‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 68 sur 85 · LA BRUME · texte numérisé non relu

LA BRUME

accompagnés pendant tout notre séjour en Judée, sont venus à bord nous souhaiter la bienvenue, et la continuation du plus heureux voyage. Ce brave Botros m'a apporté quatre immenses paniers d'oranges magnifiques, cueillies sur les arbres de son jardin.

À midi , tous ceux qui n'allaient pas à Alexandrie comme nous ont quitté le bord, et avec eux Mattiah et ses serviteurs qui regagnaient Jérusalem*, Quelques minutes après, nous levions l'ancre et nous filions grand train sur l'Egypte.

43 janvier.

La nuit a encore été parfaite , et nous avons admirablement marché ; suivant toute apparence , avant quatre heures après midi nous mouillerons dans le port d'Alexandrie.

Une fois de plus nous avions compté sans l'inclémenCe des flots, comme disent les poëtes. Vers midi une brume épaisse, venant je ne sais d'où, s'est élevée autour de nous, et nous n'avons pas tardé à avoir quelque souci. Si la brume devenait plus épaisse, il serait évidemment impossible de se risquer dans les passes , où l'on ne peut cheminer avec sécurité qu'à la condition de bien voir les balises et la terre.

Ce que nous redoutions n'a pas manqué d'arriver. Vers trois heures nous avons aperçu, à travers le brouillard, la silhouette oblitérée d'Alexandrie. Nous avons bien pu arriver, en marchant avec les plus extrêmes précautions et à trèspetite vitesse, jusqu'en vue d'un fantôme de balise, mais, quoique nous ne fussions pas à une portée de canon de la terre, on ne voyait rien qu'une muraille de brume. Ni le meks, ni les moulins, sur la position respective desquels il faut calculer sa marche, n'apparaissaient devant nous. Le

pilote, d'accord fcn cela avec le commandant Stoltz, a reconnu l'impossibilité d'aller,. sans un péril exorbitant, à une encablure de plus, et nous avons viré prudemment, regagnant le large, et maugréant de toutes nos forces contre cette déplorable nécessité. *

Nous avions raison <Je maugréer, car la mer a'est faite rapidement^: et nous avons passé une nuit infernale à cinquante milles au moins de la côte égyptienne, en butte au roulis et au tangage qui nous ont secoués de la façon la plus désagréable. Aussi , à bien peu d'exceptions près , tout le monde a-t-il été affreusement malade.

Lorsque le jour a commencé à poindre, nous avons fait route sur Alexandrie, avec l'espérance que la brume aurait été dissipée par la bourrasque de la nuit, et que nous pourrions franchir les passes. Il en a été ainsi ; mais il y avait si grosse mer, qu'il a fallu une extrême attention pour gagner sans accident l'avant-port. Un mouvement maladroit d'un grand vapeur anglais qui sortait, et qui nous a barré le passage, nous a forcés de mouiller subitement presque à l'entrée du port , en un point où la mer est à peu près aussi grosse qu'au large. Des grains de pluie torrentielle nous tombaient dessus à chaque instant, et le commandant nous a fortement engagés à attendre une embellie pour aller à terre. Nous avons donc déjeuné à bord de YEuphrate, et, vers midi seulement, une grande embarcation de l'Arsenal nous a amené l'excellent Abbat qui venait nous chercher. Une demi-heure après, nous étions sur le plancher des vaches, que nous avons trouvé transformé en une autre mer, mais de boue, cette fois.

Comme c'est YEuphrale qui doit nous ramener à Marseille, nous avons laissé tous nos bagages à bord , n'emportant avec nous que le strict nécessaire.

Nous avions six jours entiers à dépenser à Alexandrie , le

IMP.CAESARI.

M . AVREL . ANTONINO.

AVG . ARMExN . MEDIC . PARTH.

GERMAN . 3ARMAT . MAXIM.

TRIBïPOTEST.XXX.

Page 1