ENCEINTE DU HARAM
À quelques mètres au nord de la porte monumentale, se montre, à partir d'une sorte de solution de continuité, un appareil gigantesque mais grossier, et tout à fait analogue à celui de la muraille d'Ophel. Tout le long de ce pan de muraille, les assises inférieures forment une sorte de tablette en saillie évidée en canal. Celui-ci était certainement destiné à faciliter l'écoulement d'une eau qui sortait du H ara m. Il règne, sans interruption, jusqu'à la saillie que forme, sur la face orientale, une magnilique construction salomonienne, dont les blocs sont appareillés, taillés, parés et jointoyés avec autant de précision et de soin que les plus beaux blocs de l'angle sud -est, et qui fait un retour à angle droit, surmonté d'un pan de construction romaine, vers la piscine Bethesda, ou piscine probatique. Toute cette portion de la construction primitive semble avoir fait partie d'une immense tour carrée. Ne serait-ce pas la tour Hananéel ou la tour Méah? Cela vaudra bien la peine que l'on cherche à le découvrir.
Nous sommes rentrés dans Jérusalem par la porte Saint- Étienne ou Bab-Setty-Maryam. On le voit, les portes actuelles ont toutes plusieurs noms, et il en fut très-probablement de même dans l'antiquité. Car, sans cela, où retrouver cette multiplicité de portes dont nous parlent l'Ecriture sainte et l'historien Josèphe? Ce serait chose impossible. Nous nous empressons d'entrer à Sainte -Anne, cette précieuse conquête de la France, et nous y trouvons 31. Mauss, qui nous fait les honneurs de l'église qu'il répare avec tant d'intelligence. Tout le pourtour en est aujourd'hui déblayé, et les fouilles ont mis au jour une foule de citernes de toutes les époques. Derrière l'église, c'est-à-dire au nord, on a entamé un énorme terre-plein de remblais, et la tranchée ainsi pratiquée a mis à nu un monument des plus curieux dont
naturellement on ne soupçonnait pas l'existence. C'est une construction judaïque, à en juger par les blocs à encadrement qui la constituent. Elle est surmontée par un amas inextricable de décombres dans lesquels se retrouvent des blocs de même nature. Ce qui est extrêmement intéressant à noter, c'est qu'entre les assises en place et les décombres confus dont il vient d'être question, se trouve une couche assez épaisse de pièces de bois carbonisées. Là, évidemment, s'est passé un fait analogue à celui que nous raconte Josèphe, k propos des. mines que les défenseurs de la tour Antonia ménagèrent sous les aggeres romains, en creusant des galeries étançonnées de pièces de bois auxquelles le feu fut mis à un moment donné, ce qui entraîna la ruine immédiate et l'écroulement de ces aggeres. Les Romains, d'abord victimes de ce stratagème, n'auront eu garde de négliger un moyen qui avait si bien réussi contre eux, et ils l'auront employé contre les ouvrages militaires qu'ils voulaient renverser. Telle est , je crois , la seule manière d'expliquer la destruction . par la mine, de l'édifice judaïque que nous avons sous les yeux.
Nous avons vu qu'à droite ou au sud de la porte à
laquelle a succédé la porte actuelle de Saint-Etienne, se trouvait placée une tour énorme que j'espère pouvoir identifier avec la tour Hananéel. Il y aurait donc eu, au nord de cette j)orte , une seconde tour qui en aurait complété le flanquement. Peut-être celle-ci ne fut-elle autre que la tour Méah de l'Ecriture. Ce sera, je le répète, une question à élucider, lorsque je m'occuperai en détail de la topographie de la Jérusalem antique.
Après avoir visité Sainte-Anne et ce qui l'entoure, nous avons repris, par la voie Douloureuse, la route de l'hôtel Hauser. Chemin faisant, j'ai revu la construction antique