‹ Voyage en terre sainteChapitre 16 sur 53 · PORTE SOUS EL-AKSA · texte numérisé non relu

PORTE SOUS EL-AKSA

déjà tant de fois parlé ailleurs, sont des œuvres d'applique, car on voit le jour entre elles et la face même de la muraille. L'appareil de celle-ci, à droite de la porte, est véritablement beau et d'une excellente époque. Les parties ornementées de la porte sont très-certainement postérieures ; mais est-ce a dire pour cela qu'il faille les faire descendre jusqu'à l'époque de Justinien ? C'est une tout autre affaire, et plus que jamais je me refuse à le croire, de la manière la plus formelle. J'ai vu dans ma vie beaucoup trop de monuments de l'art byzantin, tel qu'il était constitué à l'époque de Justinien, pour accorder jamais que le vénérable débris que j'ai sous les yeux puisse être attribué à cette époque. Quelques voyageurs ont avancé que la pierre sur laquelle est gravée l'inscription en l'honneur d'Antonin avait été régulièrement entaillée pour livrer passage à l'extrémité de la corniche supérieure. J'afûrme de la manière la plus nette qu'ils se sont fait illusion sur ce point de discussion. D'ailleurs, une bonne photographie vaut mieux que toutes les affirmations, et cette photographie, je l'ai rapportée. Voilà donc un argument qu'il sera désormais prudent de laisser de côté. Cette inscription, hâtonsnous de le dire, se relie à un morceau de maçonnerie dont l'appareil n'a rien de commun avec le bel appareil inférieur, et il en résulte forcément que celui-ci est beaucoup plus ancien. Ajoutons que, s'il eût été vrai qu'elle avait été entamée pour fournir un encastrement à la corniche , ce fait , inexact, je le répète, ne prouverait absolument rien; car de quel droit oserait-on soutenir que cet encastrement a été fait dans l'inscription mise en place avant la pose de la corniche, plutôt que pour l'ajuster à une corniche préexistante ? Encore une fois, ce prétendu encastrement n'existe pas et n'a jamais existé. Ce n'est pas moi seul qui le dis ; j'ai la photographie pour moi, et le soleil a l'habitude de ne dessiner que ce qui est. i. u

Cette première visite à la porte d'El-Aksa me cause le plus vif plaisir. J'avais peur de m 'être trompé; maintenant j'ai la certitude que ce n'est pas à moi qu'une erreur est imputable.

A partir du flanc de la porte sous El-Aksa, jusqu'à l'angle sud-est du Haram , la dernière assise visible au-dessus du sol est tout entière composée de ces magnifiques blocs que j'ai appelés salomoniens , et auxquels je me garderai bien d'enlever cette dénomination. L'important serait de pratiquer une large fouille au pied de cette muraille du sud, afin de mettre au jour l'assise même placée sur le me; car celle-là, j'imagine, on ne prétendra pas qu'elle a été arrachée par partie de plaisir et sans nécessité aucune par Héroile, afin de lui en substituer une autre. D'ailleurs, admettant un instant cette hypothèse , que nous repoussons de toutes nos forces , nous nous donnerons quelque jour la satisfaction de nous rendre compte de ce qu'aurait pris de temps et de |>eine ce travail absolument inutile. J'ai remarqué, tout contre la perle d'El- Aksa, une petite citerne taillée dans le roc. Ceci m'encourage, et je commence à espérer qu'il ne faudra pas creuser bien profondément pour arriver au roc qui supporte la muraille. Voilà donc qui est bien décidé. Coule que coûte, je ferai une fouille au sud du Haram-ech-Chérif. et au pied même de la muraille d'enceinte.

Nous passons devant la triple porte murée, et je revois ■ avec bonheur la moulure qui forme la partie inférieure ( pied-droit de la baie de gauche, moulure que j'ai eu la bonne chance de reconnaître et de décrire le premier. C'est eiicoi là, quoi qu'on dise, un vénérable débris des temps saloni niens resté à sa place primitive. Je suis tout agréablei surpris d'en trouver la base dégagée des terres qui la i vraient lors de mon premier voyage, et celte base porte s

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reliant des assises a arêtes verticales; mathématiquement, il ne peut donner rien de plus que le fruit ordinaire des murailles de soutènement moderne; mais ici, à l'angle sud-est, il y a autre chose encore ; cet angle est un massif compacte et d'une solidité à toute épreuve, ce qui fait qu'il a résisté à l'action du temps aussi bien qu'à la rage dévastatrice des hommes. Nous verrons ce* que nous révélera l'étude intérieure de cet angle, et si en le construisant, quel qu'en soit le constructeur, celui-ci a pu et du se préoccuper de la poussée des terres.

J'avais , il y a treize ans, signalé le premier l'existence, sur la face orientale du Haram et dans le voisinage de l'angle sud-est, d'une sorte de balcon en encorbellement, élevé de plusieurs mètres au-dessus du sol; les remblais de décombres accumulés en ce point depuis mon passage ont tellement rehaussé le terrain, qu'aujourd'hui ce prétendu balcon est à hauteur de la main et présente une douelle de voûte circulaire tout à fait analogue à celle du pont de Xystus. Je commence donc à croire que, là aussi, il y a eu une vraie porte et un pont. Etait-ce par là que le bouc émissaire était lancé vers le désert , ainsi que le racontent les talmudistes? C'est bien possible; l'étude de l'intérieur nous apprendra ce qu'il en faut croire.

Nous voici devant la porte Doive. Ses archivoltes, qui forment une demi-circonférence, me semblent plus romaines que jamais; non, cela n'est pas du travail byzantin; les pieds-droits, que je croyais du même temps que les archivoltes . sont certainement postérieurs , et d'un travail médiocre. L'appareil, surtout pour celui de droite, est pitoyable.

Il parait que la mort ne chôme pas à Jérusalem, car le cimetière musulman établi au bas du llaram, et devant la porte Dorée . s'est terriblement peuplé depuis treize ans !

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