‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 33 sur 85 · II · texte numérisé non relu

II

rieure qui est relativement moderne, a conservé le massif primitif de la tour Phasaël; la troisième enfin, qui paraît moderne, a pris, de son côté, la place et les dimensions de la tour Mariamme.

Voyons maintenant ce que nous raconte Josèphe de ces trois tours, qui furent considérées comme des merveilles par Titus lui-même, et qui, lors de la destruction de-la Jérusalem judaïque, furent respectées par Tordre exprès de ce prince. (Bell, jud., VI, ix, 1.) « En face de cette tour (Psephina), « était Hippicus, et, auprès de celle-ci, deux tours édifiées « par Hérode dans la muraille antique. Toutes les trois suret passaient en grandeur, en beauté et en solidité toutes les « tours de l'univers... » Hérode les avait consacrées à son frère, à son ami, et à sa femme. « Hippicus, qui avait reçu <( le nom -de son ami, était quadrangulaire, ayant en largeur « et en longueur vingt-cinq coudées, et trente en hauteur. « Elle n'était vide en aucun point. Au-dessus de ce massif, a formé de blocs liés entre eux , était placé un puits profond « de vingt coudées et destiné à recueillir l'eau des pluies. Au « sommet s'élevait un édifice à deux étages, haut de vingt- « cinq coudées et divisé en diverses chambres, au-dessus a duquel étaient placés des créneaux de trois coudées de « hauteur, avec parapet de deux coudées seulement , de sorte « que la hauteur totale de la tour était de quatre-vingts « coudées.

« La seconde tour, à laquelle il donna le nom de son « frère Phasaël , avait quarante coudées de longueur, de lar- « geur et de hauteur, et était entièrement massive. Elle était « couronnée par un portique haut de dix coudées, entouré « d'un parapet à créneaux. Au milieu du portique s'élevait « une autre tour contenant des chambres magnifiques et une « salle de bains , de sorte que rien ne manquait à cette tour

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« pour paraître une habitation royale. Celle-ci était encore « mieux ornée de parapets et de créneaux que celle qui lui <( servait de base. La hauteur totale était de quatre-vingt-dix « coudées. Elle ressemblait assez, par sa tournure, au phare « d'Alexandrie, mais elle était beaucoup plus grande. A ce u moment (à l'arrivée de Titus devant Jérusalem), elle était « devenue le siège de la tyrannie de Simon.

« La troisième tour, nommée Mariamme (c'était le nom de « la reine), était massive jusqu'à la hauteur de vingt coudées, « et avait également vingt coudées de longueur et de largeur. ce Elle supportait des appartements plus magnifiques et plus « riches que les autres, le roi ayant pensé qu'il était plus con- « venable de donner à la tour qui portait le nom de sa femme « une ornementation plus splendide que celle qu'il destinait à « des tours consacrées à la mémoire de deux hommes. Cellesci ci, en revanche, étaient plus fortes que celle à laquelle il « avait donné le nom d'une femme. Sa hauteur totale était de « cinquante-cinq coudées. (Bell, jud., V, iv, 3.)

ce Ces trois tours déjà si grandes le paraissaient plus encore ce par suite de leur position. En effet , le mur antique sur « lequel elles étaient construites s'étendait sur une colline ce élevée, et avait une hauteur de trente coudées au-dessus « du sol , ce qui faisait paraître les tours bien plus hautes « encore. Les dimensions des pierres employées à leur conce struction n'étaient pas moins admirables. Ces pierres, en ce effet , n'étaient pas des blocs vulgaires, faciles à remuer, « mais bien des blocs de marbre blanc, dont chacun avait « vingt coudées de longueur, dix de largeur et cinq de hau- « teur. Ils étaient si bien reliés entre eux que chaque tour ce semblait un rocher naturel dans lequel la main de l'homme <( avait taillé des faces et des angles; nulle part on ne « pouvait apercevoir de joints. A ces tours placées vers le

« nord était adossé le palais du roi , surpassant toute descrip- « tion, etc. »

Examinons d'abord les diverses dimensions que nous donne le récit de Josèphe. Hippicus avait vingt-cinq coudées de côté, et trente de hauteur. Elle contenait un puits de vingt coudées de profondeur.

Phasaël avait quarante coudées de côté et de hauteur.

Mariamme en6n avait vingt coudées de côté et de hauteur.

Si nous prenons la coudée hébraïque de 0",525 millimètres, ces mesures deviennent : pour Hippicus, 13°\125 de côté, et 15 m ,70 de hauteur (le puits ayant i0 m ,50 de profondeur) ; pour Phasaël, 21 mètres de côté et de hauteur; et enfin, pour Mariamme, iO m ,50 de côté et de hauteur.

La tour sur laquelle s'appuie toujours l'enceinte extérieure de la ville a 16 m ,40 sur son plus grand côté et 13 mètres sur le plus petit ; elle n'est donc pas carrée. Hippicus avait en nombre rond 25 coudées, soit 13", 125. Il y a, quant aux dimensions, similitude satisfaisante.

Passons à Phasaël : celle-ci avait 21 mètres de côté, selon Josèphe. A la plate-forme supérieure, la tour de David, épaisseur du parapet comprise (laquelle est de m ,70), a 21 m ,04 sur lô^O. Elle n'est donc pas carrée non plus, mais l'une de ses dimensions, la plus grande, est identique avec celle que nous a transmise l'historien des Juifs. Cette fois encore nous pouvons conclure que la tour de David n'est que la tour Phasaël.

Reste la jtroisième tour, c'est-à-dire Mariamme : suivant Josèphe, elle avait 10 m ,50 de côté; la tour moderne a ll ,n ,60 sur 10 m ,i0. Il y a donc toujours accord satisfaisant.

Je l'ai déjà dit bien des fois, rien ne change en ce pays. Où il y a eu trois tours dans l'antiquité, trois tours ont

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été maintenues et avec les mêmes dimensions. Josèphe les cite dans l'ordre suivant : Hippicus, Phasaël, Mariamme, et une fois Hippicus identifié, nous retrouvons, dans Tordre naturel, des tours ayant les dimensions accusées par Josèphe. En vérité il faudrait être bien difficile pour ne pas voir ici autre chose que des coïncidences fortuites. Je me tiens donc pour très-satisfait de ma promenade au Qalâah, puisqu'elle m'a mis à même de dire , avec toute la certitude désirable : cette tour, c'est Hippicus; celle-ci, c'est Phasaël; celle-là enfin, c'est Mariamme. Ici était le palais d'Hérode, comme plus tard, sans aucun doute, a été le palais des rois latins de Jérusalem.

Restait enfin le puits signalé par Josèphe comme appartenant à la tour Hippicus. Ce puits avait vingt coudées de profondeur, soit 10 ,n ,50. Avec une ficelle et un caillou nous en avons mesuré la profondeur actuelle, en laissant descendre le caillou, même à travers la vase molle, jusqu'à refus. Nous avons trouvé 6 in ,35. Il y a donc, si la mesure donnée par Josèphe est rigoureusement exacte, 4 m 15 de décombres et de saletés de toute nature accumulés au fond de ce puits. Nonseulement cela n'est pas étonnant, mais j'ose dire que ce qui l'est à mes yeux, c'est que la couche encombrante ne soit pas plus considérable. Donc le puits lui-même peut , à bon droit, être reconnu pour celui dont a parlé Josèphe.

Maintenant que nous avons identifié la tour de David avec la tour Phasaël , voyons ce qu' Antonin de Plaisance en dit (ch. xxi) :

« Inde ascendimus in turrim David, ubi paalterium de- « cantavit ; magna est valde ; in qua sunt monaftteria in cœna- « culis singulis. Quae turris quadrangula et opus sculptum, « non habens tectum. In quam etiam christiani pro devotione « ad mansionem ascendunt , et circa mediam noctem surgen-

« tes audiunt voces murmurantium , deorsum in valle Josao phat, contra Jordanem, ad loca quae respiciunt ad Sodomam o et Gomorrham. »

Je fais bon marché de l'assertion passablement ridicule contenue dans la dernière phrase , et je me contente de constater que, vers l'an 570, la tour en question passait déjà pour l'œuvre de David, car il ne peut y avoir de doutes sur l'identification de la tour actuelle et de celle que décrit le voyageur.

Quand je pense qu'il s'est trouvé des architectes et des antiquaires capables de reconnaître, dans l'appareil de cette tour, les caractères d'une œuvre du temps d'Hérode, en vérité je me demande si je ne suis pas fou , ou bien si ce ne sont pas mes contradicteurs qui ont mis de côté toute espèce de sens archéologique. Mais en voilà assez sur ce point. ;

En y réfléchissant sur place, il m'est venu une idée qui est ' peut-être moins maladroite qu'elle n'en a l'air au premier abord. ; C'est toujours de la tour de David qu'ont parlé les voyageurs de tous les temps , à cause de son appareil colossal. Ne se pourrait-il pas que les bases des tours Hippicus et Mariamme fussent véritablement antiques, et du temps d'Hérode? Celuici alors aurait utilisé le massif de la tour de David, existant de toute antiquité, pour élever au-dessus de ce massif la tour Phasaël, tandis qu'en copiant à sa manière , et avec les habitudes de son temps , il aurait construit de fond en comble Hippicus et Mariamme. Je vais passer pour bien osé certainement aux yeux de beaucoup de gens ; mais peu m'importe ! Aujourd'hui je crois sans scrupule que les bases d' Hippicus et de Mariamme, à part les réparations qu'elles ont pu subir à toutes les époques , sont bien les bases construites par Hérode.

, Avec cette hypothèse on s'explique parfaitement l'exi-

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stence de ce massif immense de la tour de David (massif dont la conception ne saurait appartenir à un architecte militaire du temps d'Hérode) , et celle des bases habitables des deux autres tours. Josèphe, qui certainement ne s'est pas amusé à lever les trois tours, et qui ne les décrivit que lorsqu'il était établi à Rome, aura appliqué à toutes les trois ce que la tradition générale savait de la plus ancienne.

Pour terminer ce qui est relatif à la tour de David, je donnerai les dimensions d'un seul des blocs qui constituent le massif. Il a 3 m ,25 de longueur, l m ,25 de hauteur et l ra ,25 d'épaisseur, ce qui nous donne 4 mètres cubes 67. Ce sont d'assez jolies pierres, on en conviendra. J'ai choisi ce bloc, d'abord à cause de sa taille , mais surtout à cause de la particularité qui le distingue. Ainsi il est muni d'un double encadrement : le premier, extérieurement, a dix centimètres de largeur ; le second , en saillie de un centimètre seulement sur le premier, n'a que six centimètres de largeur, et la partie centrale du bloc est en saillie de quatre centimètres sur cet encadrement intérieur. Je ne me rappelle pas avoir aperçu, dans l'enceinte du Haram-ech-Chérif, un seul bloc orné comme celui-ci de deux encadrements au lieu d'un.

On voit que notre course de ce matin a été fructueuse : Gélis, aidé par de Behr, a pu lever tout le Qalâah ; c'est une intéressante conquête pour la topographie de Jérusalem. Au départ, le bakhchich a été son train, et le commandant de la place n'a pas montré la moindre répugnance pour les pièces de vingt francs françaises.

Après le déjeuner j'ai eu la visite du curé de Beït-Sahour, l'abbé Moretain. C'est un excellent homme, très-zélé, et qui fait tout ce qu'il peut pour m'aider dans mes recherches d'antiquaire. Maître Ibrahim-Hanna , qui est une de ses ouailles, ne m'a pas l'air de jouir de toute son estime. Il le tient pour

le plus insigne menteur de la Palestine, et je suis heureux de me trouver d'accord avec lui dans l'appréciation des mérites de cet effronté.

Dès que je me suis vu libre, j'ai couru chez Barrère prendre Gaillardot, avec lequel nous devions aller mesurer le beau pan de muraille hérodienne reconnu dans la partie nord de l'enceinte actuelle, auprès de la piscine de la Pèlerine. L'abbé, accompagné du P. Bassi, de Pierre et de deux ouvriers, avait pris les devants afin de recueillir les estampages que je désirais. Nous les avons eu promptement rejoints. Malheureusement il survient de temps en temps de petites averses qui rendent fort malaisé le dessèchement des estampages en question.

En étudiant le terrain auprès du Bab-ez-Zahari (porte d'Hérode) , j'ai reconnu la présence d'un agger considérable placé en avant et à l'ouest de la tour carrée, dans laquelle s'ouvrait la porte aujourd'hui murée. Cette porte débouchait dans un véritable chemin couvert, qui est bien conservé, et qui décrit une courbe sensible en allant expirer vers le chemin moderne qui contourne aujourd'hui l'enceinte en ce point.

Nous avons passé presque tout le reste de la journée à causer, assis sur l'herbe, le P. Bassi, Gaillardot et moi. L'abbé était allé au tombeau de saint Jacques pour assister au moulage de l'inscription placée sur la frise ; nous pensions donc l'y retrouver, mais il avait déjà déguerpi, et nous avons rencontré les ouvriers de Sainte- Anne rapportant l'échelle qui avait servi a prendre le creux en terre glaise 1 . Comme l'atmosphère est très-humide, ils ont laissé leur moule sur la pierre,

1 . Ce malheureux moulage a été brisé à deux reprises par les habitants de Siloam, et ce n'est qu'à la troisième tentative qu'il a pu être enlevé sans encombre.

inscription hébraïque. 469

espérant que le temps finirait par s'améliorer et par sécher la terre employée. Voici le texte de cette inscription :

En rentrant à l'hôtel, nous avons trouvé Salzmann et' Mauss de retour de leur expédition à Hébron et à Hérodium. Ils ont été tracassés de toutes les manières par les cheikhs

des Taamera , surtout par ce bandit de Safi dont j'ai déjà parié plus haut. Quant à Ismaïl, il n'a guère été plus honnête que son collègue, et ii s'en est fallu de bien peu que l'affaire ne tournât au tragique pendant cette matinée. Les bandits ont fait tout ce qu'ils ont pu pour effrayer mes amis et leur extorquer de l'argent; mais ces manœuvres sont restées sans succès, et elles ne les ont pas empêchés de recueillir de bons dessins et quelques photographies essentielles. Je donnerai en appendice, à la fin de ce volume, le récit de cette course désagréable, rédigé par Salzmann lui-même.

II est arrivé à l'hôtel Hauser deux jeunes gens que nous sommes heureux d'y trouver : ce sont M. Joyau, élève architecte de l'école de Rome, et M. Terrier, élève de l'école d'Athènes. La connaissance est bientôt faite à mille lieues de son pays, et au bout d'une heure nous sommes tous de vieux amis.

Î6 novembre.

La journée s'est annoncée à merveille. Le ciel est pur, il fait un temps superbe. Puisse-t-il durer!

Après le déjeuner nous devions tous nous rendre chez le cheikh des moghrabins, Mohammed-Effendi, qui désirait nous faire lui-même les honneurs de la porte que j'avais un extrême désir de voir, et qui se trouvait, me disait-on, dans les maisons accolées au Heït-el-Morharby. Sans l'intervention du cheikh Mohammed, jamais nous n'aurions pu mettre le bout du nez dans une de ces maisons, sans nous attirer les plus désagréables mésaventures. Nous gommes donc partis en bande de l'hôtel Hauser pour gagner la demeure de notre nouvel ami. Là nous attendait la réception la plus gracieuse : limo-

BAB-EL-BORAQ. 47*

nades, café, tchibouks, le tout exquis, nous a été servi à profusion, pendant que les serviteurs du maître de la maison opéraient le déménagement de la case dans laquelle nous devions pénétrer et qui précisément était habitée par des femmes. Au bout d'une heure on est venu nous dire que tout était prêt, et nous avons triomphalement franchi la porte de la baraque qui ferme au sud la place où vont pleurer les Juifs. A mon premier voyage j'avais tant regretté de ne pouvoir atteindre le seuil de cette porte, que ma joie était grande de voir si facilement tomber l'obstacle dont j'avais jadis déploré la présence. Le cheikh Mohammed nous a introduits dans une chambre obscure appliquée précisément à la porte en question. Des literies et des haillons, richement peuplés de vermine, y étaient encore entassés. Tout cela a été aussitôt jeté dehors , et nous avons pu examiner à notre aise ce que nous venions voir. Malheureusement une déception nous attendait. Cette porte, on sait qu'elle existe là; mais on n'en reconnaît que le monstrueux Jinteau, et encore la partie inférieure de ce linteau est-elle enterrée, de sorte qu'on ne voit qu'un bloc immense sans ornement aucun. Celuici, je le répète, servait évidemment de linteau à la baie extérieure de la porte qui, à l'intérieur du Haram-ech-Chérif, est connue sous le nom de Bab-el-Boraq , « porte d'El-Boraq, » c'est-à-dire de la fameuse jument du prophète. 11 n'y a pas d'incertitude possible sur la destination de ce linteau, et, trèscertainement il y avait là une des portes primitives percées dans l'enceinte salomonienne du temple , ou , pour parler plus exactement, dans le massif artificiel construit par Salomon ou ses successeurs immédiats, pour donner accès sur la plateforme du temple. Comme toutes les autres portes analogues, celle-ci est énormément en contre-bas du niveau du terreplein du temple. La nature du terrain ne permettait pas qu'il en

47t VOYAGE EN TERRE SAINTE.

fût autrement. Plus loin je donnerai la description de la contre-partie intérieure de cette porte antique , dont l'ouverture était carrée comme toutes les autres ouvertures, fenêtres ou portes, de la construction primitive. Cette circonstance, dont r Écriture sainte fait mention 1 , suffirait à elle seule pour nous empêcher d'y voir une œuvre architecturale du temps d'Hérode. Car, nous ne devons jamais l'oublier, tout ce qu'Hérode a fait a dû être plus ou moins imprégné des principes de l'art romain.

Après avoir visité ce linteau gigantesque , et reconnu par une baie de la maison , ouverte sur le Haram-ech-Chérif , la position précise de ce bloc, qu'il s'agira plus tard d'étudier à l'intérieur comme nous venons de le faire à l'extérieur, nous avons fui devant les puces et gagné , à l'autre bout du Hettel-Mor harby, la porte du Mekemeh , qui s'est également ou* verte devant nous sans l'ombre de difficulté. Nous n'avions plus, cette fois, d'injures à craindre de la part des fanatiques habi- / tants de ces masures,* et la vieille femme qui nous avait acca-

blés de malédictions quelques semaines auparavant, Salzmann et moi , nous eût cette fois souhaité la bienvenue , si elle eût été présente.

Le bâtiment du Mekemeh lui-même est précédé par un jardin en assez piteux état , et il est très-notablement enterré ; car il faut descendre de près de deux mètres, en s'aidant de blocs de pierre servant d'escalier, pour arriver au sol de la salle basse, qui ouvre sur le jardin par une grande arcade à double archivolte, dont la première est en ogive très-peu accentuée. Il n'est pas difficile de reconnaître que cette arcature ogivale n'est qu'une applique postérieure, destinée à renforcer et à consolider l'intérieure. Toute la base

4 . Nous lisons dans les Rois ( I, vu , 6 ) que toutes les portes et les poteaux du palais de Saloraon étaient carrés : OWa") nTITDPII ONlDDn *?D 1

MEKEMEH. 473

de la construction , au-dessus de laquelle est réellement placé le Mekemeh, me paraît antique. Les blocs, sans être bien considérables, sont néanmoins d'un assez bel appareil et à bossage. Ces pierres sont fortement rongées par le temps , et leur état présent contraste d'une manière évidente avec celui des pourtours de la bâtisse supérieure, qui, je crois, est contemporaine de Selah-ed-Dyn. c'est-à-dire de la chute du royaume latin de Jérusalem. Là fut la BouXyf judaïque dont parle Josèphe (Bell, jud., V, iv, 2) , là fut plus tard la curia romaine, là est aujourd'hui le Mekemeh des musulmans. En pareil pays, cela devait être.

D'énormes contre-forts carrés sont appliqués au mur qui fait face au jardin. Toute la base m'en a semblé antique, tandis que les calottes inclinées qui couronnent ces contre-forts sont beaucoup plus modernes et du même âge que la partie supérieure de la construction , laquelle est arabe et renferme les salles du Mekemeh actuel.

À l'intérieur de l'édifice, on peut, à l'aide de bougies, reconnaître et suivre , sur une grande longueur, la muraille judaïque, qui n'est que le prolongement du Heït-el-Morharby. Ce prolongement mesure au moins une cinquantaine de mètres. On y rencontre une belle citerne à ouverture carrée. Pendant que Gélis levait exactement tout cela, le temps a marché, et nous avons, une fois tous les renseignements nécessaires recueillis , pris congé de notre aimable guide , en le remerciant cordialement des véritables services qu'il nous avait rendus. Le cheikh Mohammed, en nous quittant, m'a fait une gracieuseté à laquelle je ne m'attendais pas , et dont je lui ai su trèsbon gré. J'avais fumé chez lui un tchibouk en bois de jasmin que j'avais admiré par politesse, et, au moment de nous séparer, un de ses serviteurs m'a suivi portant le tuyau de jasmin, que le cheikh m'a forcé d'accepter. Il faudra donc

qu'à mon tour je m'ingénie à trouver quelque cadeau a Taire au fils aîné de Mohammed-Eiïendi, jeune garçon d'une douzaine d'années.

Une fois maîtres de nos mouvements, nous sommes allés étudier tout le terrain qui avoisinc le Bab-el-iMorliarbeh, et qui s'étend entre le Haram-eih-Chériiet le flanc oriental du mont Sïon. Le passait le Tyropœrm. ainsi que je l'ai déjà dit; et en avant du pont se trouvait forcément le Xystus; cette portion de terrain représente pour moi ee qui, dans l'Ecriture sainte, est appelé Millo. l.a même localité a porté des noms différents , voilà tout. Cette place a été grandement modifiée depuis mon premier voyage, grâce à ee que l'on n'a cessé d'y accumuler les décombres et les ordures de la ville. Mais comme aujourd'hui [oui est planté de cactus ou figuiers de Barbarie, qui ont poussé avec une incroyable vigueur, il y a lieu d'espérer que le plus fort est fait, et que désormais la configuration du terrain ne pourra plus être sensiblement modifiée.

Nous avons examiné avec un vif intérêt l'escarpement du Sion en ce point. Le roc y est taillé à pic dans le voisinage de l'aqueduc, aujourd'hui coupé, qui menait les eaux d'Etham au temple, et à cette face de roc se relient de beaux et grands blocs à encadrement, restés à leur place primitive. Ceux-ci. probablement, ont été placés là par David, quand il fit construire à Millo. Voilà un point qu'il faudra de toute nécessité photographier.

j'attendais la visite du cheikh de la mosquée d'Omar. Mohammed-ed-Danef, avec lequel je voulais faire une petite convention pour les travaux que j'aurais à exécuter à l'intérieur du Haram-ech-Cliérif; j'ai donc regagné l'hôtel Hauser au plus vite. A quatre heures et demie , je recevais dans ma chambre, et en tête à tête, ce brave homme, dont je crois

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