‹ Voyage en terre sainteChapitre 24 sur 53 · PORTE DORÉE · texte numérisé non relu

PORTE DORÉE

n'existe pas; la photographie le prouve, et le dessinateur qui a cru la constater s'est fait illusion , comme en beaucoup d'autres points.

L'intérieur de la porte Dorée est une splendide chose. Ce qui saute aux yeux tout d'abord , c'est l'incohérence des deux grosses colonnes qui ont été substituées à des colonnes plus anciennes, que leur état de dégradation aura forcé de remplacer. Les traces de l'action du feu ne manquent pas ici , et l'on comprend que des colonnes de calcaire aient pu souffrir assez pour devenir des supports insuffisants. L'un des montants de la porte de gauche est formé d'une seule pierre, et celle-là, certes, ce n'est ni Justinien, ni Hérode qui l'a mise en place. Les linteaux des portes sont admirablement conservés, et comportent encore les crapaudines de bronze dans lesquelles tournaient les gonds des portes proprement dites. Toutes les moulures intérieures sont surchargées d'une ornementation semblable à celle des archivoltes extérieures, et que je crois fermement n'avoir été appliquée qu'après coup. Des pilastres, adossés aux murs de côté, sont ornés d'encadrements d'un charmant effet. Leurs chapiteaux, du même style d'ailleurs que la décoration générale, présentent une singularité que je n'ai jamais vue que là : ce sont des cordes formant un nœud sur la surface feuillue du chapiteau lui-même. Quant aux chapiteaux des deux grosses colonnes dont, je le répète, les fûts actuels ont été rajustés à je ne sais quelle époque postérieure, ils sont du galbe le plus original, et n'appartiennent pas plus que le reste à l'art byzantin du temps de Justinien. On y voit, a-t-on dit, des croix dont la présence me donnerait complètement tort ; mais ici , il y a une toute petite difficulté que je dois signaler : ces croix n'existent et n'ont jamais existé que dans l'imagination du dessinateur qui, de leur présence, pensait avoir tiré un argument irrésistible.

Pour m'en assurer, j'ai fait construire un échafaudage et mouler les quatre faces du chapiteau; bien habile qui, sur ces moulages, trouverait trace des croix qu'on y a supposées avec un peu trop d'empressement.

On m'a objecté encore que jamais cette porte n'avait pu être contemporaine du portique oriental , à cause de sa position, de beaucoup inférieure au sol probable de ce portique. Et pourquoi donc? Les autres entrées du temple n'étaientelles pas toutes, comme celle-ci, à un niveau inférieur à celui du terre- plein? Le portique a péri dans le siège de Titus; qui donc peut dire que jamais cette porte, toute souterraine qu'elle a dû être, n'a pu se relier aux parties adjacentes du portique ? Déclarons que nous ignorons aujourd'hui comment tout cela se reliait, soit; mais ne disons pas : Tout cela n'a pu se relier en aucune façon ; c'est là une affirmation beaucoup trop radicale, et dont je ne reconnais pas la valeur le moins du monde. Ah ! qu'une fouille, devant et sur les côtés de ce monument, serait instructive, et que de faits importants elle nous révélerait !

Notre première visite au Haram-ech-Chérif était achevée. Nous avions été accompagnés, pendant toute sa durée, par le cheikh et son fils, qui sont bien les deux plus avides mangeurs de bakhchich que j'aie jamais vus. Tant mieux! Avec cette bonne disposition-là, je ferai dans le Haram tout ce que je voudrai faire. Le papa, à qui j'ai dit que je serais charmé de le voir venir chez moi, pour nous entendre à ce sujet, m'a bien promis de n'y pas manquer. Il a une envie furieuse d'une armoire destinée à renfermer des Corans et autres livres liturgiques dans la Coubbet-es-Sakhrah. Depuis longtemps il bombarde Barrère et Mauss de sollicitations tendant à obtenir de leur générosité cette bienheureuse armoire, qu'on ne cesse jamais de lui promettre. J'ai fait comme ces Messieurs;

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