‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 5 sur 85 · GALERIES D'ÉCOULEMENT · texte numérisé non relu

GALERIES D'ÉCOULEMENT

dallage en place -se trouvait le roc vif, entaillé sur une hauteur verticale de m ,60, de façon à former un parallélogramme vide ayant 2 m ,/i0 sur l œ ,20 de côté, l'angle obtus compris entre ces deux côtés étant de 108 degrés. Sur le grand côté extérieur de ce parallélogramme se voyait une ouverture de 1 mètre de longueur, sur environ m ,70 de largeur, donnant accès dans une espèce de puits grossièrement maçonné, de 1 mètre de diamètre et de i^ôO de profondeur; ce puits aboutissait à une galerie de i m ,30 de hauteur sur m ,60 de largeur, taillée en tunnel dans le roc en certains points, formée en d'autres de gros blocs de revêtement et de toit ; cette galerie inclinée se dirigeait, à partir du point où venait déboucher le puits découvert par nous , d'un côté , au nordnord-ouest vers l'intérieur du Haram-ech-Chérif, de l'autre vers le sud-est, en se bifurquant sur une longueur de 4 m ,50. Là les deux branches se rejoignaient et formaient une sorte de chambre carrée de 2 mètres de côté, puis la galerie s'inclinait directement au sud en se bifurquant de nouveau, et des deux branches, celle de gauche (ouest) était presque immédiatement close par des blocs de pierre de toute nature accumulés, celle de droite (est) descendant vers Siloë sur une longueur de 5 mètres, au bout desquels des blocs de pierre amoncelés barraient encore le passage. Parmi ces pierres, il s'en trouvait quelques-unes taillées et offrant même des moulures, qui ont été relevées. De la petite chambre carrée, dont il a été parlé tout à l'heure, remontait encore, vers le Haram-ech-Chérif, une autre galerie, inclinée au nordnord -est, large de plus de i mètre, et munie d'une rigole rectangulaire de m ,20 destinée à l'écoulement de l'eau. Le fond de cette rigole, comme le sol des diverses galeries, était tapissé d'une croûte de concrétion calcaire d'un blanc éclatant, très-friable, et qui criait sous les pieds comme de la,

neige fortement gelée. A l m ,50 en arrière de la petite chambre, c'est-à-dire vers le Haram-ech-Chérif, était bâtie une porte rectangulaire dont les pieds-droits, en saillie de 0"\20 sur les parois latérales de la galerie, avaient m ,35 de largeur parallèle à ces parois. Parvenue sous la grande muraille extérieure du Haram, cette galerie décrivait un arc de cercle, et courait ensuite au nord-ouest, de façon très-probablement à aller rejoindre la première galerie que j'ai décrite, dans le voisinage du trou étroit pratiqué entre le mur et l'extrémité occidentale du grand lambeau de dallage. Cette seconde galerie en coupait, à angle droit, une troisième, sur laquelle débouchait précisément le trou en question.

Décrivons le cours de cette troisième galerie. A partir du trou qui y aboutissait, elle montait, au nord quelques degrés ouest, vers l'intérieur du Haram-ech-Chérif, et venait , à une distance de six mètres, recouper la seconde galerie, au delà de laquelle elle se prolongeait. En deçà du point même où débouchait le trou, cette troisième galerie courait à l'est, c'est-à-dire presque parallèlement à la grande muraille du Haram , quelques degrés sud, sur une longueur de 9 mètres, où elle ouvrait sur une chambre rectangulaire de 3 mètres de longueur, comptée dans le sens du sud-ouest au nord-est, sur l'V ) de largeur. Tout le fond méridional de cette chambre était garni d'un amas de grosses pierres éboulées, au delà duquel la galerie reprenait son cours directement au sud sur une longueur de 5 mètres, puis elle formait une sorte d'S ayant 4 mètres de développement. A l'extrémité de cette courbure, la galerie, qui avait eu jusque-là 1 mètre de largeur, se rétrécissait de façon à n'avoir plus que m ,50. Elle courait pendant 2 mètres au sud-ouest, et là, tournant brusquement à angle droit, elle se dirigeait vers le Cédron sur une longueur de 9 mètres, au bout desquels elle était entièrement obstruée.

GALERIES D'ÉCOULEMENT. g

Je demanderai à quoi ont pu servir ces galeries compliquées, si ce n'est à évacuer du sanctuaire les eaux abon-

Haram. — bb, porta.

(Jantes qui devaient y être amenées, et dont l'aflluence était indispensable pour laver les saints parvis et les débarrasser des immondices de toute nature qu'y amoncelaient forcément

certaines fêtes du culte judaïque, lorsque des milliers d'animaux y étaient égorgés et dépecés en quelques heures. Sans un lavage perpétuel et à grande eau , les abords du temple et de l'autel des holocaustes fussent devenus en quelques heures, sous un ciel comme celui de Jérusalem, un vrai foyer de pestilence.

Eusèbe, dans sa Préparation évangélique, nous a conservé un texte des plus intéressants, relatif au système d'irrigation du temple (liv. IX, ch. xxxviii, éd. de Cologne, 1688, p. 453) . En voici la traduction :

« Aristée, dans le livre qu'il a écrit sur l'interprétaiion de la loi judaïque, parle ainsi des eaux courantes de la ville de Jérusalem : Le temple, dit-il, fait face à l'orient, et tourne le dos à l'occident. Tout le sol en est pavé, et ce pavé, en certains points déterminés, est incliné, afin de favoriser l'écoulement facile des eaux, qu'il est nécessaire d'amener pour faire disparaître le sang des victimes, dont le nombre atteint plusieurs milliers aux jours des grandes fêtes. Pour atteindre ce but, une immense provision d'eau est toujours tenue en réserve; elle est fournie par une source très-abondante sortant des entrailles de la terre, et qui, divisée en un grand nombre de veines, amène ses eaux au point voulu, à partir du point où elle naît. De plus, des canaux admirables et plus grands qu'on ne saurait le dire sont développés sous terre, et, autant qu'on en peut juger par ce que l'on en voit, ils font autour de la masse du temple un tour de cinq stades. De ces canaux partent d'innombrables conduits, qui viennent aboutir à chacun des côtés, et par lesquels s'échappent les eaux affluant de toutes parts. 11 ajoute que tous ces conduits sont reliés en partie au pavé, en partie aux murailles ellesmêmes, par des tuyaux en plomb recouverts de masses de

APPAREIL SALOMONÏEN. 41

« ciment, et qu'ils sont disposés avec un art merveilleux et « un soin extrême. »

On me permettra, j'espère, de reconnaître dans les galeries que j'ai mises au jour, au sud du Haram-ech-Chérif, quelques-uns de ces canaux souterrains dont parle Aristée, et qui servaient à l'écoulement, vers le Cédron, des eaux nécessaires à la propreté du temple. Et comme ces canaux ont dû être indispensables le jour même où Salomon a fait la consécration de ce temple, j'espère qu'on ne me contestera pas leur antiquité. C'est un sentiment fort louable sans doute que celui qui conduit l'observateur à se tenir en garde contre la tendance à tout vieillir ; mais celte tendance même est-elle plus maladroite que celle qui veut tout rajeunir? J'en doute ; toutes les deux se valent ; le bon sens public finit par faire justice des erreurs, dans quelque sens qu'elles se produisent. Que chacun donc émette et soutienne ses opinions, rien de mieux, tant que les faits que l'on invoque à l'appui de sa thèse sont lovalement constatés.

J'ai dit que partout, sous la belle assise en place, à la base de la muraille, le roc paraissait immédiatement. Voilà qui m'arrange fort, mais qui dérangera bien des systèmes préconçus. Il y a loin des cinquante centimètres qu'il m'a fallu creuser, aux dix ou douze mètres que l'on s'attendait à me voir* entamer pour arriver a la dernière assise en place, et que Ton consentait à regarder comme salomonienne. Le roc, au point où il reçoit cette assise, est taillé aussi, et le jointoiement est de la dernière perfection. Jamais les blocs ainsi établis n'ont été dérangés de leur place primitive. Le chambranle à moulure, qui fait partie intégrante de l'assise de fond, est lui-même assemblé avec le roc vif par un joint d'une extrême finesse.

J'ai dit aussi que, du puits découvert en avant de la triple

porte, on avait extrait beaucoup de pierres accumulées jusqu'au fond de la galerie sur laquelle ce puits débouche ; parmi ces pierres, il en est une qui n'est qu'un fragment d'inscription en hébreu carré et d'une magnifique exécution. A mon arrivée sur le terrain , Chams-ed-Dyn-Effendi a vu le zaptié de service me présenter cette pierre, dont je me suis hâté de faire fi. Je l'ai rejetée dans un tas de décombres et de déblais, en ayant l'air de la mépriser souverainement; mais j'ai fait signe de l'œil k Louis qui m'accompagnait, et à coup sûr elle ne restera pas là. Disons tout de suite que, le soir venu, elle était dans ma chambre. Qui peut dire ce qu'elle nous apprendrait, à en juger par le peu qui en reste. En voici la copie :

Le premier mot, on\ est de signification certaine; il veut dire : il se taira, il sera attentif (de non, d'où on et ion, sile, silete). On remarquera la forme du jod, qui est extrêmement curieuse : c'est presque la plume égyptienne. A la seconde ligne, nous avons un noun final suivi de k Vd > qui peut très-bien se compléter dix Vd p, « ici tout homme... » Quant aux deux lettres de la dernière ligne, je n'en saurais tirer aucun indice. La forme et l'exécution de ces lettres sont très-belles. Les apices dont elles sont munies en font vraiment une écriture monumentale. En un mot, cela est fort ancien, et pourrait bien être un fragment de l'une des stèles qui

Page 1