‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 58 sur 85 · Voir, h l'Appendice, l'explication de cette inscription · texte numérisé non relu

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THABARIEH. 363

I un lion qui dévore un bœuf ou un antilope. De quel Suaient provient ce curieuv morceau? Je l'ignore, mais à oup sûr ce n'est pas loin de là qu'il a été trouvé. Ce motif r symbolique est bien fréquent sur les monuments de toute nature du temps des Achéménides ; mais pourrait-on faire remonter jusque-là le bas-relief de Thabarieh? J'en doute. A quelques pas plus loin, git à terre une belle vasque de granit rose, ayant peut-être servi il quelque pressoir. Ce qui est certain, c'est que ce morceau est antique, car la roche dans laquelle il a été taillé vient très-probablement d'Egypte.

Pendant le diner nous avons tenu conseil, et, à l'unanimité, il a été décidé que nous partirions, s'il y avait la moindre possibilité de le faire.

Au réveil, il pleuvait, mais modérément, et de temps en temps il y avait des éclaircies, malheureusement de courte durée. Nous avons eu bien vite pris notre parti. En route! Adieu Tell-Houm! adieu Souq-el-Khan ! adieu Qadech! adieu tout espoir de nouvelles découvertes! Réfugions-nous à Beyrouth, le plus rapidement possible.

Le chargement de nos bagages a été d'une longueur interminable , et il était plus de neuf heures et demie lorsque nous avons pu enfin sortir de Thabarieh. Nous n'avions pas fait cinq cents pas. que nous étions trempés jusqu'aux os par la plus désastreuse des averses. Hais il n'y avait plus à s'en dédire et nous avons bravement continué de marcher vers Safed, que nous espérions atteindre dans la soirée. A partir de là nous nous regardions comme sauvés, mais il fallait y arriver.

Une fois à El-Medjdel , nous avons constamment suivi le (lanc des coteaux qui dominent le Rhoueyr. c'est-à-dire la jolie petite plaine de Gennezarelh, celle-ci étant absolument impraticable Bien nous a pris de rencontrer une espèce de bandit bédouin qui nous a, moyennant quelques piastres, guidés à travers le fondrières les pins nflVeuses; saus lui. nous nous y fussions enterrés jusqu'au dernier. Cet homme appartenait à une tribu assez mal famée, et connue sous le nom de Aarabel-Iealiib fvto<*Jl *^*)-

Nous avons, entre EL-Medjdel et l'Ayn-cl-Medaouarali. traversé une petite plaine sur laquelle se voient à profusion des pierres de petit échantillon, provenant certainement de décombres. Hlais peut-on voir là les restes de CapharnaùmJ C'est douteux. J'avais conservé le désir le plus vif d'étudier les collines jonchées de blocs de basalfe qui dominent, à l'ouest, l'Ayn-el-Medaouarah, le Capharnaiim de Josèphe, espaçant y trouver des traces évidentes de la ville évangélique. Mon espérance a été déçue . et pas un seul des innombrables blocs à travers lesquels j'ai passé ne me semble avoir appartenu à une construction quelconque.

Un moment j'ai cru avoir trouvé ce que je cherchais , mais j'ai été victime d'une pure illusion. Au sommet de la colline «ne énorme muraille basaltique se dressait avec toute l'apparence d'un travail humain , et ce n'était en réalité qu'une coulée volcanique. Plus loin et au bas de cette colline, j'ai bien vu un grand fragment de muraille ou romaine ou byzantine, d'assez médiocre appareil, voilà tout. Serait-ce là l'unique débris de ta Capharnaiim maudite? C'est bien possible. Ce fragment se voit quelques minutes avant d'arriver à Abou-Chouheh , où nous nous sommes arrêtés pour déjeuner au pied des ruines, malgré le temps le plus déplorable. Plus que jamais, je mainliens l'opinion que j'ai émise sur la topographie de la rive occi-

ÀBOU-CHOUHEH. . . 265

dentale du lac de Gennezareth. Ainsi El-Medjdel, c'est Magdala ; Capharnaùra était sur le coteau au pied duquel est le bassin rond décrit par Josèphe et qu'il appelle Capharnaùm. EnQn Abou-Chouheh est la Kinret, ou Kinrout biblique. Khorazayn était au Khan-Minieh et à l'Ayn-et-Tineh, et Tell-Houm n'est que Beth-Sayda, devenue la Julias du tétrarque Philippe.

Arrivés à Abou-Chouheh , nous nous regardions comme sortis du mauvais pas , parce que nous avions échappé aux fondrières. Nous comptions sans les torrents , et je ne sais pas trop si jamais j'ai couru danger plus grand. Trois affreux cours d'eau ont dû être traversés par nous. Au premier, tout a été assez bien ; au second, Gélis a manqué être emporté avec son cheval, et au troisième, qui longe le pied de l'escarpement que nous avions à franchir, afin de sortir du bassin du lac de Tibériade , nous avons tous failli y rester. Salzmann surtout, dont le cheval trouvait plus commode de suivre le courant que de marcher contre lui, a rapidement dérivé, et il allait être emporté comme une flèche vers le lac, lorsque le cavalier s'est décidé à avoir une volonté différente de celle de sa monture, et a pu enfin atteindre l'autre rive. Il était temps! quelques secondes de plus, l'homme et la bête étaient perdus.

Nous avions franchi ce vilain torrent, nous; mais nos bagages! J'avoue que je n'étais pas rassuré. Mattiah, Scharir et Louis sont restés au gué, pour attendre la caravane et l'aider au besoin. Le danger était assez grand pour que tous nos moukres se décidassent à quitter leurs vêtements et à se mettre à l'eau afin de guider leurs bêtes. Avec cette précaution, tout a pu passer sans accident. Il va sans dire que le soir une centaine de piastres de bakhchich a payé le dévouement de ces braves gens.

De là jusqu'à Safed , nous avons joui du soleil pendant h. 34

une demi-heure à peu près. Mais quelle roule et quelles fondrières! Nous avons fait une Italie de quelques minutes au liiiiiiriiu où nous avions trouvé, à notre autre voyage, une députât ion de Juifs, envoyés de Safed au-devant de M. Gustave de Rothschild. Nos chevaux en avaieul .grand besoin. et nous-mêmes étions déjà très-fatigués. Pendant cette batte, j'ai longuement examiné 1h montagne e pie qui domine le liameau. On juterait que cette montagne est percée de grottes taillées de main d'homme , cl cependant il me parait certain que toutes ces excavations sont des vides naturels. formés par la chute de blocs de rocher qui se seront détachés de lu masse par une cause ou par une autre. Comment aurait-on pu parvenir aux points tout à fait inaccessibles ( se montrent DM ouvertures? Il y a là, ce me semble, t impossibilité absolue.

Il fallait enfin se remettre en marche, et je me liguni grâce à mes souvenirs, que Safed était bien près de Mon illusion n'a pas tardé a se dissiper de la façon la -plus désagréable. Nous n'avions pas commencé à gravir ta cote qui se présentait devant nous, qu'une pluie affreuse est venue, et, à mesure que nous nous élevions, la neige se mêlait à la pluie. A la hauteur de Safed , nous étions au milieu d'une véritable tourmente de neige. Je n'essayerai pas de décrire ce que nous avons souffert pendant cette dernière heure de notre voyage du jour. Nous étions tous glacés. Salzmann surtout avait été saisi par le froid. R lui semblait qu'il allait périr; la somnolence la plus invincible l'accablait, et il avait pour ainsi dire perdu l'usage de la parole. Placé derrière lui , je l'encourageais de mon mieux , et je ne cessais de lui parler pour le tenir éveillé. Je n'en pouvais plus tirer que cette réponse : a Je vais mourir. » Qu'on juge si j'étais en proie à une horrible inquiétude!

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