‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 42 sur 85 · COUTEAUX EN SILEX · texte numérisé non relu

COUTEAUX EN SILEX

Je suis allé dans l'après-midi assister aux tentatives faites pour sortir le sarcophage de son trou. C'est une besogne diabolique. Le vent a tenu tout ce qu'il promettait, et , en rentrant en ville ,• notre journée finie , nous avons été trempés d'importance.

Grâce à Dieu, les dessins des deux belles coupoles de la porte sous El-Aksa ont été terminés hier; ces coupoles sont des merveilles; nous verrons ce que Ton en pensera en France.

Toute la bande anglaise qui avait envahi l'hôtel a déguerpi dans la journée ; quel bon débarras !

44 décembre.

Ce matin, je suis allé au couvent me munir d'une provision d'objets de piété. Me voilà pourvu de façon à faire force largesses en ce genre. J'ai eu la visite du cheikh de la mosquée d'Omar; comme il a été aussi complaisant que je pouvais le désirer, j'ai accueilli l'ouverture qu'il m'a faite, à propos de la fameuse armoire promise depuis si longtemps, en lui offrant de lui en remettre le prix , c'est-à-dire cent francs. Le vieux brave a trouvé l'arrangement fort de son goût, et a empoché joyeusement mes cinq napoléons. Si jamais l'armoire en question se paye avec cet argent-là, je consens de bon cœur à être roué de coups. Le vieux zaptié El-Borhdady accompagnait le cheikh, et je lui ai encore donné vingt francs; comme il me demandait en sus un pantalon, je l'ai envoyé se promener.

Ces gens-là sont insatiables !

L'abbé Moretain, curé de Beït-Sahour, vient de m'envoyer six petits couteaux-scie, en silex, trouvés dans les fon-

dations de son église. Je suis ravi de posséder ces reliques des temps anté- historiques de la Judée; elles iront au Louvre.

Toujours du vent et de la pluie; voilà, je le crains bien, la saison mauvaise arrivée pour tout de bon.

Vers une heure après midi, j'ai été prévenu que S. Exe. Kourchid-Pacha, mieux avisé, allait venir me rendre la visite que je lui avais faite. J'ai eu tout juste le temps de faire préparer les limonades , le café et les cigares de rigueur. Notre entrevue a eu un bon résultat, au moins elle en a l'air, et le pacha m'a promis que, dès demain, tout serait définitivement arrangé.

Avant le dîner, j'ai reçu le P. Bassi, avec lequel j'ai encore causé longuement d'Emmaûs et de beaucoup d'autres points d'archéologie sacrée. Comme il pleut toujours, je m'estime bien heureux d'avoir un pareil interlocuteur pour tuer le temps.

42 décembre.

Ce jour avait été depuis longtemps fixé pour celui de notre départ de Jérusalem , mais force a été de modifier cette partie du programme, le sarcophage n'étant pas encore parti, ni même reconnu comme ma légitime propriété.

Après le déjeuner, j'ai été au couvent des Dames de Sion, pour y voir la mère Devaux, cousine de mon excellent ami le général Morin, et supérieure générale des Dames de Nazareth. C'est une charmante femme dans toute la force du terme.

J'ai profité de l'occasion pour étudier le curieux souterrain retrouvé par ces dames dans les travaux de construc-

SOUTERRAIN ANTIQDE. 193

lion de leur maison. En voici le plan levé avec grand soin par Gélis.

En sortant de là, je suis allé chez Barrère, où Hanna Carlo, en quittant le Serai, est accouru en hâte me prévenir que le pacha avait encore une fois changé d'idée. Il a reçu une supplique des juifs qui lui annoncent qu'ils vont écrire pour se plaindre au grand rabbin de Constantinople, el qui l'engagent en conséquence à entraver l'enlèvement de mon

sarcophage. Pour le coup, la moutarde me monte au nez,

et je renvoie immédiatement Hanna Carlo au pacha, avec

ordre de prévenir celui-ci que je ne lui donne plus que jusqu'au lendemain , à dix heures du matin , pour formuler sa réponse par oui ou par non. Comme c'est jour de courrier pour France , je verrai , selon la nature de cette réponse , à prendre mon parti; j'écrirai à l'Empereur, s'il le faut, et je veux que le pacha le sache bien.

Pendant la nouvelle absence du drogman , Barrère , Gaillardot et moi, nous avons longuement discuté la ligne de conduite à tenir. J'ai grande envie de faire enlever ma trouvaille de vive force. Il est bien clair qu'avec les Turks un pareil moyen a du bon ; c'est même probablement le plus sage et le plus prudent. Mais Barrère s'efforce de me dissuader d'en venir à cette extrémité.

Enfin Hanna Carlo rentre; il a laissé le pacha plus embarrassé que jamais. Celui-ci a d'abord demandé que le temps de la réflexion lui fût laissé jusqu'à midi ; puis il s'est ravisé, et a dit au drogman de venir chercher sa décision demain matin à neuf heures. Cet ultimatum provisoire une fois reçu, je suis rentré furieux à l'hôtel , me préparant à écrire directement à l'Empereur, au ministre de l'instruction publique, et à M. le marquis de Moustier, notre ambassadeur à Constantinople. Je confesse que j'ai passé une vraie soirée d'hydrophobe.

13 décembre.

Le matin, je suis allé au couvent, où j'ai encore longuement causé avec les bons Pères, après la messe qu'a dite pour moi l'excellent P. Bassi. Lorsque je suis rentré à l'hôtel, Hanna Carlo n'avait pas encore paru. Enfin, il est arrivé

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