‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 36 sur 85 · TOMBEAU DES ROIS · texte numérisé non relu

TOMBEAU DES ROIS

avec Gaillardot fumer un cigare en compagnie de notre cher consul.

4 " décembre.

J'ai eu ce matin la visite de M. Guérin, qui avait disparu pendant quelques jours, grâce à une nouvelle irruption de sa fièvre obstinée. Je l'ai mené aux fouilles de la triple porte et lui ai fait voir les blocs de la dernière assise reliés au roc vif. C'est là, certes, un fait auquel il ne s'attendait guère, et auquel je ne m'attendais pas trop non plus lorsque j'ai commencé à entamer le sol. J'ai étudié avec M. Guérin l'extérieur de la porte sous El-Aksa. Je ne sais s'il partage mes convictions , mais, à coup sûr, il sera bien obligé de reconnaître l'inexactitude de certains faits imaginaires où l'on a voulu trouver des arguments contre moi.

Dans l'après-midi, j'ai été passer quelques heures au Tombeau des Rois , dont on a commencé à déblayer le vestibule intérieur, à ma très -grande satisfaction, puisqu'on y découvre d'innombrables morceaux appartenant à une sorte de cimetière romain à incinération. Urnes cinéraires, fioles de verre et de terre cuite , connues du vulgaire sous le nom de lacrymatoires, s'y ramassent à foison. Tout cela sera religieusement recueilli et viendra en France.

En rentrant à l'hôtel, nous l'avons trouvé envahi par une bande d'Américains. Trois hommes et six femmes, dont trois jeunes et assez jolies, composent cette troupe de pèlerins, et la venue de ces nouveaux visages nous semble fort agréable. Malheureusement le temps s'est gâté. Il vente la peau du diable, comme disent les matelots, et lorsque nous allons nous coucher, les éclairs et le tonnerre se mettent de la partie.

2 décembre.

J'ai passé ma matinée au Haram-ech-Chérif , en compagnie de mes amis qui travaillent à la porte Dorée et sous El- Aksa; une fois de plus, j'ai constaté l'unité de plan qui a présidé à la construction de ces deux édifices.

J'avais visité, grâce au cheikh des moghrabins, le linteau extérieur de la porte percée dans la muraille occidentale, et qui se nomme indifféremment Bab ou Mâalet-el-Borak ; je devais donc tenir à étudier à l'intérieur cette même porte qui constitue un des plus illustres sanctuaires des musulmans. Je ne saurais dire toutes les difficultés ridicules qui m'ont été faites pour m'empêcher d'y pénétrer. Mais la clef d'or ouvre tout, et cela est particulièrement vrai à Jérusalem. Salzmann et moi, nous avons donc pu descendre dans la sainte cave et y prendre notes et croquis tout à notre aise.

La porte est entièrement enterrée , et le linteau intérieur, bien qu'il soit rectiligne, est formé de cinq gros claveaux taillés en voussoirs, ni plus ni moins que s'il s'agissait d'un arc de cercle. La porte est murée , et en arrière il existe une arcade fortement surbaissée, encadrée par un triple filet dont les arêtes sont émoussées. La douelle intérieure porte également une double moulure, comme les arcs analogues qui se voient sous El-Aksa. Dans la chambre, ou, pour mieux dire, dans la cave qui précède cet arceau, on voit scellé dans la muraille un petit anneau de fer qui passe résolument pour celui auquel le Prophète attacha le licou de sa jument. Les musulmans qui nous accompagnent, grands et petits, semblent prendre un trèsvif plaisir à battre la muraille avec cet anneau. Grand bien leur fasse !

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