SAFED
mais il avait déguerpi au plus vite, aussitôt sa commission faite. Vous comprenez maintenant, monsieur, qu'il était de mon devoir de veiller sur vous et vos amis , et c'est ce que j'ai fait sans hésiter. Depuis hier, toute la population juive de Safed est en ébullition.
— Mais savez-vous que c'est terrible cela, mon cher monsieur! Comment, me voilà en péril de mort pour avoir enlevé des tombeaux qui n'existent plus depuis des milliers d'années ! Convenez au moins que c'est du guignon?
— Oh ! monsieur, chez moi vous ne risquez rien , votre personne est sacrée.
— Je vous suis bien reconnaissant. Mais , dites-moi , combien sont-ils en tout les bonnes gens qui veulent nous mettre à mal ?
— Sept mille.
— Diable, c'est beaucoup cela! et nous ne sommes que sept! J'ai peur que cela ne soit insuffisant. Il y a des musulmans ici, n'est-ce pas?
— Oui, en petit nombre : quinze cents au plus.
— Attendez, je vous prie, un instant. Et m'adressant à Mohammed :
— Ya-Mohammed! Hé! Mohammed!
— Eich? Quoi?
— Semdat enté? As-tu entendu?
— Nâam. Oui.
— Eh bien! mon brave, va prévenir tes parents et tes amis de ce qui m'arrive. (Mohammed, qui s'appelle Es-Safedy, est au milieu des siens à Safed.)
— C'est fait.
— Comment, c'est fait?
— Oui; un cousin m'a conté la chose en deux mots à notre entrée dans la ville; ils sont tous prêts. Si tu tires un
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coup de pistolet, ils viendront à ton aide, m qu'il eu miiuque un seul, et ils en ont une envie terrible.
— Thaïeb! C'est bien!
— Monsieur, dis-je alors au vice-consul autrichien, car j'avais affaire a ce personnage, vous pouvez être parfaitement rassuré. Ceux qui voulaient me mander feront comme les colimaçon* : ils rentreront leurs cornes et seront gentils comme des petits agneaux . Car. si, [tour leur malheur, ils avaient une autre idée, ils auraient d'abord affaire ii npl fusils et à sept revolvers, ce qui fait un petit total de ciuquante-six balles à leur service. Or, avec nous, tout coup porte-, soyez assez bon, je vous prie, pour les en prévenir. Quant à l'intervention des musulmans dans la querelle, je présume que nos ennemi» féroces savent déjà ce sur quoi ils peuvent compter, et, je vous le redis avec une pleine confiance, nous passerons la soirée et la nuit les plus calmes qui se puissent imaginer. J'ai une dernière grâce à vous demander, c'est de me faire l'honneur d'accepter, chez roi/.v, mon dîner de voyageur. Dans une heure nous nous mettrons à table.
Mon invitation fut accueillie avec une grâce parfaite, et une heure après nous dînions le plus gaiment du monde. Notre hôte était allé aux nouvelles, et il nous était revenu, avec les renseignements bouffons que voici : mes massacreurs, peu flattés de l'issue probable de toute tentative sur nos personnes, s'étaient réunis, avaient délibéré et décidé que, puisque nous étions assez mal élevés pour être résolus à nous défendre et à démolir le plus possible d'entre eux, il était plus prudent de charger le ciel d'une vengeance qui pouvait devenir malsaine pour les habitants de la terre. En conséquence, un jeûne et des prières étaient décrétés, et, pendant que les criminels mangeaient et buvaient le mieux possible, leurs vie-