‹ Voyage en terre sainteChapitre 22 sur 53 · HARAM-ECH-CHÉRIF · texte numérisé non relu

HARAM-ECH-CHÉRIF

l'immense quantité de petites pyramides, formées de pierres, que les visiteurs musulmans empilent en témoignage. de leur visite à ce sanctuaire, et qui jonchent le terrain. Quand on approche de la muraille de l'enceinte extérieure, soit au sud, soit à Test, on voit les blocs énormes de l'appareil salomonien étages les uns sur les autres, mais cette fois sans présenter de taille apparente. En d'autres termes, à l'intérieur, ces blocs n'ont pas été parementés le moins du monde, et il est de toute évidence qu'ils ont été laissés ainsi parce qu'on jugeait parfaitement inutile de se donner un surcroît de travail pour tailler une face destinée à être à tout jamais enfouie dans des terres à soutenir. Josèphe , effectivement , nous dit, en parlant de la construction de Salomon, que des terres étaient accumulées en arrière de la grande muraille d'enceinte formée de blocs que reliaient entre eux des liens de fer. Ces liens de fer, ils existent encore, mais arrivés à un état d'oxydation complet. Nous en avons pu arracher un fragment de 25 millimètres d'épaisseur, et qui ressemble absolument à un morceau d'hématite, tant il est bien oxydé jusqu'au cœur. Ce fragment , je le conserve précieusement , ainsi qu'on peut le deviner.

Nous avons profité de cette première visite pour tâcher de nous rendre compte sommairement du plan intérieur de la triple porte du sud et de la prétendue fenêtre à balcon qui ouvrait sur la vallée de Josaphat, près de l'angle sud-est. L'angle lui-même est un massif, bien homogène, bien compacte, et d'une solidité à toute épreuve; rien ne sera plus facile que de cuber ce massif, et le chiffre incroyable de mètres cubes de pierres entassées les unes sur les autres, et reliées entre elles d'une manière indissoluble , nous rendra compte immédiatement de la raison pour laquelle rien n'a pu déranger une masse semblable , masse qui , après avoir subsisté debout

pendant des dizaines de siècles, restera pendant des milliers d'années encore dans le même état. Dans ce massif est pratiquée une petite chambre appelée le Berceau de Jésus, et que nous sommes allés visiter un peu plus tard. Comme elle sera levée et étudiée avec soin, inutile d'en parler ici. Revenons aux souterrains.

Le plan de la triple porte est tout entier conçu d'après les mêmes principes qui ont fait adopter ceux de la porte sous El-Aksa, et de la porte Dorée. Qui a dessiné l'un a dessiné les autres. Il y a une unité telle dans la conception de ces plans, qu'il devient difficile, pour ne pas dire impossible, de les attribuer à des architectes différents.

A la triple porte, comme au prétendu balcon, se trouvent d'énormes colonnes engagées , qui ont supporté les retombées des voûtes. Quelques-uns de leurs tronçons se voient encore à leur place; d'autres, comme au balcon, qui à vrai dire est une porte comme les autres, gisent renversés sur le sol. On a conclu, de la présence de ces colonnes engagées, qu'il fallait n'attribuer à ces constructions qu'une antiquité fort médiocre , en alléguant que l'emploi des colonnes engagées était d'invention toute moderne. C'est là une étrange erreur. Au temple de Minerve Poliade, au Parthénon, il y a des colonnes engagées, et ces monuments-là, il faut bien se décider à accepter leur antériorité à l'âçe d'IIérode. Mais il v a mieux : les ruines du palais de Ouarka, en Chaldéc, présentent de nombreuses colonnes engagées; on en voit d'autres, en Egypte, du temps des Ramessides. La raison alléguée n'a donc aucune valeur.

Le monument d'Aaraq-el-Emyr, si heureusement retrouvé par MM. de Vogué et Waddington , d'après les indications d'irby et de Mangles, qui l'avaient visité bien des années avant eux (en 1818), présente exactement les mornes colonnes engagées que nous trouvons dans les substructions du Haram-

Page 1