RAMLEH
rain planté de quelques arbres, et qui jouit d une célébrité malsonnante. II s'appelle el-Maqtouleh, le coupe-gorge. Jadis, à ce qu'il parait, cette dénomination était parfaitement méritée; elle n'est plus aujourd'hui qu'un souvenir.
La nuit est tout à fait venue, lorsque nous arrivons à Ramleh. La route à proximité de cette petite ville est littéralement inondée, et nous avons été obligés de l'abandonner et de cheminer dans le cimetière, afin d'atteindre la porte du Couvent, où nous mettons pied à terre. Le bon frère Liévin avait voulu me persuader de passer par Lydda. J'ai bien fait de ne pas céder à ses instances, je n'aurais rien vu du tout : il aurait fait aussi noir à Lydda qu'à Ramleh, et nous aurions été à cheval près d'une heure de plus. Nous voilà donc installés au Couvent, où nous sommes reçus avec le plus grand empressement. Les limonades et le café se succèdent jusqu'au dîner, qui se fait un peu attendre, et dans lequel je retrouve mes dîners syriens d'il y a treize ans. Il faut s'y faire; mais bah! à la guerre comme à la guerre! Aussi tôt arrivé, j'ai la visite d'un bon gros personnage à la figure toujours riante, qui vient nous féliciter de notre bonne arrivée et nous faire toutes ses offres de service. C'est M. Damiani, agent consulaire français à Ramleh. Comme il est du pays, il n'en a pas quitté le costume. Quant à son langage, c'est un agréable mélange de français, d'italien et d'arabe, ce qui fait que l'on ne comprend pas grand' chose de ce qu'il débite, avec la volubilité la plus empressée. A propos d'arabe, je m'y suis remis aussitôt débarqué à Jaffa, mais j'ai reconnu que j'avais affaire à un ingrat. Il n'est pas revenu à mon premier appel, et je m'aperçois que je baragouine un arabe de fantaisie qui fait que je suis compris de mes amis comme M. Damiani l'est de moi-même. Il me faudra certainement une quinzaine de jours pour me refaire la mémoire et le gosier. Patience!
Chacun de nous était pressé, cela est facile à deviner, de trouver son lit. Un bon père m'a conduit à ma chambre, et j'ai l'honneur d'occuper celle même où a couché le général Bonaparte.
Ce n'est pas sans une certaine émotion que j'apprends que , sous ces mêmes voûtes sombres , et sur ce même carrelage glacé, a vécu pendant quelques heures l'homme qui a fait mon pays si grand! Mes réflexions, je le confesse, ne m'empêchent pas de grelotter ; de son côté le froid ne m'empêche pas de m'endormir, et je ne bouge pas plus qu'un terme, jusqu'à trois heures du matin. A ce moment, un terrible coup de tonnerre me réveille en sursaut; il est suivi de beaucoup d'autres, et un orage diabolique passe sur Ramleh.
Mauvaise affaire ! Il ne fera pas bon cheminer demain, si ce temps-là continue.
28 octobre.
Tout passe en ce monde, même les orages! Je me suis donc rendormi, et ne me suis réveillé pour tout de bon qu'au petit jour. Le ciel est assez bien nettoyé, malgré quelques gros nuages qui courent la poste, et ne nous présagent pas une journée trop sèche.
A sept heures seulement, nous étions prêts au départ et nous montions à cheval , décidés à suivre la route qui conduit à Jérusalem par El-Koubeïbeh et Naby-Samouïl. Elle est un peu plus longue que celle d'Abou-Rhôch, mais la question qui s'agite en ce moment autour de Koubeïbeh nous fait donner la préférence à cet itinéraire. L'Emmaùs de l'Evangile, qu'on place un peu partout (mais à tort, je crois) en dehors d'Amoas, qui me parait incontestablement son véritable site,