de la Sakhrah est à 200 mètres juste du mur oriental et à 110 mètres seulement du mur occidental. Ce sont précisément ces mesures qui justifient pleinement les assertions contenues dans la -phrase empruntée à la Mischna, phrase qu j'ai reproduite plus haut, et dont on a tiré des conclusions qui reposent sur une base imaginaire.

Maintenant résumons. J'ai fait voir, je le crois, que le mur de soutènement méridional n'avait pas plus été dérangé par Hérode que le mur oriental.

S'il en est ainsi, que devient l'impossibilité de retrouver dans les faces du mur actuel des assises mises en place par les ouvriers de Salomon? Elle aussi s'évanouit. Et si, dans ces constructions vénérables , les plus anciennes à en juger par leur position respective, les plus anciennes de l'avis de tout le monde, même de mes contradicteurs, ont des caractères qui ne ressemblent en rien aux caractères des constructions qu'il faut indubitablement attribuer à Hérode ou à son époque, telles que celles qu'on retrouve à Herodium , comme à Massada, comme à Césarée, qu'en conclure? Que ces premières assises du Haram-ech-Chérif sont les restes des murs de soutènement qui faisaient l'admiration de Josèphe, et que Josèphe considérait comme l'œuvre de Salomon, lui qui écrivait quatre-vingts ans à peine après les restaurations d'Hérode? Ce n'est certes pas moi qui me montrerai plus sceptique que Josèphe; et comme, en définitive, il n'y a pas une seule raison plausible pour attribuer ces gigantesques assises à un autre qu'à Salomon, je persisterai à croire qu'elles sont bien de lui, et qu'on ne parviendra jamais à démontrer le contraire.

Il est un dernier passage de Josèphe que je ne puis passer sous silence, c'est celui où il est question de la prophétie prédisant la prise de Jérusalem et du temple, après que le hiéron serait devenu tétragonal. Le voici :

« Celui qui réfléchira à ces choses comprendra certame- « ment que Dieu s'occupe des hommes, et qu'il prend tous « les moyens pour leur montrer ce qui peut être salutaire au « genre humain ; que quand ils succombent c'est par suite de « leur démence et du mal qu'ils font volontairement. Ainsi « les Juifs, après avoir détruit Antonia, rendirent le hiéron « tétragonal , lorsque dans les prophéties il était écrit que la « ville et le naos seraient pris, après que le hiéron serait h. *4

8î VOYAGE EN TERRE SAINTE.

<( devenu tétragonal (âvaYeypa[/.|/.évov ev toi; Xoytoiç e^ovreç àXeS- « ffgffôat tyîv 7roXtv xai tov vaov, èraiSav to iepov yév»Tat TCTpa- « ywvov). » (fie//, jud., VI, V, 4.)

Il ne me reste plus pour justifier, en quelque sorte à priori, la possibilité de retrouver debout encore des restes du temple primitif de Jérusalem , qu'à mentionner deux témoignages auxquels je laisse mes lecteurs parfaitement libres de ne pas accorder l'importance que je leur accorde moi-même, La traduction syriaque d'un livre perdu d'Eusèbe, écrit vers l'an 320, et intitulé Theophania, a été retrouvée, retraduite en anglais et publiée, il a quelques années, par Samuel Lee. Le chapitre xvm du livre IV (pages 245 et 248) traite de la destruction du temple de Jérusalem, et j'y lis ceci : « Jésus-Christ a dit que non-seulement la ville serait détruite, mais encore la maison qui est dans ses murs, c'està-dire le temple qu'il ne voulait plus appeler le sien, ni celui de Dieu , mais le leur seulement. Il prophétisa qu'il « ne serait désolé dans aucun autre sens que dans celui de perdre cette protection providentielle qui s'exerçait autre- < fois sur lui. Ainsi il dit : Votre maison sera désolée. Et c'est avec raison que nous nous étonnons de l'accomplissement de cette prophétie, puisque dans aucun temps ce lieu ne subit une désolation pareille, pas même au temps où ses fondations furent rasées par les Babyloniens. » Puis un peu plus bas :

« La vue des lieux donne seule la mesure si complète dans « laquelle cette prédiction s'est accomplie. La durée de cet « abandon n'a pas été seulement du double de soixante-dix « ans, comme au temps des Babyloniens, mais plus de quatre « fois ce temps, confirmant ainsi le jugement prononcé par « Notre-Seigneur. »

Plus bas encore :

« De plus, l'Ecriture nous apprend que toute la construc- « tion et l'extrême ornementation du temple méritaient « d'être considérées comme prodigieuses, et, comme témoi- « gnages de cette vérité , quelques vestiges de ces anciennes « décorations ont été respectés par le temps. Mais le plus « grand de tous les miracles est la prophétie du Sauveur qui « déclara à ceux qui s'émerveillaient de cette construction du « temple, qu'il ne resterait pas pierre sur pierre de cet objet « de leur admiration.

« 11 était juste que ce lieu encourût une destruction et une « désolation extrêmes, à cause de l'audace de ses habitants, « et parce que ceux-ci étaient des hommes impies. Et selon « cette prédiction, le temple tout entier, et ses murailles, « aussi bien que ces constructions ornées et magnifiques qui « étaient dedans, et dont la beauté surpasse toute description, « ont souffert la désolation depuis ce temps jusqu'au nôtre; « avec le temps aussi cette désolation augmente, et une si « grande puissance de destruction est sortie de cette parole, « que dans bien des endroits on ne découvre même plus aucun « vestige des fondations. Cette vérité chacun peut s'en assurer « de ses propres yeux , et si quelqu'un dit que plusieurs de « ces constructions existent encore, nous pouvons nous attendre « à les voir disparaître, car leur ruine augmente chaque jour. « La parole prophétique s'accomplit par un pouvoir invi- « sible. »

Il est bien clair que de la teneur de cet important passage il est permis de conclure qu'à l'époque où Eusèbe l'écrivait, il restait encore debout certaines parties du temple détruit par les Romains, et témoignant, par leur ornementation, de la splendeur de l'édifice sacré.

Parmi les œuvres d'Aurelius Prudentius Clemens (publiées à Parme en 1788), je trouve le Diptycon écrit vers l'an 394.

où le quatrain xxxi, intitulé Pinna templi, est ainsi conçu :

Excidio templi veteris stat pinna superstes : Structus enim lapide ex illo manet angulus, usque In saeclum saecli, quem sprerunt aedificantes. Nunc caput est templi, et laterum compago duorum.

(Dans quelques manuscrits on lit, mais à tort, lapidum au lieu de laterum.)

Ce quatrain nous montre ce que Ton pensait vers 394 de l'angle sud-est de l'enceinte extérieure du temple.

Déjà, en 333, le Pèlerin de Bordeaux avait à ce propos écrit les paroles suivantes : «» lbi est angulus turris excel- « cissimœ ubi Dominus ascendit et dixit ei qui tentabat

a eum Ibi est et lapis angularis magnus, de quo dictum

« est : Lapidem quem reprobaverunt aedificantes. Item ad « caput anguli, et sub pinna turris ipsius, sunt cubicula plu- (( rima ubi Salomon palatium habebat. Ibi etiam constat « cubiculus in quo sedit et sapientiam descripsit. Ipse vero « cubiculus uno lapide est tectus. »

Vers Tan 400, saint Jérôme, écrivant son commentaire i»i Matthœum 9 xxi, 35, 43 (éclit. de Martianay, t. III, col. J65) s'exprime ainsi : « Ululant super cineres sanctuarii et « super altare destructum, et super civitates quondam muni- « tas, et super excelsos angulos templi, de quibus quondam (( Jacobum fratrem Domini praecipitaverunt. »

Le morne saint Jérôme, au chapitre xxiv du commentaire de saint Matthieu (t. IV, p. 113), dit encore :

« Simpliciores fratres, inter ruinas templi et altaris, sive « in portarum exitibus quae Siloe ducunt, rubra saxa mon- « strantes, Zacharia3 sanguine putant esse polluta. Non cona demnamus errorem qui de odio Juda^orum et fidei pietate « descendit. »

Il y avait donc déjà vers l'an 400 des frères qui servaient de guides aux pèlerins et qui leur transmettaient des traditions apocryphes. Mais ce qui est précieux dans le passage que je viens de transcrire, c'est qu'il y est manifestement question de la triple porte murée, au pied de laquelle j'ai fait des fouilles si intéressantes.

J'ai avancé plus haut que saint Jérôme parlait de l'emplacement du Saint des Saints : voici les deux passages que j'ai invoqués.

a Ubi quondam erat templum et religio Dei, ibi Ha- « driani statua et Jovis idolum collocatum est (t. 111, « p. 25), etc., etc. Aut de Hadriani equestri statua quae in « ipso Sancto Sanctorum loco, usque in praesentem diem ste- « tit (t. IV, p. 115). »

Quant au Pèlerin de Bordeaux, voici ce qu'il dit :

« Sunt ibi et exceptoria magna aquae subterraneie, et « piscinae magno opère aedificaUe, et in œde ipsa ubi tem- « plum fuit, quod Salomon aedificavit, in marmore ante « ara m, sanguinem Zachariœ ibi dicas hodie fusum. Etiam « parent vestigia clavorum militum qui eum occiderunt, in « tota area, ut putes in cera fixum esse. Sunt ibi et statuœ « duae Hadriani. Est et non longe de statuis lapis pertusus, « ad quem veniunt Judaei singulis annis, et unguent eum, et « lamentant se eum gemitu, et vestimenta sua scindunt, et sic « recedunt. »

Concluons encore une fois. Toutes les constructions que j'ai, à la suite de mon premier voyage, attribuées à Salomon et à ses successeurs immédiats de la dynastie de Juda , j'en maintiens plus que jamais l'attribution.

Je me permettrai de finir en citant textuellement ici deux passages que j'emprunte au premier rapport adressé à S. M. l'Empereur par mon savant confrère, M. Renan, pen-

dant sa mission en Phénicie. Us ont assez d'importance pour que je n'hésite pas à m'en servir. Les voici :

« Longtemps ces difficultés m'ont arrêté » (il s'agit ici d'apprécier l'âge de la fameuse tour de Djebaïl, que je ne connais pas de vue , mais dont j'ai pu examiner de bonnes photographies) « et , par une série de coïncidences singulières, ce monu- « ment étrange qui, chaque jour, fixait mon regard pendant « des heures, flottait pour moi dans un intervalle de vingt ou « vingt -quatre siècles, susceptible a la fois d'être considéré « comme le contemporain de Salomon ou de saint Louis. » Certes ce n'est pas moi qui ferai un reproche à M. Renan d'avoir écrit cette phrase profondément honnête, et dans laquelle il fait la confession la plus explicite de son incompétence archéologique. Il est évident qu'on ne s'improvise pas antiquaire en vingt-quatre heures. Mais il est évident aussi qu'il n'est permis à personne du métier de ne pas pouvoir, à première vue, reconnaître si un monument est du temps de Salomon ou du temps de saint Louis. Je poursuis : « Ces « doutes , je dois le dire , ont disparu , ou du moins se sont « affaiblis depuis que des faits nouveaux sont venus à ma « connaissance. Et d'abord, ayant ouvert des tranchées aux « environs du château de Gebeil, j'ai trouvé des pierres en « bossage, semblables à celles de la tour, à de grandes pro- « fondeurs; l'une de ces pierres se trouvait au-dessous d'une « mosaïque romaine. » Assurément il serait difficile, à la vue d'une pierre enfouie sous une mosaïque romaine, de ne pas reconnaître que la mosaïque a été fabriquée et mise en place lorsque la pierre était déjà enterrée. On peut oublier ce fait , et ne plus se souvenir qu'il a été constaté ; mais en nier la valeur, c'est autre chose ! Cela n'est pas permis.

M. Renan continue ainsi : « Mais ce qui a le plus con- <( tribué à fixer mes idées, c'est la vue des ruines phéniciennes

« encore existantes aux villages de Semar-Gebeil et d' Anéfé. » Je passe les détails et j'arrive au paragraphe suivant : « Ces rapprochements m'ont paru du plus grand poids, < et, bien que je réserve mon jugement définitif pour le moment où j'aurai vu les autres ouvrages en bossage de la Syrie, Kalaat-el-Hosn, qu'on me dit ressembler beaucoup k Gebeil, Merkab et surtout les plus vieilles parties de Jérusalem , j'avoue qu'aucune objection ne tiendra k mes yeux devant un ensemble de faits aussi concordants. Oui. c'est à bon droit que M. de Saulcy a vu , dans ces blocs en bossage, le trait dominant du vieux style phénicien. C'est à bon droit que MM. Wolcott, de Vogué, Van de Velde ont rapproché la tour de Gebeil de la tour d'Hippicus à Jérusalem , et remarqué que les maçons giblites , qui construisirent les ouvrages de Salomon, durent apporter k Jérusalem leur art national.*... Je laisserai à l'architecte qui fera bientôt partie de notre mission le soin de distinguer les retouches qu'a subies cette construction. »

Il est bien évident que l'éducation archéologique de mon savant confrère devait se développer peu k peu au contact des monuments; en effet, k peine arrivé en Syrie, elle était encore k naître, comme il l'a si loyalement reconnu dans la phrase que j'ai citée d'abord; il était donc tout k fait prudent de réserver son jugement jusqu'après la visite faite par lui aux autres monuments du même âge, c'est-k-dire aux plus vieilles parties de Jérusalem ; car je ne sais pas trop si les constructions du Qalâat-el-Heusn et de Markab peuvent se comparer à celles de Djebaïl et de Jérusalem. Toutefois la constatation de faits matériels, tels que la découverte d'un des blocs de la tour de Djebaïl au-dessous d'une mosaïque romaine, justifiait pleinement la déclaration très-nette qu'aucune objection ne tiendrait aux yeux de l'auteur du rapport ,

devant l'ensemble de faits concordants qu'il avait recueillis. M. Renan prenait aussi un parti très-sage en laissant à l'architecte qui devait bientôt lui être adjoint le soin de distinguer les retouches subies par le monument en question. Il aurait dû s'en tenir à cette détermination prudente, parce que, si sa propre éducation d'antiquaire était à faire , il était évident, à priori, que celle du jeune architecte qu'il attendait était encore dans l'œuf. Il est bien clair qu'on peut savoir son Vignole sur le bout du doigt, sans être, pour cela, en état de reconnaître autre chose que ce que Vignole nous apprend. Quant à l'appréciation de l'âge d'un monument, j'ai entendu dire que c'était question d'architecte ! Allons donc ! Est-ce qu'une question de numismatique a chance d'être résolue par un graveur en médailles? Laissons à chacun son lot ici-bas. Demandons aux architectes de profession, et d'expérience surtout, ce qu'ils peuvent nous donner. Estimons-nous heureux toutes les fois qu'à la science architecturale vient se joindre la science archéologique, parce qu'au contact de celui qui les possède toutes les deux, il y a immensément à apprendre. Mais, ne l'oublions jamais, l'expérience des monuments ne s'improvise pas. Il faut de longues années pour l'acquérir, et les jugements de tous ceux qui débutent dans la carrière d'antiquaire sont toujours sujets à caution, fussent-ils les élèves les plus distingués de l'artiste le plus éminent, de l'école la plus justement renommée.

J'ai transcrit les passages du premier rapport de M- Renan qui me donnaient pleinement raison, avec le secours, hâtons-nous de le répéter, de faits matériels d'une brutalité telle, qu'il fallait bien se résigner à les laisser passer en s'inclinant devant eux. Comment se fait-il que plus tard ces faits inéluctables se soient effacés de la mémoire du savant académicien et que leur oubli lui ait permis de déclarer que

Djebaïl , pas plus que Jérusalem , n'avait plus rien que l'on pût faire remonter au x e siècle avant notre ère? Je n'ai pas à rechercher la cause de cette contradiction flagrante , et je me contenterai de transcrire encore. Dans son troisième rapport à l'Empereur, en date de Paris et du 20 janvier 1862, nous trouvons toutes les opinions émises par M. Renan dans ses précédents rapports changées du blanc au noir. C'est à propos des murs de Tortose que la lumière s'est faite. M . Renan fut tenté d'abord d'y voir ce que tout le monde y avait vu avant lui, c'est-à-dire des murailles antiques. « J'in- « clinais d'autant plus à admettre cette opinion que Gebeil et « Anéfé m'avaient déjà offert au commencement de ma mis- « sion des travaux du même caractère, que, cédant alors à « l'opinion commune, j'avais, malgré de formidables objec- « tions, attribués à la haute antiquité. Ici le problème se « posait avec plus de netteté, et, heureusement, les éléments « de solution abondaient. Quelque temps après, les châteaux « de la région de Tortose, ceux de la région du Carmel, « enfin l'étude des monuments de Jérusalem et d'Hébron « m'apportaient sur le même point des lumières que j'ose « croire décisives. » Ces lumières que l'auteur du rapport ose croire décisives, nous allons sans doute en trouver le reflet dans ce qui va suivre. Cherchons donc et apprécions.

« La première considération qui ébranla pour moi , » dit M. Renan, « l'antiquité des murs de Tortose, ce fut la coince paraison de ces murs avec ceux de Ruad. Il n'y a aucune « ressemblance entre ces ouvrages. »

Et que conclut-on de cela? Que les murs de Tortose ne peuvent être antiques? Qu'appelez-vous antique alors ? Exclusivement ce qui est d'un millier d'années avant l'ère chrétienne? En ce cas il faut le dire, et tout le monde sera d'accord avec vous, si toutefois on admet ce sens étroit du

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