‹ Voyage en terre sainteChapitre 10 sur 53 · DE JAFFA A RAMLEH · texte numérisé non relu

DE JAFFA A RAMLEH

dont nous avons aperçu de loin les lueurs; bonne affaire, car les premières pluies, qui ne durent d'ordinaire que très-peu de jours, rafraîchissent l'air et diminuent de beaucoup les chances d'attraper une fièvre pernicieuse. En général les six semaines qui suivent ces premières pluies sont admirablement belles, et les plus favorables pour accomplir lés courses, toujours difficiles, que l'on vient faire en ce pays.

Il faut nous presser si nous voulons arriver avant la nuit à Ramleh; nous marchons donc bon pas. Une fois sortis de la ville, nous suivons, à travers des jardins plantés de magnifiques orangers, une roule sablonneuse d'assez bonne apparence. Mais ne nous faisons pas d'illusions ! En ce pays, ce qui ressemble à une vraie route n'est jamais bien long; aussi à peine avons-nous franchi les derniers enclos , que nous débouchons sur la plaine, où chacun est libre de prendre le chemin qu'il voudra. La terre végétale a succédé au sable; il en résulte que, grâce à l'orage de la nuit précédente, cette terre fortement détrempée est persillée de fondrières , peu profondes encore, mais dans lesquelles pourtant on casserait très-facilement les jambes de son cheval; il faut donc faire une grande attention à la piste qu'on lui fait suivre , et je déclare que je ne connais rien de plus agaçant.

La route de Jaffa à Jérusalem a été décrite tant de fois que je pourrais me dispenser de prendre la moindre note sur son compte. Mais par acquit de conscience, et beaucoup aussi par curiosité, je m'enquiers des noms de toutes les localités que nous apercevons de notre route. Celle-ci traverse la plaine de Saron, plaine qui doit être splendide, quand les moissons verdoyantes la recouvrent de leur beau tapis. Par-ci par-là elle semble un peu ondulée, mais les différences de niveau entre les parties les plus basses et les parties les plus élevées sont pour ainsi dire insignifiantes.

Deux villages se sont montrés successivement sur notre route. Ce sont Yazour et Beit-Dedjan, que nous avons laissés sur notre gauche, puis Sarfent sur notre droite. Que fut Yazour dans les temps bibliques? Je l'ignore. Beit-Dedjan, par son nom seul, a droit a une très-haute antiquité; ce nom signifie la maison de Dagon, et là, sans aucun doute, fut un temple célèbre de cette divinité des Philistins. Nous trouvons dans le livre de Josué (xv, fil) un Beït-Dedjan mentionné parmi les villes de la plaine, et appartenant à la tribu de Juda. Est-ce la môme? C'est fort possible. Son nom est précédé de celui de Djederout , qui a bien quelque analogie de consonnance avec Yazour; mais cette analogie est si fugitive qu'il ne serait pas prudent de lui accorder plus d'attention qu'elle n'en mérite. Quant à Sarfent, dont le nom est identique avec celui de la fameuse Sarcpta , placée sur la côte de Phénicie entre Tyr et Sidon, son identification n'est guère plus aisée. Reland propose d'y voir une Sariphœa, ville de Palestine, connue par la présence de son évèque au concile tenu à Jérusalem en 536. Le Talmud lui fournit, de plus, le nom d'une Seriphin, d'où l'on tirait de l'orge, lorsque la récolte avait manqué dans les lieux placés à proximité de Jérusalem, et il propose de l'identifier encore avec Sariph«va et avec le Sarfent qui nous occupe. Tout cela, malheureusement, est bien hypothétique. Ce qui l'est bien plus encore, c'est l'opinion de ceux qui ont voulu placera Sarfent la Gath des Philistins, sans autres bonnes raisons que leur désir de retrouver le site de cette ville célèbre. Quoi qu'il en soit, Sarfent, placé sur un tell fort peu élevé, n'est plus, aujourd'hui, qu'un village de fort médiocre apparence. C'est là, d'ailleurs, le sort commun de presque toutes les localités que l'Ecriture mentionne comme des villes importantes.

Un peu au delà de Sarfent, nous atteignons un pli de ter-

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