PRESSOIRS DU ROI. 4S
ïi novembre.
C'était jour de courrier pour France; j'ai donc employé ma matinée à donner des nouvelles à tous ceux que j'aime et qui sont si loin de moi. Dans l'après-midi, l'abbé, Gélis et moi, nous avons été lever les escaliers taillés dans le roc, sur le chemin qui descend de la porte de Sion au fond de la vallée de Hinnom. J'ai déjà donné les dimensions de cet escalier, lorsque j'en ai parlé pour la première fois. Je n'y reviendrai donc pas.
J'étais très-désireux de montrer à Gélis les traces de tremblement de terre visibles à la pierre du Zoheleth, près du Bir-Eyoub, et les fragments de contrevallation que j'avais reconnus à la crête de la montagne du Mauvais- Conseil. Je ne m'étais pas fait d'illusion sur ces divers points, et mes amis ont entièrement partagé ma manière de voir. Voilà donc des faits qui me semblent acquis à l'histoire topographique de la vieille Jérusalem. Après une visite assez longue à la piscine de Siloé, au grand mur de barrage qui soutenait l'étang de Sa loin on, et à la fontaine de la Vierge que les Arabes appellent Omm-ed-Deradj , « la Mère des Escaliers, » nous avons regagné la ville par un affreux raidillon, à droite duquel nous avons aperçu, au milieu de terrains cultivés, un pâté de rochers dans lequel semblent s'ouvrir plusieurs grandes chambres. Ce sera un point à visiter en détail, car il est bien possible que là ait été le pressoir du roi, le torcular régis de l'Écriture. Voici le passage où il en est question. C'est le prophète Zacharie qui parle (à l'époque du règne de Darius) : « Tout le pays sera changé en plaine, de Djebaâ jusqu'à
« Rimmoun , au sud de Jérusalem ; ( la ville) s'élève et reste u à sa place , depuis la porte de Benjamin jusqu'à l'emplace- <( ment de la première porte, jusqu'à la porte des Angles, et « depuis la forteresse de Hananéel, jusqu'aux pressoirs du « roi. » (xiv, 10.)
Quelles sont les portes désignées par ces différents noms? cela n'est pas facile à deviner. Le prophète semble pourtant décrire le terrain dont il parle, du nord au sud, puisque Djebaâ est au nord de Jérusalem et qu'il dit lui-même que Rimmoun est au sud; je suis donc bien tenté de croire qu'il a voulu désigner des portes placées aux points extrêmes des deux côtés ouest et est de la ville. Et de fait, la porte de Benjamin devait prendre son nom de la route qui conduisait de l'intérieur de Jérusalem vers le pays de Benjamin, c'està-dire évidemment vers la région du nord. En conséquence , la « porte des Angles , qui est vers l'emplacement de la pre- <( mière porte , » doit être cherchée vers la pointe sud de la première ville jébuséenne. Sur l'autre face de Jérusalem, la forteresse de Hananéel, que je place dans le voisinage immédiat de la porte actuelle de Saint-Étienne , occupait le point extrême nord de ce côté de l'enceinte l , et si nous traçons une ligne droite partant de ce point, et suivant la face même du Haram-ech-Chérif à l'orient, cette ligne va passer très-peu à droite des excavations que je viens de signaler. On voit
4. Tout bien considéré, la tour Hananéel n'est pour moi que la belle tour carrée en appareil salomonien, dont l'angle nord est derrière la piscine probatique. Voici un curieux passage de saint Jérôme, qui nous prouve que de son temps cette tour Hananéel était encore debout et connue : « Qui mille « annorum in terra Judaoa regnum Christi recipiunt, Judaei videlicet et noso tri Judaizantes, conantur ostendere turrira Ananeel et portam anguli, et « collem Gareb et Goatha, et vallem Phagarim et omnem Asademoth et « torrentem Cedron, et locum anguli porta? equorum orientalis; et ibi dicunt « sanctuarium Domini, id est templum, esse condendum, mansurumque in a perpetuum. » (Comm. in Jeremiae, cap. xxxvi, t. III, p. 686. ;