FOUILLES A LA TRIPLE FORTE
l'angle nord-est de l'enceinte. J'ai été bien vite la copier pour la rapprocher de celle qui est tracée sur le dallage de la triple porte. C'est encore un parallélogramme rectangle de ,n ,23 sur m ,21. Elle diffère entièrement de l'autre, ainsi que le montre la figure ci -dessus.
En résumé, la fouille que j'avais entreprise au sud du Haram-ech-Chérif a été beaucoup plus heureuse que je n'avais osé l'espérer, puisqu'elle m'a permis de constater : 1° que l'assise inférieure en blocs salomoniens de la face sud du Haram reposait immédiatement sur le roc, retaillé pour former luimême la base de ce mur ; 2° que sous le seuil de la triple porte passaient trois de ces conduits souterrains, certainement contemporains de la consécration du premier temple, et destinés, suivant le récit d'Aristée conservé par Eusèbe, à l'évacuation des eaux servant au lavage du temple ; 3° qu'un magnifique palier, formé de dalles rapportées ou de surfaces aplanies du roc lui-même, régnait devant ce groupe de trois portes; 4° enfin que le chambranle, orné d'une moulure qui, bien qu'on dise, n'est ni grecque ni romaine, faisait partie intégrante de l'assise établie sur le roc, laquelle, à coup sûr, n'a pas été l'œuvre d'Hérode.
Franchement, je n'ai pas lieu de regretter l'argent que j'ai dépensé sur ce point.
Pour en finir avec cette fouille, je dirai qu'après avoir donné de bons bakhchich à tout mon monde, effendi compris, j'aurais pu, je crois, si j'en avais eu la moindre envie, faire un trou dans le mur même du Haram, sans que personne songeât à trouver la chose blâmable. Deux ou troii* fois le cheikh de la secte Schafi vint, du haut de la muraille, voir où en était la fouille, et chaque fois je l'entendis avec le plus vif plaisir ethorter mes Jprrassiers à bien travailler, et à faire tout ce que je leur ordonnerais, sans conserver le
moindre scrupule. La morale de cela, c'est que, lorsqu'on est poli avec les musulmans, on obtient avec une grande facilité tout ce que Ton désire d'eux.
J'ai profité des heures de présence que j'ai données fréquemment aux fouilles de la triple porte pour prendre quelques renseignements que je pensais dignes d'intérêt, pour moi comme pour tout le monde des antiquaires. J'avais, en réunissant les caractères de l'appareil que j'appelle salomonien , conçu l'espérance qu'en comparant les dimensions des blocs employés dans cet appareil , je trouverais que ces dimensions étaient fréquemment des multiples de la coudée hébraïque de m ,525. J'ai donc pris un assez grand nombre de mesures des blocs juxtaposés entre la porte qui est sous El-Aksa et la triple porte , et mon espérance s'est à peu près évanouie. Il est demeuré certain pour moi que les tailleurs de pierre employés à épanneler ces blocs dans la carrière n'avaient eu qu'un but , celui d'utiliser les masses les plus considérables possible, sans s'astreindre à leur assigner des mesures fixées à l'avance. En d'autres termes, on conservait à tout bloc extrait de la carrière la plus grande dimension que l'on pouvait lui laisser sans nuire en rien à la bonne qualité des matériaux.
Quoi qu'il en soit, voici les chiffres des mesures prises par moi, et qu'il n'est pas d'ailleurs sans intérêt de consigner ici. J'ai relevé les dimensions de onze blocs successifs, encore en place, à droite de la porte sous El-Aksa. Ils ont une hauteur constante de l m ,90, c'est-à-dire qu'ils constituent une assise d'une régularité parfaite. Les dimensions en longueur, dans le sens parallèle à l'axe du mur, sont les suivantes : 3"\95, l ,n ,15, l m ,00, l n, ,90, l' n ,34, 2», 83, 2 m ,12, 1M7, l m ,22, 2 m ,60, 2 m ,45.
On se rappelle que ces blocs ont tous leurs joints enca-
BLOCS SALOMONIENS. 47
drés dans une sorte de plate-bande formée d'un ravalement emprunté aux deux blocs jointifs. Cet encadrement n'a pas une largeur d'une régularité mathématique, puisqu'il varie de 150 à 170 millimètres. Cette largeur d'encadrement n'est pas exactement une partie aliquote de la coudée hébraïque, mais elle est à celle-ci dans un rapport qui varie de 1/3,5 à 1/3,087, c'est donc à très-peu près le tiers de la coudée.
Les longueurs des blocs sont : 7 coudées 52, 2,19, 1,90, 3,61, 2,57, 5,39, 4,03, 2,22, 2,32, 5,12, 4,66, et avec les fractions que nous obtenons ainsi après chaque chiffre entier, nous avons à peu près pour les blocs successifs :
7 coudées 1/2, 2 1/4, 2, 3 1/2, 2 1/2, 5 1/3, 4, 2 1/4, 2 1/3, 5 1/10, 4 2/3. J'ai donc eu raison de dire que ces chiffres ne m'ont pas présenté la précision mathématique que j'espérais y trouver, bien qu'à tout prendre ils s'en rapprochent un peu.
Passons à un autre fait : sur le bloc salomonien avec moulure, servant de chambranle à la baie de gauche de la triple porte, a été gravée une inscription judaïque, que j'avais bien remarquée à mon premier voyage, mais que je n'avais pas pris la peine de copier; la voici :
Je ne suis malheureusement pas en mesure d'en deviner le sens. Est-elle bien ancienne ? J'en doute.