KAFR-NOUBA
C'est tout au plus si ce nouvel accident interrompt ses chansons, et comme je m'empresse de lui demander s'il ne s'est pas fait de mal, il me répond que, lorsque sa monture sera tout à fait fatiguée et hors d'état de le porter, il la portera à son tour. A la bonne heure, voilà un garçon de bonne humeur !
On comprend que ce n'est pas sans un certain mouvement de curiosité, sans même un vif intérêt, que nous avons traversé Kafr- Nouba; j'ai partout cherché des yeux les traces de la ville antique, et je n'ai absolument rien vu; c'est que ce village n'est autre chose que la Nob de l'Ecriture, c'est-k-dire la ville où le roi Saiil commit la plus abominable action. Ouvrons la Bible (Samuel, I, xxn). — « 7. Saûl dit à ses serviteurs, qui se tenaient près de lui : « Ecoutez donc, le fils de Jessé vous donnera-t-il à tous a des champs et des vignes, vous établira- 1 — il tous chefs « de mille, et chefs de cent, — 8. que vous vous soyez « tous ligués contre moi, qpe personne ne m'avertisse que « mon fils a fait une alliance avec le fils de Jessé, qu'auci cun de vous n'ait pitié de moi et ne m'avertisse que « mon fils a suscité contre moi mon serviteur pour me « tendre des embûches , comme en ce jour? — 9. Dadj « l'Edomite, qui se tenait près des serviteurs de Saul, « répondit et dit : J'ai vu le fils de Jessé venir à Nob, vers « Akhimelech, fils d'Akhitob, — 10. lequel a consulté « l'Éternel pour lui, et lui a donné des vivres et l'épée de « Goliath, le Philistin. — 11. Le roi envoya appeler Akhi- « melech, fils d'Akhitob, le cohen, ainsi que toute la mai- « son de son père, les cohenim qui étaient à Nob, et tous « vinrent auprès du roi. — 12. Saiil dit : Ecoute donc, fils « d'Akhitob. Il répondit : Me voici, seigneur. « — 13. Saiil « lui dit : Pourquoi vous êtes-vous ligués contre moi , toi et
« le fils de Jessé, en lui donnant du pain et une épée, et en « consultant Dieu pour lui, afin qu'il se levât contre moi « pour me dresser des embûches, comme aujourd'hui? — « 14. Akhimelech répondit au roi et dit : Et qui, parmi « tes serviteurs, est comme David, Adèle, gendre du roi, « obéissant à tes ordres et honoré dans ta maison? — 15. Ai- « je commencé aujourd'hui à consulter Dieu pour lui? Loin « de moi ! Que le roi ne mette rien à la charge* de son service teur , ni à toute la maison de mon père , car ton serviteur ne « sait en cela aucune chose, ni petite, ni grande. — 16. Le « roi dit : Tu mourras, Akhimelech, toi et toute la maison « de ton père. — 17. Le roi dit aux courriers qui se tenaient « près de lui : Entourez et tuez les cohenim de Jehovah , car « ils sont aussi du parti de David; ils savaient qu'il s'enfuyait, « et ils ne m'en ont pas averti. Mais les serviteurs du roi ne « voulurent pas lever la main pour attaquer les cohenim a de Jehovah. — 18. Alors le roi dit à Dadj : Approche et « attaque les cohenim. Dadj l'Edomite s'approcha et atta- « qua les cohenim, et il tua en ce jour quatre-vingt-cinq « hommes qui portaient la robe de lin. — 19. Et il fit passer a au fil de l'épée les hommes, les femmes, les jeunes enfants, « jusqu'aux nourrissons, les bœufs, les ânes et les agneaux « au fil de l'épée. »
Quelle monstrueuse tragédie! On comprend maintenant que la vue du Kafr-Nouba devait nous intéresser au plus haut point. Il n'y a pas de doute possible sur cette identification , qui d'ailleurs n'a été contestée par personne. Aussi saint Jérôme décrivant le voyage de Paula (in epita-
phio) mention ne- t-il : « Lyddam versarn in Diospolim
a haud procul ab ea Ariinathiam viculum Joseph qui domi- « num sepelivit, et Nobe urbem quondam sacerdotum, nunc « tumulum occisorum. » Il serait trop long de rapporter
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ici tous les passages des écritures sacrées et profanes qui concernent Nob; ce serait d'ailleurs inutile, puisque, je le répète, tout le monde admet que cette ville biblique est réellement à Kafr-Nouba.
De Kafr-Nouba nous apercevons deux villages assez éloignés, l'un à droite, l'autre à gauche de notre route. Le premier est Yaloun, le second Lekieh. Yaloun n'est autre chose que FA yaloun mentionné dans le livre de Josué (x) : — « 11. Il arriva, lorsqu'ils se sauvèrent (les Amorrhéens) « devant les enfants d'Israël, près de la descente de Beït- « Iloron, que Jehovah fit tomber «ur eux de grandes pierres « du ciel, jusqu'à Azeka, dont beaucoup moururent, et il en « mourut plus par la grêle de pierres , que n'en tuèrent par « le glaive les enfants d'Israël. — 12. Alors Josué parla à « Jehovah, au jour que Jehovah livra FAniorrhéen aux « enfants d'Israël : Soleil, à Djebaoun arrête, et toi, lune, « dans la vallée d'Ayaloun... » etc., etc. Yaloun est toujours au fond d'une vallée et fort près des deux villages de Beïthour, le supérieur et l'inférieur, puisque, du point où nous avons aperçu Yaloun, il n'y a que vingt-trois minutes de marche jusqu'à celui où nous avons été en vue de Beïthour-el- Fouqâa, c'est-î-dire environ deux kilomètres. Quant à Lekieh, je ne trouve rien qui me satisfasse et me permette d'y reconnaître une localité biblique.
De Kafr-Nouba, nous avons été passer au pied et à gauche d'une colline que recouvrent des monceaux de décombres , que le frère Liévin me désigne comme ceux d'une forteresse bâtie au temps des croisades, et qui reçut le nom de château d'Arnold. Celle-ci était destinée à défendre l'entrée de la gorge dans laquelle s'engage le chemin de Jérusalem. C'est là, en effet, que commence le vrai pays de montagnes et que la route s'élève rapidement pour gagner les hauts
plateaux de Juda. Mais pour rassurer les voyageurs s'engageant dans le défilé , ce château était-il bien placé? C'est une question à examiner. Du pied du soi-disant château d'Arnold on distingue parfaitement, et à une distance médiocre, le village de Beïthour-el-Fouqàa. Comme j'ai dit tout à l'heure qu'il n'y a que deux kilomètres de Kafr- Nouba au point où l'on aperçoit Boïthour, ceci revient à dire que la ruine en question, ou en d'autres termes la véritable entrée dans la montagne , n'est qu'à deux kilomètres de Nob.
Les deux villages voisins de Beïthour-el-Fouqâa , et Beïthour-el-Tahta, dont les noms peignent à merveille la position relative, ne sont autre chose que deux localités dont
il est très-fréquemment question dans l'Ecriture. Je me bornerai à dire que les deux Beït-IIoron, qui s'appellent déjà la supérieure et l'inférieure dans le livre de Josué (xvi, 3 et 5), servaient de jalons pour la délimitation des territoires attribués aux deux fils de Joseph, Manassé et Ephraïm. Saint Jérôme nous apprend que ces deux villes, qui avaient été construites par Salomon , se trouvaient sur la route de Nicôpolis à Jérusalem. Voici ce passage, qui sufiit pour trancher en faveur d'Amoas la question de l' Emmaus de l'Evangile. C'est encore dans l'épi taphe de Paula que nous lisons: « Repetitoque itinere Nicopolim, quac prius Emmaus voeaba- « tur, apud quam a fractione panis cognitus Dominus Cleophœ « domum in ecclesiam dedicavit, atque inde ascendit Bet- « horon inferiorem et superiorem urbes a Salomone conditas, « sed varia postea bellorum tempestate deletas. » Si Amoas est Emmaus, tout ce passage est clair et vrai. Si El- Koubeibeh était Emmaus, saint Jérôme aurait écrit là une série de non-sens. Mais je ne veux pas m'appesantir sur cette question délicate, dont l'étude approfondie m'entraînerait beaucoup trop loin. Elle a été d'ailleurs, à ma connais-
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sance, traitée de main de maître par mon excellent ami, le P. Bassi. On pourra n'être pas satisfait partout des résultats auxquels il est parvenu, mais on ne pourra jamais prouver qu'il s'est trompé.
Revenons au prétendu château d'Arnold. Devant la colline qui lui sert d'assiette, est une autre colline de même hauteur, couverte de ruines, qu'à leur apparence je juge d'une très-haute antiquité; elles sont désignées, parmi les Arabes, sous le nom de Souân. Cette fois encore je ne connais rien qui puisse nous fournir une trace historique de l'existence de cette bourgade ruinée. Quant aux ruines qui sont placées en face, et que l'on attribue, ainsi que je viens de le dire, à l'époque des croisades, j'avoue qu'elles m'ont paru plus anciennes. A une petite heure de là, en suivant la vallée montante qui conduit à Jérusalem, on rencontre une ruine de forteresse du moyen âge, nommée par les Arabes El-Boureidj, le petit fort. Je suis, en vérité, bien disposé à croire que c'est là le vrai château d'Arnold. Celui-là qui coupe le chemin, et à travers les ruines duquel il faut nécessairement passer, était bien plus propre à protéger les voyageurs qu'un château qui aurait été placé en face des ruines de Souân, et en avant de l'entrée de la gorge à défendre contre les malfaiteurs. C'est là une question que je ne me permettrai pas de trancher, tout en avouant que, pour moi, le château d'Arnold n'est autre chose que El-Boureidj. C'est Guillaume de Tyr qui nous fait connaître la fondation du château d'Arnold, et je ne saurais mieux faire, pour justifier mon opinion , que de rapporter le
texte même du vénérable prélat. Le voici : « Juxta
« locum antiquissimum , Nobe, qui hodie vulgari appellatione « dicitur Bettenuble (la traduction en langue romane donne « ici Bestenuble) in descensu montium, in primis auspiciis
<: campestrium , via quà itur Liddam. et quà pervenitur ad « mare, praesidium solido fondant opere; ad tutelam trans- « euntium peregrinorum : ibi enira in faucibus montium, «< inter angustias inevitabiles. maximum iter agentihus sole- '■ bat imminere periculum* Ascalonitis subitas irruptiones " illic facere consuetis. Gmsummato itaque m féliciter opère ' nomen indicant. castellum Arnoldi locum dieentes : fac- ' tumque est per gratiam Domini, etiam pnedicti castelli ** beneficiurn , quod adiré volentibus Hierosolymam , aut ab « eâ redire, minus periculosus factus est transitas, et via « inulto securior. •» (Guill. deTyr, Ilist. lib. XIV. cap. vin. Edition de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, t. T% p. GJ7. ad annum J 132.)
La phrase oii il est dit : Ibi enim in faucibus montium, inter angustias inevitabiles, me semble désigner à merveille la position d'El-Boureidj, tandis qu'elle ne représente pas le moins du monde celle de la ruine que le frère Liévin m'a désignée sous le nom de château d'Arnold.
Depuis un quart d'heure, nous apercevions demère nous, du côté de la mer. de gros vilains nuages noirs comme de l'encre, et qui nous rattrapaient vivement. Il était assez probable que nous allions recevoir une averse de bonne qualité. Notre attente n'a pas été trompée. A peine étions -nous engagés dans la gorge que nous avions à parcourir, que la nue a crevé. Quelle pluie, bon Dieu! Il sullit de l'avoir reçue pendant près de deux heures, ainsi que nous avons eu le désagrément de le faire, pour savoir ce que sont les pluies de Svrie. Malmé nos caoutchoucs, nous fumes bientôt trempés jusqu'aux os. Qu'on n'attende donc* pas de moi des observations de détail sur la route que nous avons suivie. Elle est détestable, voilà tout ce que j'en puis dire, et elle passe à travers deux fortins de très-ancienne construction,
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niais que je ne saurais faire remonter plus haut que l'époque des croisades. Le premier, qui a donné son nom à la vallée, s'appelle Kherbet-el-Boureidj, la ruine du petit fort; à un peu moins de trois kilomètres au delà est placé le second, qui s'appelle El-Meskah, l'abreuvoir. Je le répète, notre route est un véritable casse-cou , et ce n'est qu'en approchant d'El-Koubeibeh (le petit dôme) que le chemin est devenu plus praticable et la pluie moins torrentielle. Il était temps d'arriver : notre patience et notre appétit étaient aux abois.
Un moine nous attendait à El-Koubeibeh , et nous nous sommes abrités dans l'église que l'on construit là , dans la pensée qu' El-Koubeibeh est l'Eramaiïs des Evangiles. J'ai déjà dit que je n'en croyais absolument rien. Après le déjeuner, nous avons, pour l'acquit de notre conscience, parcouru les mines qui sont près de la nouvelle église. Elles s'étendent vers l'est en longueur, et nous y remarquons des murailles de construction byzantine, qui sont vraisemblablement les débris de l'église primitive. Comme elles sont distantes d'une quarantaine de mètres de celles que l'on croit élever sur la maison de Cléophas, j'ai bien peur qu'on ne se trompe de toutes les manières. Parmi les décombres, j'ai remarqué un angle d'assez bon appareil , dont les blocs sont munis de bossages, mais cela est tout au plus romain. Pour moi, pas de traces d'El-Koubeibeh dans la géographie antique.
Pendant notre déjeuner le temps s'est remis au beau, et après une heure trois quarts de halte, nous remontons à cheval, pour aller cette fois sans nous arrêter jusqu'à Jérusalem.
A gauche d'El-Koubeibeh se montre un village nommé Doukka, lequel domine l'Ouad-Abou-'z-Zâarour, où nous nous engageons. Nous traversons bientôt le village nommé
Beït-Dou, qui n'est guère à plus de quinze cents mètres d'El- Koubeibeh, et de là nous apercevons sur notre droite Beït- Chourieh. De ces trois localités, je ne trouve aucune trace dans l'antiquité.
Devant nous se dresse la montagne au sommet de laquelle est Naby-Samouïl, et à gauche de la route s'ouvre un ouad au fond duquel est placé le bourg de Djebàa , qui n'est autre chose que la Gabâa ou Gibea, patrie de Saùl. C'était une ville de la tribu de Benjamin, distante de Jérusalem de trente Stades, au dire de Josèphe, qui l'appelle raêaflaaoutoj , et dit qu'auprès d'elle était r'Axovflwv afà<6v, la vallée des épines (Bell.jud.,V9 ii, 1). Or, le nom de l'Ouad-Abou-'z-Zàarour est la traduction du nom hébraïque de la vallée en question. En effet, en arabe Zâarour, j&*j, est le nom de l'épine, du mespilus des botanistes, et l'on doit se rappeler que l'aubépine de nos haies n'est autre chose que le mespilus oxyacantha. Ces coïncidences curieuses prouvent que la Djebaà que nous apercevons est bien réellement la patrie de Saùl, que nous trouvons citée de la manière suivante dans le livre de Samuel (I, xi, 4) : — « Les messagers vinrent à a Djebaâ-Schaoul, et dirent ces paroles aux oreilles du a peuple, et tout le peuple éleva la voix, et pleura, etc. »
Nous nous dirigeons sur Naby-Samouïl, qu'il nous faut escalader à grand' peine, car la pente est très-rapide, et, à en juger par le temps que nous mettons à arriver au pied de l'église , nous reconnaissons qu'entre El-Koubeibeh et le sommet de Naby-Samouïl il y a de cinq à six kilomètres. Cette église, d'apparence assez peu ancienne, est dans un état déplorable , et semble devoir crouler au premier jour. Si la montée a été rude pour arriver jusque-là , la descente ne l'est pas moins ; je passe donc outre, laissant l'abbé Michon visiter à son aise ce pauvre monument. Quelques misérables maisons
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sont disséminées sur le plateau de Naby-Samouïl. Qu'est-ce que cette localité évidemment antique, comme le prouvent les coupures faites de tous côtés dans le roc ? C'est incontestablement la Rama (nom, la haute) qui fut la demeure de Samuel, et où il reçut la sépulture. Son nom actuel, son élévation et son voisinage immédiat de Djebâa en font foi. Nous lisons d'ailleurs dans le livre de Samuel (I, xxv, 1) : — « Sa- « muel mourut. Tout Israël s'assembla, ils en firent le deuil, « et l'ensevelirent dans sa maison à Rama. »
Saint Jérôme nous apprend, dans son discours contre Vigilant ius, que les restes de Samuel furent transportés, par l'ordre de l'empereur Arcadius, de Palestine en Thrace : « Augustus Arcadius qui ossa beati Samuelis longo post tem- « pore de Judaea transtulit in Thraciam, etc., etc. » Il est donc fort probable que l'église actuelle a été bâtie sur l'emplacement du sépulcre de Samuel. Une fois descendu au bas de la montagne de Naby-Samouïl, je trouve le drogman et les caouas du couvent de Terre-Sainte, que le révérendissime a envoyés au-devant de moi pour me souhaiter la bienvenue. Ce n'est pas le moment d'échanger des compliments, car je suis horriblement fatigué; je remercie donc le plus brièvement possible, et je continue mon chemin.
Quand on est arrivé à une demi-lieue de Naby-Samouïl, on aperçoit deux nouveaux villages, Beït-Iksa sur la droite, et sur la gauche Beït-Hanina. Encore deux localités dans lesquelles je ne retrouve aucun nom biblique. L'ouad Hanina n'est autre chose que la partie supérieure de la vallée du Térébinthe dans laquelle nous descendons, et que nous venons traverser après avoir fait encore environ deux kilomètres ; en ce point, nous sommes en vue de Leftah, que nous laissons sur notre droite. Leftah , c'est très-probablement la Nephtoah biblique dont nous trouvons la mention dans le livre de
Josué (xv, 9) : — « La limite (de la tribu de Juda) se dirige « du sommet de la montagne — qui est devant la vallée de « Hinnom, à l'occident, — 8. vers les sources des eaux « de Nephtoah, et s'étend vers les villes de la montagne « d'Ephron, etc., etc. » Ne doit- on pas soupçonner qu'il faut lire ici Ephraïm au lieu d'Ephron (oncx au lieu de însy) ? Je laisse à de plus habiles le soin de le décider. Les montagnes d'Ephraïm commencent bien dans le voisi-
nage de Leftah , et Ephron n'est mentionné comme ville que dans les Chroniques (II, xm, 19); malheureusement ce verset ne nous apprend pas grand'chose sur sa situation , tandis qu'Eusèbe, au mot 'E<ppcov, nous apprend qu' Ephraïm était une très-grosse bourgade, située au nord de Jérusalem, et à huit milles de distance. Tout cela est, je l'avoue, fort embrouillé pour moi.
L'identification de Nephtoah et de Leftah n'en reste pas moins certaine, et un fait de plus, que je n'ai pas eu le temps de vérifier, vient la confirmer. Mon excellent ami M. de Barrère, que ses devoirs multiples de consul n'empochent pas de se livrer avec amour à l'étude des antiquités de Jérusalem et de la Judée, m'a appris l'existence d'un aqueduc antique dont il ne serait pas difficile de retrouver le trajet, et qui, partant de Leftah, viendrait aboutir à Jérusalem. La présence de cet aqueduc nous rend parfaitement compte du soin avec lequel l'écrivain sacré, lorsqu'il a parlé de Nephtoah, a pris la peine de mentionner les belles eaux qui sortaient de ce village (Josué, xv, 9).
Nous arrivons, à force de marcher en mauvais chemin, au fond de la vallée de ïérébinthe, et nous suivons pendant quelques minutes le lit du torrent. Le frère Liévin m'y fait remarquer une ligne d'énormes pierres brutes, qui jadis ont été très -probablement les fondations d'un barrage; puis