‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 25 sur 85 · VALLÉE DE HINNOM. H · texte numérisé non relu

VALLÉE DE HINNOM. H

Après avoir bien examiné tous ces points, nous avons gagné les Qbour-el-Molouk, où nous avons trouvé de braves gens entamant à coups de pic la porte du vestibule intérieur, pour y appliquer une porte. A cette vue, j'ai été pris d'un bel accès de rage, et j'ai couru au consulat. Malheureusement, mon pauvre ami Barrère était au lit et souffrant trop cruellement d'une attaque de névralgie pour que je pusse avoir la barbarie de lui infliger l'ennui de recevoir mes plaintes. C'est l'excellent Ledoulx qui en a eu l'endosse. J'ai crié, j'ai tempêté, j'ai juré comme un païen, et cela si bien qu'il s'est rendu sur l'heure au séraï, aGn d'annoncer au pacha que j'étais furieux de la manière dont il tenait les promesses qu'il m'avait faites , et que j'entendais bien me plaindre à qui de droit de ce que l'intérêt que j'avais témoigné pour un monument fût devenu pour celui-ci le signal et la cause d'une stupide mutilation. Le pacha, fort contrarié de cet incident, a déclaré qu'avant tout il tenait à m'être agréable, et qu'il allait prendre des mesures en conséquence. Et de fait, des zaptiés du séraï ont été envoyés sur l'heure au Tombeau des Rois pour en expulser les mutilateurs. Ledoulx est persuadé que, maintenant, tout va marcher comme sur des roulettes. Nous verrons bien !

Après le déjeuner, Salzmann, l'abbé et moi, nous nous sommes dirigés vers la vallée de Hinnom, où nous avions beaucoup de choses à revoir et à étudier sur de nouveaux frais. Nous sommes sortis de la ville par la porte de Sion , et nous avons d'abord suivi maladroitement le cul-de-sac aboutissant aux bâtiments que l'on appelle la maison de Caïphe et le cénacle. Force nous a été de revenir sur nos pas, et nous avons pris alors le chemin très-incliné qui descend presque en ligne droite du sommet du mont Sion vers le tombeau de Thécla, c'est-à-dire vers la cave sépulcrale taillée dans le roc

et que précède un petit escalier vieux comme le monde. J'ai revu avec grand plaisir ce tombeau et son inscription, que j'ai le premier déchiffrée et comprise. A coup sûr, ces tombeslà n'ont pas été taillées dans les flancs de la vallée à l'époque chrétienne. Ce sont des caveaux funéraires des Jébuséens peutêtre, qui plus tard ont servi aux juifs, et plus tard encore aux chrétiens de Jérusalem.

Je suis un profanateur de tombeaux, ont dit les juifs sur tous les tons , et surtout sur le ton le plus grossièrement injurieux. Eh bien ! ils feront sagement de réserver leurs antiennes d'indignation pour un de leurs plus illustres coreligionnaires. Car celui-là, dans toutes les tombes creusées dans le flanc méridional de la vallée de Hinnom, a vu de belles carrières toutes faites et destinées apparemment à* lui procurer les matériaux nécessaires à la construction de son hospice. 11 les a fait si bien exploiter, qu'à peine en reste-t-il quelques-unes intactes. Il n'y a que treize ans que j'ai vu Jérusalem, mais au train dont les choses ont marché depuis ce moment, il est malheureusement bien clair que, dans treize autres années, cette pauvre vallée de Hinnom n'aura plus un seul de ses vénérables monuments funéraires. Il est vrai que, au-dessus de la porte de beaucoup d'entre eux, il y avait des croix et la légende : THC atiàC CMN. Par conséquent, il était tout simple de les mutiler et de les dépecer au profit d'un hospice juif.

Partout où je vois une œuvre de charité, je m'incline respectueusement, sans m'enquérir de la croyance religieuse de celui qui a accompli cette œuvre. Mais quand ceux-là mêmes à la glorification historique desquels je crois avoir largement apporté mon contingent déversent sur moi des torrents de malédictions, sans se rappeler qu'ils ont fait bien pis que moi dans les sépulcres de mes coreligionnaires,

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