‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 52 sur 85 · Il est aujourd'hui au Louvre · texte numérisé non relu

Il est aujourd'hui au Louvre

BORNE MILLIÀIRE. 249

Deux fois de suite, sur le flanc de ces étranges amas, le cheval de ce bon docteur s'est abattu, sans accident pour le cavalier. Un Romain se serait arrêté et aurait regagné son gîte; notre brave ami n'a pas été aussi pusillanime, et nous avons bien vite rejoint la route de Naplouse aux Qbour-el- Molouk. Là nous attendaient, à cheval, Hanna Carlo et son gendre Pascal, vigoureux compère, s'il en fut. Le petit bonhomme de propriétaire du Tombeau des Rois, qui n'avait pas quitté mes fouilleurs pendant vingt minutes depuis qu'ils étaient à l'œuvre, était là aussi. Je lui ai serré la main; c'est tout ce qu'il a eu de moi pour cette fois. Notre escorte était nombreuse, on le voit; à Chafat, j'ai congédié tout le monde, et nous nous sommes mis pour tout de bon en route.

Nous allions déjeuner à Khouraïb-er-Ram, et le but de notre étape était Djifnah.

Un quart d'heilre avant d'arriver à la halte du déjeuner, j'ai revu sur la route une colonne milliaire que mon ami, M. Guérin, avait fait retourner il y a quelques jours, et qui porte une assez longue inscription que je n'avais pas aperçue il y a treize ans, bien que j'eusse remarqué la colonne elle-même. J'ai mis pied à terre et fait de vains efforts pour déchiffrer et copier cette inscription. Elle est trop mutilée pour que la chose soit faisable , sans une longue et patiente étude. Tout ce qu'il m'est possible d'en dire, c'est que les caractères sont tout à fait de leur temps, le texte étant relatif à Caracalla. Il faudrait avoir un bon estampage, fait avec grand soin, pour reconstituer cette inscription qui, je le crois du moins, n'a encore été copiée par personne.

A peine remonté à cheval, j'ai rencontré cinq cavaliers qui forment une commission scientifique chargée d'explorer la terre sainte pour le compte d'une société savante de l'Angleterre. Nous nous sommes très-promptement présentés les uns

aux autres, et, pendant près de trois quarts d'heure, nous avons échangé force questions et force réponses.

Ces messieurs, en apprenant que j'avais exploré tout à mon aise et étudié, topographiquement parlant, l'Ammonitide, m'ont paru un peu désappointés, leur projet étant d'entreprendre le même travail. Je les ai réconfortés de mon mieux, en leur affirmant que là il y avait encore de la bonne besogne à faire pour bien des voyageurs. Ce sont les sciences naturelles qui sont le but spécial de leur exploration. Botanique, géologie, minéralogie, zoologie, tout leur est bon, et, à mesure qu'ils ont rempli des caisses, ils expédient leurs conquêtes en Angleterre. Enfin nous nous sommes quittés et, après très -peu de temps, nous prenions notre premier repas de voyage contre les ruines du khan du moyen âge auquel appartient spécialement le nom de Khouraïb-er-Ram.

Nous avons passé là une heure et demie et gagné , presque immédiatement, El-Bireh, que nous avons laissé sur notre droite, pour suivre la route de Djifnah. Nous avons pu, néanmoins, jeter un regard de vieille connaissance aux ruines de l'église et aux murailles archi-antiques des citernes d'El- Bireh. Nous aurions bien désiré examiner tout cela d'un peu plus près; mais il était tard, et la route exécrable sur laquelle nous cheminions nous forçait à ne pas perdre de temps.

De Jérusalem au village de Chafat, il y a moins d'une heure de chemin. Arrivés en ce point, nous avons envoyé notre dernier salut à Jérusalem. Faites encore quelques pas, et la ville sainte a disparu pour ne plus se remontrer. Chafat est à gauche «le la route lorsqu'on part de Jérusalem pour se rendre à Naplouse. A un kilomètre plus loin, on aperçoit encore, sur la gauche, le village de Beït-IIanina.

De Khouraïb-er-Ram, on voit, sur la droite, la localité nommée Er-Ram. Après vingt-deux minutes de marche, on

ROUTE DE DJIFNAH. tU

est en vue du village de Kaloundieh , placé à gauche de la route. Dix minutes après , on longe la gorge d'Atarah , et il faut quarante minutes encore de marche pour atteindre El- Bireh. Comme j'ai parlé en détail de toutes ces localités dans mon premier voyage, il est absolument inutile d'y revenir cette fois.

La route que l'on suit en quittant El-Bireh pour se rendre à Djifnah est affreusement triste; elle est déserte et, grâce aux pluies qui viennent de finir, passablement mauvaise. Nous avons longé un grand étang, auquel je n'ose pas donner le nom de lac, et qui n'en a pas moins quatre à cinq cents mètres de largeur dans tous les sens. Je ne puis croire que les pluies seules forment cet amas d'eau. Il n'a pas encore assez plu pour cela, et j'aime mieux penser qu'il y a là un véritable étang permanent. Un peu plus loin que ce petit lac, nous avons franchi un dernier pli de terrain qui nous séparait de la vallée, assez verdoyante, au fond de laquelle est placé le village actuel de Djifnah.

D'El-Bireh à Djifnah, il y a deux heures et dix minutes de chemin , en marchant k une allure assez franche. La seule localité que l'on aperçoive sur cette route monotone est à vingt-cinq minutes avant Djifnah , et encore est-ce une ruine qui se nomme Kharbet-Djalazoun.

11 était plus de cinq heures et demie, et il faisait déjà sombre, lorsque nous avons enfin pu atteindre le point où nos tentes étaient dressées, sur un petit plateau qui domine le village , derrière le beau presbytère que le patriarche y a fait construire.

La route qui descend à Djifnah longe à peu de distance un beau ruisseau, auquel donne naissance l'Ayn-Djalazoun. Les eaux sont assez abondantes pour que le ruisseau forme en plusieurs points de jolies petites cascades. Tous les alen-

tours de Djifnah sont bien plantes d'oliviers, de figuiers et de vignes. Avant d'entrer dans Djifnah, on traverse à gué cet abondant cours d'eau , à côté d'un petit pont d'une seule arche, sur lequel, malgré l'obscurité, j'ai discerné une inscription bilingue, grecque et arabe, d'une époque peu ancienne, j'imagine. On passe ensuite à côté des ruines -d'une petite église chrétienne, de l'époque byzantine, très-probablement, et c'est après avoir ainsi traversé tout le village qu'on arrive à l'esplanade sur laquelle est établi notre camp.

On se rappelle qu'en partant de Jérusalem je voulais aller visiter le tombeau de Josué, si heureusement retrouvé par M. Guéri n. C'est là ce qui nous a fait quitter la grande route de Naplouse , afin de nous diriger sur Djifnah. Cette excursion, d'ailleurs, nous permettra de faire une bonne reconnaissance topographique dans le pâté de montagnes , si mal connues encore, que l'on appelle la montagne de Naplouse; cette course , si elle doit être pénible , aura donc une bonne compensation à nous offrir.

Maintenant, revenons sur nos pas. Je ne parlerai pas de Djalazoun, ne sachant absolument rien qui se rapporte à la vie antique de cette ruine. Quant à Djifnah , c'est différent.

On pourrait être tenté de retrouver dans Djifnah la Aophni de la Bible. (>:cy Josué , xviu , 24.) Mais celle-ci faisait partie de la tribu de Benjamin , et je ne vois pas trop comment Djifnah pourrait avoir appartenu au territoire de cette tribu. Il faut donc, malgré la ressemblance frappante des noms, se tenir tout à fait sur la réserve, lorsqu'il s'agit d'identifier ces deu\ localités.

Si les témoignages bibliques nous font ainsi défaut lorsqu'il s'agit de Djifnah, les témoignages profanes abondent. Analysons-les le plus brièvement possible. Pline et Josèphe , parlant de la division de la Judée en toparchies, avec Jéru-

BJIFNAH. m

sa le m pour métropole , mentionnent : le premier, la Gophnitique (lib. v, cap. 14), et le second ro<pvaet roçviTixvf (Bell, jud., III, m, 5). Notre Djifnah n'est, sans aucun doute possible, que la Gophna de Josèphe.

Le pays de Gophna, suivant Josèphe (Bell. jud., IV, iî , 9 ) , faisait en entier partie de la région montueuse de la Judée. Josèphe le désigne sous le nom de rexpviTixYj Toicap^ia, et il nous apprend (Bell, jud., II, xx, 4) que Jean, fils d'Ananias, était à la fois préfet de la Gophnitique et de l'Acrabattène. Dans un autre passage (Bell, jud., III , m, 5), il appelle ces deux cantons roçva et 'Axpaêarrà. Enfin, il nous apprend (Bell. jud. 9 V, n, 1) que Titus, en se rendant de Césarée à Jérusalem par la Samarie, passa à Gophna. C'est, de plus, à Gophna que, pendant le siège, ce prince envoya des transfuges qu'il fut obligé d'en faire revenir, pour les montrer aux assiégés qui prétendaient qu'ils avaient été mis à mort (Bell, jud., VI, n, 2 et 3). Vespasien s'était emparé de Gophna et y avait laissé une garnison (Bell, jud., V, n, 1). Déjà, longtemps auparavant, Cassius, au moment où commençait à poindre la fortune d'Hérode, s'était rendu maitre de Gophna, d'Emmaus, de Lydda et de Thamna (Ant.jud., XIV, xi, 2). Saint Jérôme désigne le même pays sous le nom de Regio Gufnensis , et , au mot Adasa , il s'exprime ainsi dans sa traduction de YOnomasticon : « Adasa, « in tribu Judae, usque hodie vicus juxta Guphnas. Sedmiror « quomodo Guphnensem regionem in tribu Judae posuerit, « quum perspicuum sit secundum librum Jesu in sortem eam « cecidisse tribus Ephraïm. »

Eusèbe, déjà cité par Reland à ce propos, nous donne un renseignement positif sur le site de Gophna , à propos de la vallée désignée sous le nom de ta&M *?n: , dans les Nombres (xn 23) , à cause de la grappe de raisin que les explorateurs

tU VOYAGE EN TERRE SAINTE.

israélites en avaient rapportée ; il s'exprime ainsi : « Aiytxca.

« elvai Y] roçvà, a[i/7?etaç ép(i.Y)veuo(xév73 , àirfyouaa 'A&iaç auf/^iot; u « xaxà r?iv 6#ov tJjv etç Neairo^iv ayoucav £i)TCÏTai $è £i â^Tjôïjç 6

a *oyo;. » Cette vallée (TEscaol doit bien plus probablement être cherchée dans le voisinage d'Hébron, où d'ailleurs nous avons trouvé et signalé déjà une source qui s'appelle encore de nos jours Ayn-Eskali. Reland, que cette assertion inattendue d'Eusèbe étonnait fort, se pose cette question (p. 351) : « Hauseritne haec ex an tiqua traditione , an ex convenientia « vocis }D3, vitisy unde nomen Gophnae duci potest, et *?idcnc« « botri, ignoro. »

Contentons-nous, sans discuter la valeur de ce passage d'Eusèbe, de tenir compte du renseignement précieux qu'il nous fournit sur la position de Gophna, près de la route d'Aelia à Neapolis, et à quinze milles de la première de ces villes. Quinze milles équivalent à un peu plus de vingt-deux kilomètres, et comme nous avons parcouru la distance de Jérusalem à Gophna en quatre heures trente minutes de marche, ce qui, à dix minutes par kilomètre, donnerait vingt-sept kilomètres, il y a un désaccord considérable entre ces deux chiffres, si nous ne devions pas tenir compte, ce que j'ai fâcheusement oublié de faire, du temps perdu en examinant la colonne milliaire couchée sur la route près de Khouraïb-er-Ram, et surtout dans la conversation que nous avons entamée avec les membres de la commission scientifique anglaise.

Ajoutons, pour terminer, que Ptolémée, parmi les villes de la Judée proprement dite dont il donne la longitude et la latitude, mentionne roOcpva.

Nous avons cité tout à l'heure le nom d'Adasa qui, au rapport d'Eusèbe et de saint Jérôme, était proche de Djifnah. J'ignore quel est le site de cette localité antique. Serait-il

ITINERAIRE DK .ÏKFU'SAUM A D.MKXA.

NUPIITOAII r.ArA&ya

JÊRrSALEMl

ROUTE DE TIBNEH. 235

possible , par hasard , d'en trouver une trace dans le nom de la ruine appelée Kharbet-Djalazoun ? J'en doute très-fort.

23 décembre.

Dans la nuit s'est élevé un vent violent, qui souffle toujours et qui ne nous présage rien de bon. Au point du jour, nous étions tous debout, et fort joyeux du but de notre promenade de la journée. Nous devions, en effet, visiter le tombeau de Josué, découvert peu de semaines avant par M. Guérin, auprès de Tibneh. Nous avons pris un guide à Djifnah, et, de très-bonne heure, nous nous sommes mis en route. Il nous a fallu bien près de trois heures pour atteindre Tibneh. La route n'est pas mauvaise; mais dans tous les cas, elle est véritablement charmante. Voici les localités que nous avons rencontrées sur notre chemin , et dont nous avons recueilli les noms et les distances.

De Djifnah à Bir-ez-Zeit, village à droite duquel passe le chemin , il y a vingt-cinq minutes de marche , au milieu de champs et de vergers.

A douze minutes plus loin on aperçoit, sur sa droite, le village d'Atarah.

Dans Josué (xvi, 5, et xvm, 13) nous trouvons mentionnée une localité nommée Atharout-Adar, située dans le

territoire de la tribu d'Ephraïm, entre Bethel et la mer. Je propose d'identifier cette localité biblique avec l'Atarah que je viens de citer. Notons en passant qu'Eusèbe, ainsi que le remarque Reland, faisait deux villes d'Atharout et d'Adar, puisqu'il dit au mot 'A^àp que c'est une ville de la tribu d'Ephraïm.

A treize minutes au delà, nous passons en vue d'un

il. 29

ouali placé à droite, au sommet d'une hauteur dominant un plateau verdoyant que nous traversons, et au bout duquel nous trouvons un véritable bois de pins de Jérusalem. Cet ouali se nomme Oualy-Kastraouani. Arrivés au bout du plateau, après cinquante minutes de marche, nous avons en vue, sur notre gauche, deux localités, nommées : Tune Kherbet- Bourhan, et l'autre Kiôbar. Je n'ai d'identification à proposer ni pour l'une ni pour l'autre.

En cinq minutes de plus nous atteignons un petit village nommé Kafr-Aissoua. Le livre de Néhémie (xi, 96) mentionne une ville habitée par les fils de Juda, et nommée comme la nôtre jw»; serait-ce la même? J'en doute fort, malheureusement.

Il nous faut encore trois quarts d'heure de marche pour arriver en vue d'un édifice placé sur notre droite et nommé Naby-Saleh.

Dix minutes après, nous voyons, dans la même direction, c'est-à-dire encore à notre droite, une localité nommée Ayoun-Rïa. Nous apercevons enfin le but de notre course, que signale de loin à nos regards un magnifique bouquet d'arbres. Devant nous s'ouvre une petite plaine basse que domine, au sud-est, une hauteur couronnée par une ruine que les habitants du pays nomment Deïr-ed-Damm ; au sudest, une colline élevée, dans les flancs de laquelle s'ouvrent des grottes sépulcrales ombragées de bouquets de chétifs chênes verts; en arrière de celle-ci, c'est-k-dire au nord de la petite plaine, est une autre colline couverte de ruines : elle est connue des Arabes sous le nom d'Er-Ras, malgré son peu de hauteur; quant aux ruines, elles se nomment Tibneh. D'Ayoun- Ria il nous a fallu un quart d'heure pour venir mettre pied h terre sur la petite esplanade ouverte devant le vestibule du tombeau de Josue.

m VOYAGE BN TERRB SAINTE.

Toute la plaine que nous venons de traverser est garnie de groupes de laboureurs qui, suivant la coutume, se hâtent de quitter leur besogne, afin de venir examiner ee que nous cherchons en pareil lieu; et, de fait, pendant toute h durée de notre visite nous les avons eus sur le dos»

Ainsi que je l'ai dit tout à l'heure, la colline nommée Er-Ras est œuv^te de ruines qui portent le nom spécial de Kherbet-Tibneh J^Ps le bas de ces ruines, on voit encore un pan de mur formé de quelques gros blocp à bossage, d'appareil essentiellement judaïque. C'est en tournant le dos à ces ruines, c'est-à-dire en regardant le sud, que l'on embrasse de l'œil toute la nécropole de Tibneh; je dis nécropole, parce qu'il y a là un certain nombre de caves sépulcrales entaillées dans le roc vif, qu'il fout aller chercher à travers d'assez épaisses broussailles , et dont quelques-unes ont un intérêt considérable pour l'histoire de Fart en Judée,

Le plus vaste . et le plus important de ces caveaux porte, parmi les Arabes du pays, le nom de Qobr, ou Qoubbet-el-Endieh. D'où vient ce nom? Je l'ignore. Le sépulcre est précédé d'un vestibule taillé dans le roc vif, et dont la façade était soutenue par deux pilastres carrés avec chapiteau orné de moulures simples. Un chêne vert qui a poussé de vigoureuses racines dans les fissures du roc, et peut-être aussi les tremblements de terre, ont mis la partie antérieure de ce vestibule en assez triste état. Le pilier de droite surtout a été maltraité, et il est facile de prévoir que la vigoureuse végétation qui tapisse tout le pourtour du tombeau finira par en consommer la ruine. En ce moment, le sol du vestibule s'est sensiblement élevé par les éboulements, mais les parois latérales et la paroi du fond sont fort bien conservées. Leur surface est littéralement couverte de lampadaires, ou petites excavations, les unes carrées, les autres demi -circulaires ou

triangulaires, qui ont été destinées à recevoir des lampions, lors de certaines fêles commémoratives , de certains anniversaires. L'illumination de ce vestibule devait être véritablement imposante, puisque sur la seule paroi de gauche on compte soixante-onze de ces petites niches à lampes. Impossible de conserver des doutes sur leur destination ; car tous les sommets en sont .tapissés d'une épaisse couche de suie, que des illuminations répétées pendant une longue suite de siècles ont pu seules accumuler. A Aaraq-el-Émyr, une roche éboulée par suite d'un tremblement de terre offre, à sa surface, des excavations identiques. On l'a prise pour un pigeonnier, et elle n'a pas plus servi à cet usage que le tombeau dont je parle. En Syrie, la coutume d'illuminer à certains jours les tombeaux réputés saints est loin d'être perdue, et à Naplouse, par exemple, il y a telle tombe creusée dans le flanc du mont Ébal, en face de la ville, qui tous les jeudis soirs est encore illuminée à l'époque où nous vivons. On honore ainsi une femme sainte nommée Setty-Selimah parmi les musulmans. Dieu sait quel hommage rendu à un personnage appartenant peut-être à la plus haute antiquité s'est ainsi continué jusqu'à nous, mais en changeant de destinataire.

Il est intéressant de trouver constaté , dans les écrits hébraïques, l'usage de ces illuminations commémoratives. Je transcris donc le passage suivant du livre intitulé : les Chemins de Jérusalem, écrit par le rabbin Isaac Chelo au commencement du xiv' siècle, et publié par Carmoly (page 263) :

« Aima, que nous venons de nommer, possède une « sainte association juive. Trois tombeaux d'autant de sages « d'Israël, qui portent tous les trois le nom de Rabbi « Eléazar, font la gloire de cet endroit. De beaux grenadiers « ombragent ces tombeaux antiques. Les juifs et les musul-

» VOYAliK EN TKHUE SAINTK.

mans allument tous les vendredis soirs des lumières sur ces tombeaux.. Or, il est arrivé qu'un vendredi soir, le nombre

ii des lumières était si çrand que leurs flammes embrasèrent 'un de ces arbres, le grenadier du tombeau de Rabhi Éléazar

l iils d'Arakh. Tout le moude refusa d'éteindre les flammes : les juifs pour ne pas profaner la sainteté du sabbat, les ismaélites pour imiter les juifs. L'arbre brûla done toute

» la nuit, et le lendemain, lorsqu'on vint visiter le tombeau sa-

I cré, on vil avec élonnenient que ni le tronc ni les brandies de cet arbre n'étaient endommagés. C'était un miracle à voir, ainsi qu'il est écrit. »

Revenons au tombeau de Tibneh. Au fond du vestibule

s'ouvre une petite porte, par laquelle on pénètre en rampant dans une première chambre sépulcrale à banquette , présentant sur

chacune de ses trois faces postérieures cinq ouvertures pareilles, qui, sauf celle qui sur la paroi du fond occupe la place du milieu, ouvrent toutes sur des fours à cercueil. Il y a donc dans cette chambre quatorze fours à cercueil et une porte très-étroite et très-basse, donnant accès dans une seconde chambre où il n'y a jamais eu qu'une seule sépulture placée au fond et dans l'axe même du monument. C'est dans cette sépulture qu'a reposé la dépouille mortelle de Josué, ainsi que nous allons le démontrer tout à l'heure.

Devant le vestibule de cet illustre tombeau régnait une petite esplanade pavée en mosaïque. Mais les éléments de cette mosaïque sont de véritables fiches en forme de prismes rectangulaires, absolument semblables à ceux des mosaïques primitives découvertes et étudiées par mon ami Emmanuel G. Rey dans certaines localités antiques du pays des Philistins. On pense bien que j'ai rempli mes poches des échantillons de ce curieux pavage. Pour moi, ce sont de vraies reliques.

Un peu plus bas , à gauche et à une vingtaine de mètres de ce tombeau illustre entre tous , on voit , entaillées dans le roc, trois arcades en plein cintre, semblant appartenir à un seul et même monument, qui sert aujourd'hui de demeure et d'étable, ou d'écurie, à quelques pauvres fellahs. Ce que cette excavation sépulcrale a de très-remarquable, c'est que les deux arcades de droite sont décorées d'ornements grossièrement entaillés dans le roc vif. Ainsi , la dernière à droite est surmontée d'une sorte de figure, ornée à droite et à gauche de deux courbes analogues à des urœus , ou serpents royaux ; deux larges rosaces sont entaillées aux côtés de cette figure. L'arcade du milieu est surmontée d'une espèce de grand fleuron, qui parait formé de palmes grossièrement ciselées.

Je suis tenté d'attribuer h ce tombeau, avec arcades,

une antiquité plus reculée que celle qui revient de droit au tombeau de Josué.

Tous les autres tombeaux creusés dans le rocher, à un niveau supérieur à celui des tombeaux que je viens de décrire

KHERBET-TIBNEH. 233

en détail, sont également fort intéressants; mais il n'y en a pas un seul, parmi ceux que j'ai visités, qui soit aussi digne d'attention que les deux premiers.

J'ai déjà dit que le tombeau de Josué avait été retrouvé par M. V. Guérin très-peu de mois avant mon arrivée en terre sainte; il s'agit maintenant de justifier cette attribution.

L'Écriture sainte parle en deux endroits de la sépulture de Josué. Dans le premier des passages relatifs à cette tombe illustre (Juges, II, 9), la ville auprès de laquelle Josué fut enseveli se nomme Timnath-Heras (oinmon), et elle est

désignée comme faisant partie du territoire d'Ephraïm. Voici ce passage . « On l'ensevelit dans les limites de sa possession, « à Timnath-Heras, sur la montagne d'Ephraïm, au nord « de la montagne de Djaas. »

Dans le livre de Josué (xix, 50, et xxiv, 30), la même ville est nommée Timnath-Serah (mormon), et il est dit qu'elle était située dans les montagnes d'Ephraïm. Voici les deux versets qui mentionnent ce nom : « D'après l'oracle de « l'Éternel, ils lui donnèrent la ville qu'il avait demandée, « Timnath-Serah, sur la montagne d'Ephraïm; il bâtit la ville « et s'y établit. » Puis : « On l'ensevelit dans les limites de « son héritage, à Timnath-Serah, qui est sur la montagne « d'Ephraïm, au nord de la montagne de Djaas. »

Qui ne voit, au premier abord, qu'il y a là évidemment une altération de nom , due à quelque erreur de copiste , et consommée depuis un temps si reculé, qu'on n'a pas osé se permettre de la corriger? Dans les deux mots lieras et Serah, appartenant au nom de la ville auprès de laquelle Josué fut enseveli, il y a eu, sans aucune espèce de doute, une transposition de lettres. La première est devenue la dernière, et réciproquement. Quelle est la véritable forme, la forme légiii. 30

time à laquelle il faut exclusivement s'attacher? Pour ma part , je ne doute pas que ce ne soit Din qui s'est perpétué dans le nom Er-Ras, de la colline servant d'assiette aux Kherbet-Tibneh. Er-Ras veut dire le sommet, le cap, la tête, et pareille dénomination s'applique assez mal, il faut en convenir, à une élévation aussi médiocre que la colline en question. Les Arabes auront transformé en Er-Ras , mot significatif pour eux et applicable à une hauteur, le mot antique Heras, qu'ils ne comprenaient pas, et nous avons ainsi la seule explication possible de la persistance de ce nom. Quant à Tibneh remplaçant Timnah, rien de plus naturel que de voir les deux labiales b et m permuter dans la suite des temps 4 .

La tombe de Josué, nous dit l'Écriture sainte, était au nord de la montagne de Djaas, près de Timnath-Heras. Trèsprobablement , la haute colline dans laquelle est percée la tombe à dispositif d'illumination est ce mont Djaas de l'Écriture , et ce nom s'est éteint par la seule raison , vraisemblablement, qu'il n'était pas significatif.

Josephc nous parle ainsi qu'il suit de l'inhumation de

Josué : ©serrerai 8ï ev izokti 0a|/.va ry;ç Èçpataou ySkr t ç. (Ânt. Jud., V, i, 29.)

L'historien des Juifs, dans le passage que je viens de citer (et V, vin, 5), parle de @a;/.va, qui, dans le premier

4. Dans les manuscrits grecs du livre de Josué, chapitre xxi, après le verset 39, on trouve le passage suivant qui n'existe pas dans le texte hébraïque : xxl D.a€ev tr,<r&0; toc; uagatsa; rà; rer^ivac tv ai; TCipilrip.1 tcù; utcù; îdpar.X tco; iiv, t u.ivs'j; èv ty; c£û ev rr t épéacw, xai *"&/,«•* aura; iv Oauvaas'/àp.

Nouvelle altération du nom de Timnath-Heras; car au verset 40 du chapitre xxi de Josué, les manuscrits grecs disent : tt.v e«u.vaaayàf> &w«w owt» iv no op« fcvpaiu., ce qui se rapporte exactement à ce qui se dit do Timnat- Serah au verset 50 du chapitre xix du livre de Josué. Donc Timnath-Heras, Timnath-Serah et eatpivaaax^p, c'est toujours la même localité.

KHERBET-TIBNEH. 235

passage, est cité comme ville de la tribu d'Ephraïm, et dans le second comme une ville des Philistins. Dans la Guerre des Juifs (III, ni, 5) il mentionne Thamna comme cheflieu d'une toparchie, voisine de Lydda et d'Emmaùs; enfin, dans les Antiquités judaïques (XIV, xi , 2 ) , il réunit dans la même phrase Thamna, Lydda, Gophna et Emmaùs comme des villes prises coup sur coup par Cassius. Il n'est pas possible de douter qu'il s'agisse de notre Tibneh.

Au livre IV de la Guerre judciïque (vin, 1), Josèphe raconte que Vespasien, venu de Césarée à Antipatris, y séjourna deux jours ; que , le troisième , il ravagea les alentours de Thamna (toc rapl tt,v 0a(i.va Torapyiav) , et que de là il se dirigea sur Lydda et Iamna. Tous ces renseignements s'accordent encore parfaitement avec la position topographique de Tibneh.

Timnath, Thamna, Tibneh, devint, ainsi que je l'ai déjà dit, le chef-lieu d'une des toparchies judaïques, que Pline nomme Thamnitica * .

La contrée Thamnitique dut bien son nom à Thamna, son chef-lieu, puisque nous lisons dans Eusèbe, au mot ÀWapa, et dans saint Jérôme (éd. Martianay, II, p. 399 et 400) : « Est quoque et alia villa in finibus Diospoleos circa Tham-

4 . Ptolémée, dans le catalogue des villes de la Judée, nous donne la longitude et la latitude de eauvâ.

Dans le I" livre des Macchabées (rx, 50), il est question d'une Thamnata, fortifiée par Jonathan. Dans le livre des Juges (xiv, 1 ), nous voyons mentionnée une Timnatah (nrUDD) qui existait au temps do Samsonetqui fut attribuée à la tribu de Dan.

Enfin, dans Josué (xv, 10 et 57) , il y a une Timna (rttDJl) mentionnée comme étant dans le territoire de Juda, et Eusèbe, au mot Thamna (eauva), nous apprend qu'elle était montrée, dans les environs de Diospolis, aux voyageurs se rendant à Àelia (Jérusalem.)

Tous ces différents noms pourraient bien s'appliquer à une seule et même ville, malgré l'opinion de Roland (p. 4042 et 4043).

<c niticam regionem quae a Thamna villa usque hodie sic « vocatur. »

Eusèbe et saint Jérôme, au mot Aîvov disent que ce lieu était: « proximus Thamnae vico grandi qui situs est inter Aeliam et Diospolim » (éd. Mart., t. II, p. 390). La Thamnitique avait une assez grande étendue, puisque, à propos du lieu nommé BaiOcopuraO et Bethsarisah, Eusèbe et saint Jérôme disent qu'elle était : « in finibus Diospoleos, quindecim ferme ab ea millibus distans contra septentrionem in regione Thamnitica » (éd. Mart., t. II, p. 419).

Je trouve, dans le curieux recueil publié à Bruxelles par E. Carmoly, et intitulé Itinéraires de la terre sainte, les indications suivantes :

Dans l'écrit intitulé : Description des tombeaux sacrés, par rabbi Yakob, voyageur du xin - siècle, nous lisons (Carmoly, p. 186) : « Dans Kefar-Cherès sont enterrés Josué, fils « de Nun, et Nun son père, ainsi que Caleb, fils de Jephunné. « Un magnifique cimetière est non loin de ces monuments *. »

Dans le livre beaucoup plus moderne, intitulé fichus-hatzadikim (Sépulcres des justes) , rédigé par Gerson, fils d'Aschcr, surnommé Gerson de Scarmela, au xvi e siècle, nous lisons encore (Carmoly, p. 387) : « A Kefar-Cherès sont « les tombeaux de Josué , fils de Nun , et de Nun son père , « l'un à côté de l'autre. Là aussi est le sépulcre de Caleb, fils « de Jephunné. Sur leurs tombes se trouve un grand nionu- « ment orné de deux arbres, un grenadier et un caroubier. »

Enfin, dans l'écrit intitulé lichus-ha-abot (les Sépulcres

1. II est curieux do constater à l'aide de cet écrit d'un rabbin du xiir siècle qu'à cette époque les Tombeaux des Rois passaient pour les tombeaux des rois d'Israël. Voici ce qu'il en dit : « Dans Jérusalem la ville a sainte (qu'elle soit reconstruite et rétablie bientôt dans nos jours!) existent, « dans un monument funéraire, les sépulcres des rois d'Israël. »

TOMBEAU DE JOSUÊ. 237

des patriarches), rédigé en 1537 par un anonyme, nous lisons (Carmoly, p. likh) : « Kefar- Chères ou Themnath- « Herès est sur le mont Ephraïm, où sont enterrés Josué, « fils de Nun, Nun son père, et Caleb, fils de Jephunné. Au- « dessus des sépulcres il y a des arbres. »

Une figure accompagne ce passage ; elle représente trois arcades recouvrant des sarcophages et auxquelles sont suspendues des lampes.

Quelque invraisemblable que soit cette représentation , je ne saurais me dispenser de faire remarquer l'étrange analogie qu'il y a entre ce tombeau de fantaisie et celui de Tibneh, sur lequel ouvrent trois arcades.

En résumé, il n'a pu y avoir qu'un très-haut personnage enterré dans une tombe à laquelle on rendait des honneurs tels que ceux d'une illumination aussi grandiose. Quel est le personnage enterré à Tibneh, et auquel ces honneurs aient dû infailliblement être dévolus? C'est Josué. La tombe en question est donc bien celle de l'illustre chef qui conduisit les Hébreux dans la terre de Chanaan. Certes la découverte d'un monument de cette valeur est bien faite pour illustrer le nom du voyageur qui a eu le bonheur de le retrouver. Je suis donc heureux de féliciter très-haut M. Guérin, en lui exprimant ma gratitude pour l'obligeance toute généreuse avec laquelle il m'a mis à même d'aller visiter ce vénérable sanctuaire.

Nous avons vu, tout à l'heure, que Josué avait fait enterrer à Tibneh les couteaux de pierre dont s'étaient servis les prêtres après le passage du Jourdain : ces couteaux doivent être restés dans le tombeau du fils de Noun , et , très-probablement, celui-là les recueillera qui se donnera la peine de les aller chercher. Il n'y a pas bien longtemps d'ailleurs que cette tombe illustre a été violée, car les habitants du lieu

m'ont raconté que c'étaient eux-mêmes qui l'avaient ouverte, et qu'ils en avaient tiré une sorte de candélabre à trois becs, en métal jaune et très-pesant, qu'un agha de bachi-bozouks leur enleva naguère au prix misérable de cinquante piastres. Sans doute ce candélabre a passé au creuset et a péri pour toujours. C'est fort à regretter.

Pendant que nous explorions et dessinions avec soin la nécropole de Tibneh, les heures avaient passé; arrivés à dix heures et un quart, nous ne pûmes remonter à cheval qu'à plus d'une heure après midi. Il s'agissait de gagner un village nommé El-Mezarê, où nous avions envoyé directement tous nos bagages.

* Je l'ai déjà dit, en Syrie la dernière route que Ton par-

court semble toujours la plus mauvaise , et cette fois ce n'a certes pas été une illusion. Le guide que nous avions pris à Djifnah se chargea de nous conduire à El-Mezarê par un chemin que le malheureux n'avait jamais parcouru. Aussi réussit-il assez promptement à nous perdre et à nous engager dans des sentiers de chèvres et des flancs rocheux de montagnes où nous faillîmes cent fois nous rompre les os. Pendant trois heures, nous marchâmes presque toujours k pied, nos chevaux étant à peine capables de se porter eux-mêmes, et il était plus de quatre heures quand nous arrivâmes à nos tentes , qui étaient dressées à proximité du village assez joli qui se nomme El-Mezarê , « les Métairies. »

Voici la nomenclature des localités que nous avons ou traversées ou aperçues de notre route. De Tibneh à une source nommée Ayn-Kelbêh, il y a juste une heure de marche; de là nous avons gagné, en trente-cinq minutes, le hameau de Deïr-Cedar, à gauche duquel s'en voient deux autres nommés, l'un Deïr-Abou-Michal, et l'autre Keraoua-lbn -Hassan. Un quart d'heure après nous avons aperçu, sur notre droite, le

ITISF.RAIRF.DK DJIFNA A F.I.- MEURE PAR TIB5EH.

if

ml

EL-MEZARÊ *39

village de Adjoul , en vue duquel nous avons traversé un fond de vallée que remplit un véritable massif de roseaux gigantesques; puis, remontant sur le flanc opposé au site de Adjoul, nous avons péniblement suivi, pendant dix minutes, de véritables corniches de rochers qui nous ont enfin conduits au plateau occupé par le village d'El-Mezarê, à gauche duquel, c'est-à-dire un peu au nord, paraît un autre village nommé Ferka. De ces différentes localités, il n'y en a pas une seule dans laquelle je sois en mesure de retrouver quelque nom de ville biblique.

Jusqu'à l'heure du dîner nous avons été entourés, mais à distance respectueuse, par tous les habitants du village. Leur cheikh Mohammed était, par aventure, en liaison d'amitié par son frère avec Mohammed-es-Safedy, et il est venu s'établir pour la nuit au milieu de notre petit camp , afin de nous protéger contre les mauvais instincts de ses administrés.

Après notre dîner nous avons remarqué que la lune était entourée d'un magnifique halo. C'est un beau phénomène, sans doute; mais comme il annoncé infailliblement la venue de la pluie, nous ne l'avons vu apparaître qu'avec un véritable désappointement. Heureusement nous serons à Naplouse demain.

Pendant la nuit, un vent violent s'est élevé, et il a failli plusieurs fois renverser nos tentes. Il est bien clair que, lorsque cette bourrasque se calmera, la pluie prendra sa place. A la grâce de Dieu! car maintenant il n'y a plus à reculer.

24 décembre.

Nous avions décidé que nous partirions de très -bonne heure , à cause de la longueur du chemin à parcourir ; mais nous avons dû renoncer à ce projet. Il fallait, de toute néces-

site, surveiller le chargement de nos bagages, vu que la population d'El-Mezarê est fort mal famée, et nous n'avons pu nous mettre en route qu'à huit heures et demie. Le vent s'est calmé; mais si la pluie ne tombe pas encore, le ciel est couvert de gros nuages qui ne nous présagent rien de bon.

Longeant le côté occidental d'El-Mezarê, nous sommes allés gravir le flanc difficile de la vallée qui couvre au nord le village de Ferka. Comme nos bagages étaient restés en arrière, nous étions un peu préoccupés de leur sécurité, et il y eut même un moment où un coup de feu parti de Ferka nous força de nous arrêter et nous fît penser à une attaque. Il n'y avait rien de cela, heureusement. C'étaient des amis qui causaient à coups de fusil, et, quand nous vîmes enfin notre caravane s'engager tranquillement sur le chemin que nous venions de suivre, nous reprîmes notre «arche.

Au bout d'une demi-heure , nous passâmes en vue d'un village ruiné, placé sur notre droite et nommé Kherbet-Kis, auprès duquel nous rencontrâmes un puits antique, le Bir-abou- Deradj . Trois quarts d'heure après , nous longions un monticule couvert de décombres antiques, et connu dans le pays sous le nom de Redjôm-el-Aabed. Il est sur la route, au milieu des broussailles, et à gauche du village d'Ammourah. Cinq minutes après, nous étions dans une jolie plaine, bien cultivée, et tout près du très-gros village de Selfit. En avant du village se voient de belles piscines et des caves sépulcrales taillées dans les rochers. Nous sommes donc ici en face d'une localité très-antique; mais quelle est-elle? Je Tignore. Il y a bien dans le texte grec du Cantique des cantiques (iv, h) un passage ainsi conçu : nupyoç Aa€l£ w*o#opljjievoç et; 0a>jria>O; mais quelle apparence que cette eatau&O soit devenue notre Selfit? Il n'y en a guère, assurément; car l'expression nve'^n 1 ? signifie très-bien « pour l'amas des

ÎÏINKRAIRK D'EL-MKZARK A XABL01S .

MOST RBAL

Page 1