‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 4 sur 85 · FOUILLES A LA TRIPLE PORTE · texte numérisé non relu

FOUILLES A LA TRIPLE PORTE

La triple porte murée était pour moi l'une des portes primitives de l'enceinte du premier temple; c'était au flanc de l'un des pieds-droits de cette triple porte que se trouvait en place le bloc, salomonien à mon avis, qui portait encore une belle moulure de profil tout à fait singulier; je pris donc promptement mon parti, et je me décidai à dégager d'abord le seuil de cette triple porte, sauf à étendre ensuite mes excavations à droite et à gauche , au-dessous de la gigantesque assise saloroonienne, que je regardais comme parfaitement en place. Hâtons-nous d'ajouter que, quelle que soit la divergence d'opinion sur l'âge de cette assise inférieure, personne ne s'est avisé de dire qu'elle avait été remaniée.

Ce ne fut pas sans bien des hésitations que l'autorisation sollicitée me fut enfin accordée. Le cheikh de la secte Schafi, qui avait une sorte d'autorité sur le terrain que je voulais entamer, s'y opposa d'abord avec une opiniâtreté intraitable ; peu s'en fallut que tout ne fût perdu. Il fallait donc employer les grands moyens : Mohammed , le cheikh de la mosquée et le chef des Moghrabins s'entremirent si bien auprès du récalcitrant, qu'ils finirent par le convaincre que mon seul but était de remettre en honneur les œuvres de Scïdna-Suleïman ; le but lui sembla louable, et il ne fit plus d'opposition. Dès lors, tout fut dit. Le pacha consentit, à la condition qu'un des effendis du medjlis serait constamment présent aux fouilles. Peu m'importait, assurément, et le jeudi 26 novembre, Hanna Carlo vint m'annoncer que j'étais libre de commencer mes travaux, à la condition, bien entendu, de désintéresser le propriétaire du champ de choux dans lequel j'allais installer mes terrassiers. Dès le lendemain, ils étaient à l'ouvrage sous la direction d'un chef des zaptiés du serai, et sous l'inspection de l'eflendi Chams-ed-Dyn. Après le premier jour , on vint m'avertirjqpe l'on avait trouvé le rocher et un puits fermé par

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de grosses pierres jetées les unes par-dessus les autres. Le pacha avait été immédiatement prévenu de cette découverte. Dans l'après-midi, aussitôt que la chaleur du jour fut un peu tombée, je me rendis à la triple porte, voulant voir par moimême ce que pouvait être ce puits.

En arrivant, j'ai trouvé Chams-ed-Dyn comme un crin! Il a horreur de cette fouille, et s'indigne de ce qu'on ait permis à un chien de chrétien d'entamer cette terre vénérable et vénérée. Je n'ai pas l'air de m'apercevoir de sa mauvaise humeur, et, après un premier coup d'œil jeté sur l'excavation déjà faite, je vais m'installer tranquillement sous un olivier avec Mohammed, pensant bien que Chams-ed-Dyn ne tardera pas à venir nous rejoindre. Cinq minutes après, lui et le propriétaire du terrain, vieux bandit de Siloam, étaient assis à côté de nous, et la conversation s'engageait. Avant de m'y mêler moi-même, j'ai offert à tous les deux des cigares, qu'ils ne savaient par quel bout prendre ; je les ai amusés en leur apprenant à les fumer; ils avaient ri, et avaient accepté mon tabac; ils étaient à moi. De fait, la conversation, qui avait été un tantinet aigrelette au début, devint bientôt exempte de malveillance, et au bout d'une heure nous étions les meilleurs amis du monde. Le propriétaire me demanda la permission d'augmenter de son fils le nombre des travailleurs, et je m'empressai d'accepter. De la sorte , le bonhomme s'assurait sa part des trésors que nous venions infailliblement chercher de si loin; et, dans tous les cas, il procurait une solde de quelques piastres par jour à monsieur sop héritier présomptif. Marché bien vite conclu. Quant à Clfems-ed-Dyn , nous parlâmes religion, sciences, histoire ancîeqne, et quand nous nous séparâmes après cette première entrevue, nous nous donnâmes des poignées de main à nous désarticuler les épaules. J'étais certain désonnais de faire de ce côté tout ce que je voudrais; je

ASSISE SAL0MON1ENNK. l\

n'avais plus le moindre obstacle devant moi. Mon chef de zaptiés. d'ailleurs, s'était pris de son eùté. grâce aux cigares, d'une belle amitié pour moi, et quelques dizaines de piastres. distribuées par-ci par-là. m'avaient concilié tous les cœurs. Depuis cette première visite, tout a été à souhait.

Je puis maintenant énumérer les faits que cette fouille intéressante a mis au grand jour.

La base de la triple porte a été entièrement déchaussée sur une étendue de plus de vingt mètres. Sur toute cette étendue (aussi bien que sur plus de dix mètres à gauche) il a été constaté de la manière la plus nette et la plus précise que le roc se trouvait immédiatement au-dessous de la grande

assise salomonicntte, qui formait la hase de la muraille, (elle

qu'elle apparaissait avant la fouille. Devant la triple porte avait existé un immense palier parfaitement nivelé et formé de dalles de nl 9 30 d'épaisseur rapportées, ou de la surface du roc lui-même nivelée au ciseau. Deux lambeaux de ce palier étaient en excellent état de conservation. Le premier avait encore une longueur de il 01 ,20, mais une largeur variant de 2",60 à 2 ,n ,40 ou 1 ,B ,50. A l'extrémité de droite, une dalle de U ,75 de largeur sur 1"\50 de longueur se reliait à une surface moitié roc, moitié dalle, et dont la figure était décomposable en trois rectangles juxtaposés : le premier de 1°\50 de face jointive avec la dalle précédemment mesurée, sur 4 mètres parallèlement à la muraille; le second rectangle de 1 mètre sur 3 m ,30, rejeté à l'ouest de façon que son côté est continuait le côté est du rectangle précédent; le troisième rectangle enfin n'était qu'une bande de l m ,45 sur œ ,20 appliquée à l'extrémité orientale du second rectangle. Cette figure irrégulière ne Tétait ainsi que parce que Ton avait utilisé pour l'obtenir toute la saillie du roc qui se prêtait à cette destination. A gauche de ce polygone irrégulier, c'està-dire vers l'ouest, paraissait une dalle jointive au mur, comme les deux précédentes, et ayant 2 m ,30 sur l m ,50. Puis venait, toujours vers l'ouest, une grande dalle, séparée du pied de la muraille de W ,60, ayant 4 mètres sur 2 m ,15. Dans l'intervalle libre existant aujourd'hui entre cette dalle et la muraille s'ouvrait un trou de ro ,50 de diamètre, très-profond , et qu'il a fallu dégager et agrandir le plus possible pour pouvoir s'y glisser. A gauche, c'est-à-dire à l'ouest de ce grand lambeau de perron primitif, était un espace de 3"\70 de largeur, privé aujourd'hui de son dallage. Au delà se trouvait une dernière dalle jointive au mur, de l'°,40 de largeur sur plus de 4 mètres de développement parallèle à la muraille. Dans l'intervalle libre entre les deux lambeaux de

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