‹ Voyage en terre sainteChapitre 26 sur 53 · CAVERNES ROYALES · texte numérisé non relu

CAVERNES ROYALES

de blocs qu'on a enlevés à la masse de la montagne. Ces souterrains, dont le plan est tout k fait irrégulier, ont un développement très-considérable, quelques centaines de mètres assurément. Plusieurs hommes munis de torches nous précèdent, afin de nous éviter des accidents qui pourraient devenir fort graves, grâce à la profondeur de certaines parties de ces cavernes. Rien de saisissant comme reflet de ces lumières mobiles sur les grandes masses au milieu desquelles on chemine; mais aussi rien de fatigant comme la chaleur que Ton endure dans cet enfer; on peut y entrer glacé, et être certain qu'on en sortira couvert de sueur. Les traces de l'antique exploitation se montrent partout où on les cherche. Ce sont des coupures larges de douze à quinze centimètres, pratiquées à l'aide d'un instrument tranchant, et dont le fond présente une courbure circulaire due à la direction donnée à l'outil par le mouvement des bras de l'ouvrier placé devant la pierre qu'il entamait ainsi. Une fois le bloc a extraire limité par des coupures de ce genre, des coins de bois engagés dans le plafond , "et qu'on mouillait , détachaient , par leur dilatation, la masse destinée à la taille définitive, qui s'effectuait dans la carrière même, ainsi que nous l'apprend

l'Ecriture sainte. Ce même mode d'opération était employé dans les autres carrières de l'antique Jérusalem, et on en retrouve , par exemple , des traces évidentes placées à droite du chemin de Beït-Lehm, dans le voisinage immédiat de l'hôpital juif construit par sir Mosès Montefiore, un peu au delà de Birket-es-Soulthan.

Lorsqu'on considère la position des cavernes royales, telles qu'elles sont aujourd'hui conservées sous Bezetha, et celle de la grotte de Jérémie, placée précisément en face et de l'autre côté du chemin qui contourne la partie nord de la ville, en longeant les fortifications , il n'est guère possible de

conserver des doutes sur la réunion primitive de ces deux groupes d'excavations. En d'autres termes, les souterrains sous Bezetha et la grotte de Jérémie ne faisaient certainement qu'un, lorsque ces immenses carrières furent exploitées par les tailleurs de pierre du roi Salomon. Le nouveau tracé adopté pour l'enceinte hérodienne de Jérusalem aura nécessité l'énorme coupure qui les sépare aujourd'hui, et cette circonstance rend compte, de la manière la plus satisfaisante, de la phrase où Josèphe décrit la direction de cette branche de la troisième muraille.

Voici les termes dont il se sert :

*E7ceiTa xaôrixov avrtxpi) tcov 'EXevyk [xv7i[/.etG>v... xal &ià ctt/;- Xatwv paaiXixwv [/.Y]5cuvot/.evov exàjjLTTTgTO [/.èv ywviatcj) xupyo) xarà to Kvaçecùç 7rpo<jayopeuou.evov (/.vrp.a.

Ces mots, £tà ennîXauov paciXwtwv, signifient à la lettre: « à travers les cavernes royales , » et cette expression demeure d'une justesse absolue. Donc, plus de doute aujourd'hui pour moi : les cavernes royales de Josèphe sont en partie sous Bezetha (ce sont les souterrains que nous venons de visiter) , en partie dans la grotte de Jérémie. 11 n'y a pas de rectification d'erreur qui ne soit pour moi d'une extrême importance, lorsqu'il s'agit de la topographie de la Jérusalem antique, et surtout quand j'ai commis cette erreur. Je suis donc ravi de cette nouvelle exploration.

Avant de rentrer en ville, nous avions un dernier point à visiter : c'est celui où M. de Barrère, avec toute apparence de raison, place définitivement le tombeau d'Hélène, reine d'Adiabène, tombeau qu'on a mis un peu partout, pour les besoins de la thèse qu'on entendait soutenir, et qui, en définitive, ne peut être qu'en un seul point, c'est-à-dire en celui qui satisfait le mieux aux diverses conditions topographiques consignées dans la narration de Josèphe. Ce point.

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