‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 59 sur 85 · SAFED · texte numérisé non relu

SAFED

Enfin nous voilà à Safed, Dieu soit loué! Mais Mattiah nous fourvoie dans les ruelles étroites et glacées de celte affreuse ville , et , après y avoir cheminé péniblement pendant vingt minutes , il nous fallait revenir sur nos pas , en quête d'un gîte que notre guide n'avait pas su trouver. A la lettre, Salzmann était plus qu'à moitié mort. Il ne soufflait plus mot, et son cheval le portait à sa guise, car pour lui, il était • désormais incapable de le diriger. Il n'y avait plus une minute à perdre ; si nous ne le réchauffions pas au plus vite , il était infailliblement perdu ! Je jurais à faire crouler le ciel sur nos têtes, accablant d'injures exaspérées toutes les brutes que je voyais sur le seuil de leurs portes, regardant avec curiosité ce que nous allions devenir. Enfin un homme, que j'avais aperçu déjà en entrant dans la ville , m'adressa la parole en français et m'engagea à m'arrêter chez lui , en m'appelant par mon nom. 11 était temps!

Il nous faut descendre de dessus sa selle Salzmann qui est tout à fait sans connaissance. Nous l'emportons dans l'appartement sur lequel ouvre la porte où nous a arrêtés notre sauveur. bonheur inespéré, là est un poêle à la russe ! là règne la température la plus douce ! Nous déposons notre ami sur une chaise, et je demande instamment du raki. On m'en apporte une bouteille, et j'en ingurgite un plein verre au pauvre garçon. Il y avait de quoi asphyxier un cuirassier et son cheval , mais cette infernale boisson, aidée de quelques bonnes frictions, ressuscite notre malade. Un quart d'heure après, il était bien un peu gris, comme nous tous d'ailleurs, car nous nous étions appliqué le même cordial et à pareille dose , mais il était sauvé , et il ne tarissait pas en expressions passionnées pour peindre le bonheur de goûter une si délicieuse chaleur. Allons ! nous en étions encore une fois quittes pour la peur !

Ml VOYAGE EN TERRE SAINTE.

J'étais grandement intrigué, on peut le crain , (la m'rtrc

entendu appeler par mon nom par ta brave homme qui UMH avait spontanément offert l'asile dont nous avions si imind lu-soin, au moment on nous lavions trouvé. Une fois donc que j'ai été rassuré sur le sort de mon ami , je me suis dépêché de faire subir un petit interrogatoire à mon digue hôte.

« Laissez-moi , monsieur, lui ai-je dit, vous remercier d'abord de l'accueil si bienveillant (pie j'ai reçu de mus; mais permettez-moi aussi d'être un peu étonné de ce que vous m'avez adressé la parole ci) vous servant de mon nom ; car mon nom ne peut vous être connu que par une circonstance dont je ne nie remis pas compte.

— Depuis hier, monsieur, me répondit-il . votre nom a été prononcé tant de fois devant moi, que je n'ai pas hésite à vous l'appliquer.

— Commeul cela se fait-il?

— Voici. Voire vie est en danger à Safed, et c'est pour cela que j'ai tenu à ce que vous descendissiez chez moi.

— Ah ! bah !

— Oui, rien n'est plus vrai. Hier, il est arrivé ici un Arabe à cheval , porteur d'une lettre sans signature , adressée de Jérusalem au grand-rabbin de Safed, et lui annonçant que vous avez enlevé le tombeau de Jacob , le patriarche , et celui de Joseph aussi; que vous avez profané les restes de ces deux saints personnages, et qu'il serait bon que la communauté juive de Safed avisât aut moyens de vous puûir de cet odieux sacrilège. Cette lettre, écrite en hébreu, est, ainsi que je vous le disais, sans signature, son auteur avouant naïvement qu'il tient à ne pas se compromettre, parce que vous n'êtes pas le premier venu. J'ai voulu faire arrêter le messager arabe, des que j'ai eu connaissance de la chose.

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