‹ Voyage en terre sainteChapitre 23 sur 53 · HARAM-ECH-CHÉRIF · texte numérisé non relu

HARAM-ECH-CHÉRIF

ech-Chérif. Voilà donc ce système de soutien employé à tout le moins cent soixante-seize ans avant le règne d' Hérode, si nous acceptons l'hypothèse que ce monument d'Aaraq-el- Emyr est l'œuvre de Hyrcan, ainsi que le prétend Josèphe. Lequel des deux, en ce cas, a copié? Est-ce Hyrcan le fugitif qui a copié ce qu'il avait vu à Jérusalem ? Est-ce Hérode qui a copié Hyrcan ? Je me dispense de répondre à cette double question, qu'il suffit de poser pour qu'elle soit résolue. Donc, cent soixante-seize ans avant Hérode, les colonnes engagées, telles que nous les retrouvons dans les substructions du Haram-ech-Chérif, étaient employées dans le pays. Hàtons-nous, au reste, de couper court à cette discussion. Le prétendu monument de Hyrcan a été construit par lui, comme la colonne de la place Vendôme ! Cela , je me charge de le démontrer plus loin, quand je décrirai Aaraq-el-Emyr et ses divers monuments, qui appartiennent à une antiquité bien autrement reculée que le passage de Hyrcan et, à plus forte raison, que le règne d' Hérode.

En résumé, nous avons terriblement de besogne devant les mains , et l'étude approfondie des substructions du Haram jettera, nous n'en pouvons douter, une vive lumière sur la question, tant débattue, de l'âge des constructions que j'appelle, avec plus de conviction que jamais, salomoniennes.

Après avoir admiré les Ecuries de Salomon , nous passons au Berceau de Jésus, puis à une vaste piscine creusée dans le roc , et qui se trouve en avant de la mosquée d'El-Aksa. La descente y est assez incommode pour que je renonce forcément à tenter un tour de gymnastique dont je prévois que je ne me tirerais pas à mon honneur ; je laisse donc pénétrer tous mes amis dans cette piscine, fort intéressante sans doute, mais que je me vois forcé de ne connaître que d'après leurs rapports. Elle est très-considérable, et le plafond en est sou-

tenu par des piliers informes , réservés dans la masse du roc. Enfin nous gagnons la porte Dorée. Encore un monument sur Tâge duquel on prétend que je me suis lourdement trompé, et que j'aborde par conséquent avec une certaine appréhension. C'est vrai, je le reconnais, je me suis trompé en attribuant toute la porte Dorée à Hérode; celle-ci est vraiment bien plus ancienne ! Mais les archivoltes en plein-cintre que l'on voit de l'extérieur du Haram, aussi bien que les archivoltes surbaissées qui ornent la façade du monument, quand on y pénètre par le Haram, ne sont, comme je le soupçonnais, que des appliques bien postérieures au corps de l'édifice lui-même. La photographie prouvera irréfragablement la réalité de ces travaux d'applique. Quant à attribuer ceux-ci à Justinien , à d'autres ! Si Ton tient absolument à les croire postérieurs à Hérode, je consentirai peutêtre à les faire descendre jusqu'à la reconstruction , par Hadrien, d'iElia Capitolina. Mais à Justinien, allons donc! A quoi bon décorer de la sorte une porte qui conduisait au dépôt des immondices de la cité nouvelle ? Et qui oserait prétendre que l'enceinte du Haram fût autre chose à cette époque? Les témoignages nous manquent -ils à ce sujet? Qu'on se rappelle la haine des chrétiens, maîtres absolus de Jérusalem, pour tout ce qui rappelait le passé des Juifs, et on s'expliquera facilement la nécessité où se trouva le khalife Omar d'enlever, avec l'aide des officiers qui l'avaient accompagné, les affreuses saletés qui encombraient la Sakhrah, lorsqu'il voulut prier et se prosterner sur cette roche sainte. Laissons donc de côté les travaux imaginaires de Justinien, travaux qui ont été exécutés par son ordre comme par celui de l'empereur de la Chine. Laissons surtout de côté les arguments tirés de la prétendue dégradation des lignes d'oves employées dans l'ornementation; cette dégradation

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