‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 53 sur 85 · i fJrÊ^ftlhrf It^f-.'i · texte numérisé non relu

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ISKAKEH. 244

glaives , » et semble ainsi désigner un arsenal. Quant à Ammourah, je n'ai pas même à proposer d'hypothèse d'aussi mince valeur.

A partir de Selfit, nous avons longé un plateau rocailleux, sur lequel se montrent des ruines d'apparence fort antique. De tous les édifices qu'on y rencontre , le plus considérable se nomme Qasr-el-Khan ; il est à trois quarts d'heure de marche au delà et au nord-ouest de Selfit. Ce plateau domine une vallée assez large, profonde et bien cultivée. A dix minutes plus loin, nous nous arrêtons à droite d'un village assez considérable, nommé Iskakeh, et au delà duquel nous apercevons, toujours à gauche, les deux autres villages de Zeïtah et de Djemaïn.

Encore trois noms dans lesquels je ne retrouve pas la trace de localités bibliques. Il y a bien une Sekakeh citée dans l'Écriture (hddd), mais celle-ci (Josué, xv, 61) était située dans le désert de Juda, et nous en sommes fort loin, à trente lieues peut-être.

Nous avons fait à Iskakeh la halte du déjeuner, à côté d'un magnifique bouquet d'amandiers en fleur et de riches vignobles. Les habitants du village sont bien vite venus nous examiner comme des bêtes curieuses, et nous ont fourni l'eau nécessaire à notre repas. L'un d'eux m'a vendu pour deux piastres une monnaie dentelée d'un Séleucus , en moyen bronze, trouvée par lui en travaillant la terre. Pendant que nods étions attablés contre des rochers qui bordent le chemin, un courrier expédié par Barrère nous a rattrapés ; il m'apporte des nouvelles de France et de Jaffa. Toutes mes caisses y sont non-seulement arrivées sans mésaventure, mais encore elles ont été embarquées le jour même à bord d'un navire des Messageries impériales. Inutile de dire la joie que m'a causée la venue de ce brave homme ; il m'en a coûté vingt francs ,

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lit VOYAGE EN TERRE SAINTE.

mais je ne les regrette pas. Il faut Être à mille lieues de son pays pour comprendre avec quelle joie et quel entrain nous avons bu à la santé de l'Empereur et h la gloire de la France au moment où nos bienheureuses lettres ont été lues. Ce dont, soit dit entre parenthèse, la venue m'a .été beaucoup inoins agréable, c'est la pluie qui a fait son apparition pendant notre repas. Heureusement, ce n'a été qu'une averse

Notre halle a duré une heure et demie , et il nous reste encore beaucoup de chemin à faire pour arriver à Naplouse. Nous remontons donc à cheval, et nous reprenons notre route.

A cinq minules de marche à droite d'Iskakeh est un grand et beau tell couvert de ruines, nommées Ainran-abon-Zared. Ces ruines ont une apparence très-ancienne; la hauteur sur laquelle est b;llie Iskakeh ne présente absolument d'antique que de nombreuses excavations sépulcrales taillées dans ses flancs. Serait-ce la nécropole de la ville dont les niin.'s m nomment aujourd'hui Amran-ahou-Zared? C'est bien possible. c'est même vraisemblable.

A gauche d'Aniran-abou-Zared , en tournant le dos a Iskakeh, il y a un autre hameau , nommé Alamrel-Haoudah. Après avoir contourné la hauteur d'Iskakeh, en longeant le flanc d'Amran-abou-Zared, nous avons atteint, en vingtcinq minutes à peu près, un village important, d'apparence antique , avec murailles d'enceinte , et qui se nomme Yasouf. Au pied de ces murailles est une piscine , au fond de laquelle on descend par quelques marches; là est une très-belle source, à côté de laquelle se voit encore un couronnement de niche en coquille, d'un très-beau travail. La nécropole d' Yasouf est très-vaste, et beaucoup d'entrées des caves sépulcrales sont taillées en plein cintre. Il est très-évident que le vdlage

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de Yasouf a remplacé une ville d'une véritable importance. Mais quelle est-elle? C'est ce que j'ignore entièrement.

Une demi-heure de marche sépare Yasouf d'une localité nommée Abd-el-Hàq, ainsi nommée probablement à cause de quelque oualy musulman. Elle est à gauche de la route. Du point où l'on voit Abd-el-IIâq , jusqu'au hameau de Kouzah, il y a vingt-cinq minutes de marche, et à gauche de Kouzah est une ruine nommée Ed-Deïr, « le monastère. » Nous nous sommes reposés sur l'herbe, et nous avons pris le café à Kouzah; après une halte d'une heure et un quart, nous avons été rejoindre enfin la route ordinaire de Jérusalem à Naplouse, un peu en avant du village d'Haouara, au pied duquel nous sommes venus passer, en laissant successivement à notre gauche le Ayn-Abous, le village de Tourif et l'oualy de Souleïman-el-Farsy, et à notre droite Beïta et Odala. Un quart d'heure après, nous voyions à notre gauche Makhnah, et à droite Haouerta, avec son pan de muraille antique 1 , et l'Oualy-el-Azerah. Vingt minutes après, on laisse Kefr-Kallir à gauche, et Roudjib à droite. Il faut une demi-heure de marche de plus pour être en face de Kallatah, que l'on aperçoit

4. Dans le Hchus-harAbot, publié par M. Carmoly (p. 445), nous lisons ceci : « Auarata. Là est l'école de Phineas, ûls du grand prôtre Éléazar, « avec lequel soit la paix! dans le temple des nations. Éléazar est enterré « au-dessus du village sur une montagne ; au bas du village est Itamar, au « milieu des oliviers, au-dessus duquel il y a un grand monument. » ( C'est très-probablement celui que l'on aperçoit do la routo do Jérusalem.) « Près « des greniers est un temple des nations, sur des voûtes; il y a là un caveau a où l'on prétend que sont ensevelis les soixante et dix vieillards de pieuse « mémoire. » (Sur ceux-ci, voyez Nombres, xi, 46 et 24.) Dans le Iichusha-Tzadikim (Carmoly, p. 386 et 387) nous retrouvons les mômes indications conçues à peu près dans les mêmes termes. Enfin, dans la description des tombeaux sacrés (Carmoly, p. 186), nous lisons: « A Auarata existent les « tombeaux des soixante et dix vieillards, dans une caverne; au dehors de « cette caverne se trouvent les sépulcres do Éléazar le prôtro et de Phineas « son (Us. »

sur les hauteurs de droite de la vallée. Enfin, après une dernière demi-heure, nous mettions pied à terre auprès de nos tentes, que nous trouvions toutes dressées en dehors de la ville , sous de beaux oliviers et contre la route qui conduit au Garizim.

Nous avions dépassé Haouara de quelques minutes, lorsque nous avons vu arriver au-devant de nous une bande nombreuse de cavaliers. C'était le frère d'Haoulou- Pacha, gouverneur de Naplouse , un effendy de la ville et un jeune chef des Samaritains, nommé Yakoub-ech-Cheleby, qui venaient à notre rencontre, accompagnés de cavaliers réguliers et de bachi-bozouks , pour nous souhaiter la bienvenue de la part du pacha , et nous faire une escorte d'honneur jusqu'à notre campement. Il va sans dire que tout le fretin s'est donné à cœur joie d'une fantasia enragée, pendant que je causais avec le Samaritain. Nous avons ainsi longé presque toute la Makhnah , en cheminant au bas du Garizim , sur le sommet duquel j'ai reconnu l'oualy du Cheikh- Rhanem , au grand étonnement de mes interlocuteurs, qui ne pouvaient comprendre comment je savais aussi bien les noms de lieu de leur pays. Or, ces noms, je les avais tous relevés dans mon premier voyage; rien donc d'étonnant à ce que j'en eusse conservé le souvenir. Nous avons suivi le fond de la vallée de Naplouse, en passant devant le puits de la Samaritaine et le tombeau de Joseph. Traversant ensuite de grands amas de cendres analogues à ceux de Jérusalem, nous avons longé le faubourg de Naplouse et atteint enfin notre campement, à ma très-grande satisfaction; j'avoue que j'étais exténué. Il est de fait que la route avait été longue et pénible.

Au moment où nous avons été sur le point de mettre pied à terre, zaptiés et bachi-bozouks se sont rangés en bataille

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