TOMBEAU D'ALEXANDRE
qui fait face à une des entrées du Haram-ech-Chérif, et qui est surmontée d'une tour carrée, d'apparence fort ancienne, quoique bien moins vieille que la base, formée de gros blocs très-rongés par le temps. Cette base, qui est assez large parallèlement à la rue, a été percée par les Arabes de deux portes ogivales aujourd'hui murées, et d'une fenêtre fermée par une grille. Cette fenêtre ouvre sur un petit cimetière musulman. La tour est couronnée, à son sommet, par une rangée de modillons, ou mieux, de corbeaux fort espacés. Plus on vit dans ce pays, plus on se convainc de ce fait que rien n'y change. Si donc il y a ici un cimetière, il y a gros à parier que ce cimetière a pris la place d'une sépulture antique, dont la base judaïque qui nous occupe a fait probablement partie/ Or, nous trouvons k point nommé dans Josèphe la mention d'un monument funéraire qui devait se trouver par là : c'est le tombeau d'Alexandre Jannéas, l'un des princes asmonéens. Sauf meilleur avis, ce tombeau c'est le monument dont la base existe encore de nos jours. Voici le passage de Josèphe qui me porte à le croire (Bell. jud.> V, vu, 3) : « Titus transporta son camp à l'intérieur de la « muraille, au point qui s'appelle le camp des Assyriens, « en occupant tout l'espace compris entre ce point et le « Cédron... (Il s'agit incontestablement ici de l'intérieur de « Bezetha.) Mais les Juifs, divisés en deux corps, repoussèrent « vaillamment les attaques des Romains; Jean, avec les siens, « combattait du haut d'Antonia et du portique septentrio- « nal du Temple, et devant le monument du roi Alexandre. »
(...Oî piv 7?epl tov 'Iwovvyjv arco Te r7tç 'AvTom'aç xal tt,; rpooapxTiou oroàç tou Upou, xal irpo tûv 'A^e^av^pou tou ^aiiXecoç |ivr,[uut»v (xayopvot, x. t. >>.) Évidemment, puisque Titus était établi dans Bezetha, le monument dont il est question dans ce passage devait se trouver entre lui et le portique nord,
Ht VOYAGE EN TERRE SAINTE.
occupé par les soldats de Jean. La préposition i?po, suivie du génitif, ne laisse pas de doute sur le sens à adopter, et l'expression dont s'est servi Josèphe signifie bien devant le monument d'Alexandre. C'est là un point de topographie l qui me semble acquis aujourd'hui.
Un peu plus loin, je Retrouve l'arc dit de YEcce-Homo; les travaux exécutés pour la construction de la maison des dames de Sion ont dégagé une partie très-considérable de ce curieux édifice. C'est bien une porte monumentale à triple baie, l'une grande par-dessus la me, et deux plus petites latérales, avec niche interposée. Tout bien considéré, la construction de cette porte est certainement romaine, mais elle est, à mon avis, bien postérieure à l'époque de la passion de Notre- Seigneur. Je ne puis donc plus y voir un arc du haut duquel le Christ aurait été présenté, par Pilate, à la populace juive , qu'exaspérait son aveugle haine. Ce qui m'intéresse non moins vivement, c'est la vue de la contrescarpe du fossé taillé dans le roc vif et qui séparait de Bezetha le massif supportant la tour Antonia. Ce sont encore les fouilles des dames de Sion qui ont mis au jour ce pan de contrescarpe. De plus, au point où finit la paroi de roche, se montrent plusieurs blocs d'appareils judaïques restés en place, et reliés, tant bien que mal, avec la maçonnerie moderne dans laquelle ils ont été conservés, par ce principe tout simple et de tous les temps, qu'on se donne bien garde d'arracher les lambeaux de construction antérieure que l'on peut utiliser avec avantage dans la bâtisse qu'on exécute.
On le voit, notre première promenade autour de Jérusalem n'avait pas été infructueuse. Le jour commençait à tomber ; il fallait donc rentrer à l'hôtel pour nous préparer à nous rendre au consulat. Nous y passâmes une charmante