BORDJ-SOUR
tante. Il est donc à propos de chercher maintenant quelle fut
cette localité.
Une ville de la tribu de Juda, nommée Beït-Sour, est citée, dans le livre de Josué (xv, 58), avec Halhoul et Djedour. Halhoul est tout près de l'Ayn-ed-Diroueh ; donc Beït- Sour ne doit pas être loin. Si maintenant nous rapprochons le nom de Beït-Sour du nom moderne Bordj-Sour, nous avons une présomption qui nous amène à chercher si l'identification de ces deux localités est admissible. Eusèbe, dans son Onomasticon, dit que Beït-Sour est situé au vingtième mille à partir d'^Elia, sur la route d'IIébron. De Jérusalem à l'Ayn-ed-Diroueh, il y a quatre heures quarante-cinq minutes de marche, ce qui fait, à un kilomètre par dix minutes, dix-neuf milles et demi à peu près. Le renseignement que nous donne Eusèbe est donc satisfaisant. Saint Jérôme, dans l'épitaphe de Paula , dit : « A Bethsur vcnit Escol , quai in « botrum vertitur... Nec post longum spatiuui intravit Sara3 « cellulas, videns incunabula Isaac, et vestigia quercus Abra- « ham... Atque inde consurgens, ascendit Chebron. » (Ed. Martianay, t. IV, p. 675.) Le récit de saint Jérôme est donc positif. Ce qu'il y a de mieux, c'est qu'il commence ainsi :
Après son départ de Beït-Lehm, Paula « cœpit per
« viam veterem pergere, quae ducit Gazam... et tacita secum « volvere quo modo eunuchus yEthiops, gentium populos prac-
« figurans, mutaverit pellem suam Atque inde ad dexte-
« ram transit. A Bethsur, etc., etc. » Il est donc clair que la vieille route de Jérusalem à Gaza passait par Hébron ; que la fontaine où saint Philippe baptisa l'eunuque de la reine Candace était sur cette route ; enfin qu'il faut, pour aller à Bethsur, passer à droite. ïout cela est rigoureusement exact, et il n'y a pas besoin de plus de preuves à l'appui de la théorie qui place la fontaine de saint Philippe à l'Ayn-ed-Diroueh,
et Bethsur au Bordj-Sour, où se trouvent d'ailleurs des restes d'une forteresse antique. Inutile donc d'ajouter que, dans son Liber de Situ et Nominibus locorum hebrœorum , le même saint Jérôme dit (éd. Mart.. t. II, p. 418), comme Eusèbe : « Bethsur in tribu Juda... et est hodie Bethsoron vicus eun- « tibus nobis ab iElia Chebron , in vicesimo lapide , juxta « quem fons ad radicem montis ebulliens ab eadem in qua « gignitur sorbetur humo , et apostolorum acta referunt eunu- « chum Candacis reginae in hoc esse a Philippo baptiza- « tum. » Il est curieux de remarquer, en passant, que l'Ayn-ed-Diroueh donne de l'eau qu'un puits absorbe sur place, et qui ne forme pas de ruisseau.
Dès notre arrivée à la source, nous avons été rejoints par une bande nombreuse de bachi-bozouq, à la tête desquels marchait l'agha druse que j'avais vu le matin chez le moutzellim d'Hébron. Je lui ai fait offrir le café et la pipe, ce qui nous a valu une fantasia de ses cavaliers, fantasia dans laquelle il a lui-même joué le premier rôle avec beaucoup de grâce et de légèreté. Parmi ses tours de force équestres, il en est un véritablement agréable h voir. Saisissant la lance d'un de ses hommes, notre Druse, après l'avoir manœuvrée dans tous les sens, a laissé glisser dans sa main la hampe jusqu'à terre, et autour du point déterminé par l'extrémité de cette hampe, il a parcouru plusieurs cercles au triple galop de son cheval, tandis que la lance décrivait un cône aigu, dont le sommet était son point de contact avec le sol. Pour exécuter cette évolution difficile, il faut évidemment que cheval et cavalier soient doués d'une souplesse extraordinaire. Du reste, le plus drôle de corps de la bande était un nègre, portant attachées à l'arçon de sa selle deux petites timbales de cuivre sur lesquelles il ne cessait de frapper comme un soord.
Une fois notre halte terminée, nous avons repris notre
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route de la veille, jusqu'aux Vasques de Salomon; à partir de là, les baclii - bozouq se sont dirigés sur Jérusalem, et nous, tournant immédiatement à droite, entre le château fort et le premier grand bassin , nous avons pris le chemin de Beït- Lehm. Antoun est également parti pour Jérusalem, afin de tout préparer pour notre excursion au delà du Jourdain. Scharir seul est resté avec nous, parce qu'il faut bien que quelqu'un panse nos chevaux.
Longeant les trois bassins superposés qui constituent l'ensemble vraiment magnifique connu de tout le monde sous le nom de Vasques de Salomon, nous nous sommes engagés par un chemin diabolique , grâce aux rocailles qu'il faut escalader, sur le flanc de la ravissante vallée qui s'appelle la vallée d'Eurtâs. On a prétendu trouver dans ce nom moderne la trace du mot latin hortus; c'est fort bien imaginé, mais cette étymologie ne me sourit pas. Quoi qu'il en soit, cette vallée est remplie de charmants petits jardins potagers, et l'on a conclu de là que les mots hortus conclusus, simple expression poétique que nous trouvons dans le Cantique des Cantiques (iv, 42), désignaient un jardin qui appartenait au roi Salomon, et qui se trouvait à cette même place. C'est, je crois, aller un peu vite en besogne. Du reste, c'est à Eurtâs que Robinson place Étham, que je penche plutôt à voir au site du Qalàaht-el-Bourak.
Nous suivons presque constamment le fameux aqueduc antique qui, partant des Vasques de Salomon, amenait l'eau à Jérusalem. C'est, partout où on l'aperçoit, un vrai canal formé et recouvert de gros blocs, entre lesquels l'eau suit une ligne de tuyaux de terre cuite , indices d'une réparation beaucoup plus moderne que celle qu'effectua Pontius Pilatus. La vue de cet aqueduc cause souvent la plus singulière illusion ; il a l'air de monter, au lieu de suivre un plan incliné
ea avant; et il faut voir le sens dans lequel l'eau y coule rapidement pour se convaincre que Ton a affaire à un véritable trompe-l'œil. Souvent, dans les pays de montagnes, comme dans les Pyrénées, par exemple, j'avais éprouvé déjà cette étrange illusion, mais jamais autant qu'au-dessus d'Eurtâs.
Il y a vingt-cinq minutes de marche entre les Vasques et Eurtâs, qu'on aperçoit sur la droite, au fond de la vallée; et d'Eurtâs à Beït-Lehm il faut encore cheminer pendant un peu moins de quarante minutes, en contournant une série continuelle de ravins, où l'on fait en ce moment la cueillette des olives.
Une fois arrivé tout près de Beït-Lehm, on quitte le niveau de l'aqueduc, et il faut escalader des plans inclinés fort raides pour atteindre la sainte bourgade. Là encore, les rues sont tellement accidentées que l'on ne peut conduire son cheval qu'avec de grandes précautions, si l'on ne veut pas s'exposer à de graves accidents. A la porte du couvent, c'est-à-dire dans le cimetière qui précède celui-ci , nous avons mis pied à terre, et comme je n'avais pas perdu la mémoire du peu de hauteur de la porte d'entrée, j'ai pris mes précautions pour ne pas m'y assommer comme je l'avais maladroitement fait à mon premier voyage.
Après la limonade et le café obligatoires, le frère servant nous a montré nos chambres, où nous nous sommes installés sur-le-champ. L'abbé et moi, nous logeons ensemble. De Behr et Gélis occupent une seconde pièce, et Louis une troisième. Dès que nous avons été un peu débarbouillés et remis de la fatigue de la course, chacun a songé à sa besogne. Gélis, de Behr et moi, nous sommes montés sur la terrasse dont je me rappelais la vue splendicle, et là, la boussole a naturellement fonctionné. Le temps était très-beau, très-clair,
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rien donc n'était plus facile que de prendre , du haut de cet observatoire, une ample série de directions. Pendant que nous étions occupés a reconnaître ainsi tout le pays d'alentour, l'abbé s'était hâté de se rendre à l'église primitive, afin d'estamper les panneaux d'une très-belle porte en bois du xme siècle, avec inscriptions grecque, arménienne et arabe. 11 avait donc appliqué* contre cette porte une échelle, qu'il s'était procurée je ne sais comment, et il commençait à faire usage du papier mouillé et de la brosse, lorsqu'une espèce de sacristain de la communauté grecque est venu pour le jeter à bas de son échelle, en proférant contre son audace des cris de paon. Aussitôt Grecs et Latins d'accourir et de se menacer. La chose prenait une assez mauvaise tournure, lorsque mes deux amis et moi nous sommes arrivés en toute hâte au milieu* de la bagarre, qu'on venait de nous signaler. De part et d'autre, je dois le dire, on ne se ménageait pas les injures, et il était clair qu'à continuer sur ce ton-là on ne tarderait pas à passer aux coups. J'ai tûché de mettre un peu le holà, malgré les incitations de quelques énergumènes, et après un quart d'heure de criailleries, la querelle s'est apaisée. Quelle honte pour des soi-disant chrétiens que ces disputes ridicules qui se renouvellent presque tous les jours ! J'en étais, je l'avoue, profondément dégoûté.
Après avoir ainsi manqué de nous gourmer à propos d'une vieille planche, et pour l'honneur de notre confession, j'ai prié le père gardien, très-aimable homme et très-prévenant, de nous faire visiter les sanctuaires; il a immédiatement accédé à ma demande, et nous avons fait notre première tournée sous sa direction , en compagnie du bon frère Liévin, qui est venu nous rejoindre à Beït-Lehm. Ce n'est pas sans un bien vif et bien doux intérêt que j'ai revu tous les lieux saints, dont j'avais conservé un souvenir assez exact.
Notre soirée s'est passée très -tranquillement. Après un fort bon diner, où nous avons bu d'excellent vin , produit des vignes du couvent, nous avons été prendre possession de nos lits. Demain matin, nous devons aller visiter le Djebel- Foureïdis, c'est-à-dire Herodium, et cette course achevée, nous rentrerons à Jérusalem avant la nuit.
3 novembre.
Au réveil, je me sens mal en point; il serait prudent, sans doute, de me dispenser de la course projetée, et de rentrer directement en ville; il serait plus sage encore de me livrer à un repos absolu à Beït-Lehm même; mais la prudence n'a pas voix au chapitre ; j'ai le plus vif désir de voir à mon aise, et à sa place indubitable, l'appareil hérodien. Je prends donc le parti de ne tenir aucun compte de l'indisposition qui arrêterait un voyageur craintif, et je presse les préparatifs du départ. Je me reposerai demain; demain je m'occuperai de ma santé. Pour aujourd'hui, j'ai mieux à faire.
A sept heures et un quart, nous étions tous à cheval, réunis dans le petit cimetière qui longe la place du couvent. A propos de cette place, j'ai appris une bonne histoire, dont je ne voudrais pas priver mes lecteurs. Comme toutes les places du monde, celle-ci devrait être balayée de temps en temps. Mais les Latins d'un côté et les Grecs de l'autre s'invectivent le balai à la main, prétendant respectivement avoir le droit exclusif de se servir en pareil lieu de cet humble instrument. En sorte que, si les langues font beaucoup de besogne au sujet du nettoyage de la place, il n'y a qu'elles
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qui travaillent. Quand donc se trouvera-t-il une volonté assez forte pour couper court à ces misérables disputes, qui avilissent le christianisme aux yeux des Turcs? Ceux-ci se moquent de nous tous, et ils ont, ma foi, bien raison de le faire, puisqu'on ne sait pas les en empêcher en montrant plus de dignité, plus de vrais sentiments religieux. Oh! qu'en certains cas on ferait bien de démonter les balais oisifs, et d'appliquer à qui de droit une bonne volée à l'aide des manches !
Nous voilà partis; mais si la montée à Beït-Lehm m'a paru difficile hier, en venant d'Eurtâs, la descente aujourd'hui me parait bien autrement diabolique; elle l'est, en effet, et quelque envie que j'aie de ne pas trop me fatiguer, force m'est bientôt de mettre pied à terre pour atteindre au moins le fond de la vallée que nous avons à suivre. Et qu'on ne croie pas que ce soit timidité de ma part ; Mohammed et Botros, deux enragés cavaliers s'il en fut, m'ont donné l'exemple, et je me résigne à le suivre, d'autant plus volontiers que je sais qu'à cette descente mon ami Barrère s'est cassé la jambe pour s'être montré plus entêté que moi.
Quand je suis enfin arrivé à un point oii il devenait possible de faire cheminer ma monture sans crainte d'accident, je me suis remis en selle. Là, j'ai eu une agréable surprise. Maître Ibrahim-Hanna et un autre gaillard de même farine, âgé d'une vingtaine d'années, tous deux armés de piteuses escopettes , nous attendaient au passage ; mais , avec le plus grand respect, ils viennent me saluer et me baiser la main. J'ai l'honneur de faire la connaissance du frère d'Ibrahim, car c'est son frère qui l'accompagne. Partout ailleurs, la figure de cet homme m'eût été désagréable; mais ici, où, je le répète, chacun fait la police pour son compte et se charge de sa propre sûreté , peu . m'importe la présence
d' Ibrahim -Hanna. Ce qu'elle me rapportera de plus clair, c'est la connaissance exacte du nom des localités, que lui, essentiellement homme du pays , doit connaître à merveille ; j'ai donc plus lieu d'être satisfait de sa venue que d'en être fâcheusement surpris.
Nous continuons notre chemin, et après vingt-cinq minutes de marche, la vallée s'est suffisamment ouverte pour que nous puissions apercevoir, assez loin sur notre gauche , Beït-Sahour, le village des pasteurs des traditions chrétiennes, et, à droite, un sommet couvert de grosses pierres nommé Qoroun-el-Hedjar, les Cornes de Pierres. Voilà un nom qui ne nous mettra pas sur la voie pour deviner ce que fut jadis cette ruine informe. De temps à autre, nous suivons, sur le flanc des collines, des rangées de gros blocs évidemment alignés à dessein, Dieu sait quand, et qui me rappellent les allées que j'ai vues en si grand nombre dans la Moabitide. En un certain point même, sur une étendue de trois ou quatre cents mètres, les deux rangées de pierres fichées bornent un espace de quatre mètres de largeur, parsemé de gros pavés déracinés. Faut*-il attribuer à Hérode la construction d'une route de ce genre? C'est possible, mais je crois qu'il est permis de conserver quelques doutes à cet égard. D'ailleurs, ce tronçon de route antique est encore assez loin d'IIerodium. A un peu plus d'un kilomètre au delà, nous apercevons encore, à gauche, une antique bourgade ruinée; elle a nom Kalleit-el-Beït ; j'ignore ce que ce peut être. A droite s'ouvre, à une certaine distance, un ouad déchiré et aux flancs abrupts, au fond duquel existe, à ce que m'apprend Ibrahim -Hanna, une belle source qui s'appelle Ayn-Hamdy. Assez fréquemment, nous rencontrons des citernes défoncées ou des entrées de caveaux funèbres, quand le roc présente des parois verticales. On voit que toute cette
HÉRODIUM. M
région, aujourd'hui si déserte et si abandonnée, à èù jadis une riche population.
Il y avait un peu plus d'une heure que nous avions quitté Beït-Lehm, lorsque nous sommes arrivés au chétif hameau qui s'appelle Beït-Tamar. Celui-là aussi, à en juger par ses grottes sépulcrales , a pris , à coup sûr, la place d'une antique bourgade; mais quelle était-elle? C'est ce qu'il ne m'est pas possible de deviner. JeTrouve bien mentionné, dans Edsèbe et dans saint Jérôme, un Betamar, situé près de Gabaâ, de la tribu de Benjamin ; mais 11 n'y a pas moyen de le rechercher ici, car nous sommes beaucoup trop loin de Gabaâ.
Une fois descendus de Beït-Tamar, qui est sur une colline fort basse, nous avons devant nous, et à quelques centaines de mètres seulement, le cône régulier que couronnent les ruines de la forteresse d'EMfrodium. Cest aujourd'hui, pour les habitants musulmans du pays, le Djebel-Foureïdis, « la montagne du Petit Paradis, » et pour les chrétiens, la montagne des Francs. Une absurde tradition, qui ne mérite pas qu'on s'occupe de la réfuter, prétend qu'après la chute du royaume de Jérusalem, les Latins se réfugièrent là-haut, et y tinrent pendant quarante ans contre les efforts des conquérants musulmans. Cette belle histoire est dénuée de toute vraisemblance; car pour défendre quarante ans une forteresse, il faut des vivres, de l'eau, et surtout des défenseurs. Où aurait-on pris tout cela? N'oublions pas d'ailleurs qu'en Orient le chiffre quarante joue le même rôle que parmi nous le nombre dix-sept, affectionné des menteurs.
Il n'est pas possible de monter à cheval jusqu'au sommet du cône, et il faut se décider à mettre pied à terre à l'endroit où l'escarpement devient tout à fait rectiligne. Entre Beït- Tamar et le pied du cône, la plaine est couverte de ruines, parmi lesquelles on distingue un beau birkeh , dont le centre
est occupé par une petite ruine isolée. Tout cela est construit en pierres de taille d'un appareil assez bon sans doute, mais médiocre quant aux dimensions des blocs employés. Avant d'examiner ces ruines inférieures, nous prenons sagement le parti de grimper au haut du cône, où nous arrivons, non sans fatigue, car la pente du seul sentier qui y mène est extrêmement raide. Une fois au sommet, on trouve une esplanade de quatre à cinq mètres de largeur, qui entoure une construction circulaire, assez semblable, comme effet général , à un amphithéâtre antique entièrement dégradé. Sur le mur d'enceinte étaient placées , à l'est , une tour circulaire entière, et aux trois autres points cardinaux, des demi-tours également circulaires. L'appareil de cette construction est exactement le même que celui de toutes les ruines que nous avons longées en nous rapprochant de la base du cône. 11 n'y a là absolument rien qui ressemble, de près ou de loin, à une construction du temps des croisades. Mettons donc de côté, sans le moindre scrupule, la tradition qui a voulu faire de cet édiûce un château des croisés. Cela ne supporte pas un seul instant d'examen. Les quatre tours ou demitours qui flanquaient ce château sont très-exactement orientées. Celle qui fait face à Test est entière, c'est-à-dire qu'elle a autant de saillie à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'enceinte. Une petite chambre basse y existe encore, et il est fort difficile d'y pénétrer, mais on la voit suffisamment bien du dehors. Elle est voûtée en berceau , et une petite porte carrée s'ouvre dans la paroi de cette chambre, à son angle sudouest. Quant à la chambre elle-même, elle est orientée estouest. Au niveau de l'étroite esplanade circulaire qui couronne le cône, les quatre tours, comme l'enceinte principale elle-même, ne présentent aujourd'hui que des arasements, mais assez bien conservés cependant pour que rien ne soit
HERODIUM. 473
plus facile que de reconnaître la disposition générale de l'édifice. A la tour de Test, le sol nous ayant présenté quelques gros cubes de mosaïque, le frère Liévin a eu l'idée de gratter un peu la terre, et il nous a fait immédiatement retrouver ainsi la mosaïque en place. L'occasion de me procurer un échantillon de mosaïque judaïque, pour ainsi dire rigoureusement datée, était trop belle; aussi l'ai-je saisie avec empressement. Quelques Arabes de la tribu des Tàamera avaient été attirés auprès de nous, un peu par la curiosité, beaucoup par l'envie de nous extorquer un bakhchich ; j'ai dépêché l'un d'eux, à Beït-Tamar, avec ordre d'en rapporter une pioche, nous avons pu déraciner, de cette façon , une large plaque de mosaïque hérodienne, qui ira au Louvre.
Vers la demi-tour septentrionale , il y a quelques pans de mur encore en place. A droite, la maçonnerie extérieure présente des ressauts successifs, assez semblables aux gradins d'un amphithéâtre. A gauche, dans une face de muraille dirigée du sud au nord, s'ouvre un trou étroit, formé par l'arrachement de deux ou trois blocs de parement. L'abbé, le frère Liévin et moi , nous nous mettons en devoir de franchir ce trou, et de pénétrer dans les chambres auxquelles il donne accès. Les deux premiers passent sans trop de difficulté; quant à moi, c'est une autre affaire; j'y passerai une autre fois, quand j'aurai notablement diminué en long et en large. Le fait est que je me suis trouvé, au moment où je m'y attendais le moins, pincé entre les mâchoires d'un étau, et qu'il a fallu me faire tirer de là par mes amis. Sans eux, j'y serais encore.
Une fois sorti de mon trou, j'ai chargé l'abbé et le frère Liévin de bien examiner l'intérieur et de répondre à toutes les questions que j'allais leur adresser. Ils l'ont fait sur-le-champ, et voici les résultats de leur exploration minutieuse. On
pénètre d'abord dans une chambre circulaire , recouverte par une coupole sphérique, construite en petit appareil. Cette chambre a 4m,18 de diamètre. Le sommet de la coupole présente un trou rond de 0m,28 de diamètre, percé dans une pierre circulaire de 0,n,47 de diamètre et servant de clef ou de bouchon à la voûte. Quatre claveaux égaux viennent s'appuyer contre le bouchon ; leurs joints offrent donc exactement les extrémités d'une croix. Au delà, tous les autres segments de la douelle intérieure sont formés de claveaux de petite dimension, je le répète, mais parfaitement appareillés. A l'extrémité ouest du diamètre est-ouest de cette chambre s'ouvre une baie étroite donnant accès dans une petite chambre carrée de lm,82 de côté et voûtée en berceau cintré , dont Taxe court est-ouest. Tout l'appareil de ces chambres intérieures est le même identiquement que celui des portions extérieures; seulement il est en beaucoup meilleur état de conservation , ce qui est tout naturel. Voici maintenant quelques chiffres qu'il est indispensable de donner pour rendre compte de la nature essentielle de cet appareil , que je me crois le droit d'appeler hérodien. J'ai mesuré un nombre considérable des blocs employés. Tous ont invariablement la même hauteur, qui est de 0,n,58. Quant aux dimensions horizontales, elles sont extrêmement variables. Le bloc le plus long (panneresse) que j'aie vu a l,n,58 de longueur; d'autres ont l,u,20, l'\10; d'autres enfin (boutisses) ont 0m,52, et le plus petit que j'aie rencontré n'a que 0,n,36 de largeur. On remarquera la hauteur constante des assises: elle est de 0,n,58, et, la coudée hébraïque étant de 0,n,525, il n'est guère possible qu'il n'y ait pas eu un rapprochement intentionnel entre ces deux chiffres. En d'autres termes, les assises de l'appareil hérodien ont une hauteur qui dépasse de 0m,055 la coudée hébraïque.
A première vue, en arrivant à Herodium, j'ai été frappé
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de la similitude de l'appareil que j'avais sous les yeux avec celui que j'avais rencontre à Massada : si mes souvenirs <onl fidèles. les assises avaient une hauteur un peu plus considérable, quoique voisine de celle des assises d'Herodium. On le voit . entre cet appareil et celui des partie antiques du Hanuuch-Chérif . il v a tout un abîme.
Maintenant . quelques détails encore : je comprends bien qu'ils ne doivent guère amuser le lecteur qui ne s' intéresse que médiocrement aux recherches d'archéologie pure ; mais comme ce n'est pas pour lui seul que j'écris, il importe aussi que je ne néglige rien de ce que les antiquaires de profession ont le droit d'attendre de moi.
Lorsqu'on atteint le sommet du cône par l'unique sentier qui y conduit, on arrive un peu à gauche île la demi-tour septentrionale, et. à la crête même du sentier, on trouve en place et à (leur du sol une rangée de six grosses pierres . dont les deux extrêmes sont plus considérables et font saillie extérieure sur la ligne des quatre pierres intermédiaires; cela me parait être une marche d'escalier. Tout à l'heure on verra l'utilité de cette remarque.
J'ai déjà dit que l'intérieur de cette construction ressemble actuellement à un amphithéâtre circulaire ruiné. La grosse tour de Test seule fait saillie à l'intérieur, qui est jonché de blocs croulants. En faisant face à Test, il semble que Ton reconnaisse une sorte de rampe contournée descendant de la demi-tour de l'ouest vers le fond de l'entonnoir, et aboutissant à un tertre oblong plus couvert de blocs que le reste. Ce tertre est placé à droite de l'axe ouest-est, et un peu en deçà de l'axe nord-sud. Au fond est un plateau circulaire assez régulier, duquel se détache vers le nord une sorte de petite chambre arasée, ou de cage d'escalier, de 2m,50 de côté. Il est évident que des fouilles suivies pourraient seules nous
apprendre ce que fut jadis ce singulier édifice, dont voici d'ailleurs quelques dimensions principales. La tour de l'est a 17 mètres de diamètre. Les trois demi-tours n'en ont que 14. En mesurant le développement de Tare de cercle extérieur de l'arasement reliant l'aisselle de la tour de l'est et de la demitour du nord, on trouve 41 mètres. Il y a donc, à cause de-la différence des diamètres des demi-tours et de la tour entière, 42m,50 entre les demi-tours adjacentes , toujours comptés sur l'arasement extérieur de l'enceinte proprement dite.
Dans tout cela, malheureusement, il n'y a pas une seule moulure, et si, comme la chose ne parait guère douteuse, ce palais a été somptueusement ornementé jadis , tout a disparu , soit que les ornements aient été enlevés comme matériaux, soit qu'il en reste sous terre. Il est d'ailleurs tout simple que les corniches, qui sont tombées les premières, aient été les premières utilisées par ceux qui ont eu intérêt à voir dans cette ruine une carrière économique; quant aux bases, elles sont trop profondément enterrées sous les décombres pour qu'on puisse, autrement qu'à l'aide de fouilles intelligentes, les étudier aujourd'hui.
Pendant que nous étions occupés de l'étude des ruines situées au sommet du cône d'Herodium, est arrivé le cheikh Ismaïl-ebn-Hamdan, qui était un peu sur son terrain; il venait, disait-il, me rendre ses devoirs, mais la vérité c'est qu'il voulait s'assurer que je ne déterrais pas des trésors. Il n'est d'ailleurs le chef que d'une fraction des Tâamera ; nous en avons eu la preuve une heure plus tard. Après avoir jeté un dernier coup d'œil sur le curieux panorama que Ton domine d'en haut, avoir acquis la certitude que de là on voit trèsbien la mer Morte , et que du côté du sud et de l'est on n'aperçoit que des sommets nus et déserts , nous sommes redescendus par le même sentier que nous avions suivi en montant.
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Toute la surface extérieure du cône a véritablement l'air d'être formée de terres rapportées, au milieu desquelles on rencontre par-ci par-là, vers le sommet principalement, quelques blocs qui doivent avoir roulé d'en haut, à moins qu'ils n'aient appartenu à une construction quelconque , telle qu'un escalier qui aurait été établi sur la pente, afin de rendre l'ascension, sinon sans fatigue, du moins plus facile. Une fois en bas, nous nous sommes remis en selle , et nous avons repris le chemin de Beït-Lehm.
D'en haut j'avais aperçu quelques excavations funéraires taillées dans un banc de roches noirâtres qui se trouve à 200 mètres environ à l'est du cône. J'en ai réservé l'exploration pour une autre occasion; ces tombes, d'ailleurs, sont manifestement violées, et leur étude ne nous apprendrait probablement pas grand'chose ; je dois avouer cependant qu'aujourd'hui je regrette de ne les avoir pas visitées.
Nous avons revu en passant les ruines considérables qui couvrent la petite plaine située entre le cône et le village de Beït-Tamar, et nous avons unanimement reconnu l'identité d'appareil de ces ruines et de celles que nous venions d'étudier. Tout cela est du même temps , c'est indubitable.
Après avoir traversé de nouveau Beït-Tamar, nous avons
repris le chemin qui nous avait amenés, constatant au passage la présence de beaucoup plus de grottes funéraires que je n'en avais aperçu en venant. J'ai été assez surpris de rencontrer sur une surface plane de rocher, et sur la route même, une excavation très-soigneusement taillée et dont il m'a été impossible de deviner la destination. C'est un trou rectangulaire de 0ra,60 à 0m,80 de longueur et de 0m,50 de largeur à peu près, avec ressaut de 0m,15 régnant tout autour du creux central, en forme de petite banquette. La profondeur totale est de 0ro,35 environ. Comme je ne me suis pas donné la peine de mettre i. 23
pied à terre pour lever exactement une excavation aussi peu importante , je n'en puis donner rigoureusement les mesures, celles que je viens de rapporter étant bien suffisamment approximatives. Ce que je crois probable, c'est que cela nous représente un encastrement pratiqué pour y établir solidement une pierre taillée, une stèle, une colonne, je ne sais quoi d'analogue.
Lorsque nous avons eu dépassé Beït-Tamar depuis un quart d'heure, nous avons aperçu devant nous trois cavaliers arabes , accroupis sur le sol à côté de leurs chevaux . et leurs interminables lances plantées en terre. C'était Safi, autre cheikh des Tâamera , et deux de ses serviteurs. Safi , qui est le plus insigne misérable, un assassin émérite et un vrai voleur de grand chemin, nous attendait au passage pour demander, à moi d'abord , et à Ismaïl ensuite , de quel droit nous étions allés visiter le Djebel -Foureïdis sans l'avertir de notre venue. Ceci était un appel au bakhchich des plus transparents ; mais j'ai jugé bon de ne pas avoir l'air de comprendre. Après quelques phrases banales échangées avec ce drôle, nous avons continué notre chemin et regagné le couvent.
Maintenant, arrêtons-nous un peu, et voyons ce que l'histoire nous apprend sur le compte d'Herodium. C'est naturellement Josèphe que nous devons consulter. Nous lisons dans les Antiquités judaïques (XIV, xni, 9) qu'Hérode fuyait de Jérusalem vers Massada, devant les troupes parthes qu'Antigone avait appelées à son secours, et devant les Juifs qui tenaient pour le dernier roi de la dynastie asmonéenne ; il fut attaqué à soixante stades de Jérusalem par les Juifs partisans d'Antigone et il les battit à plate couture. « A cette même « place où il avait vaincu les Juifs, lorsqu'il devint roi parla « suite, il bâtit un palais très-digne de renommée, et il l'en-
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a toura d'une ville qu'il fonda et à laquelle il donna le nom « d'Herodia â. »
Nous lisons encore dans le même livre qu'après son mariage avec la fille de Simon, fils de Boëthos, qu'il fit grand prêtre afin de ne pas commettre une mésalliance, il construisit un château au point où il avait battu les Juifs, lorsqu'Antigone recouvra la royauté. « Ce château, éloigné de soixante stades « de Jérusalem , est à la fois fortifié par la nature et par l'art, a C'est effectivement une colline assez peu élevée , mais qui a a été haussée de main d'homme, de telle sorte que son contour « affecte la forme d'une mamelle. Le château se distingue par « des tours rondes ; la montée est très-rude et s'opère à l'aide « d'un escalier de deux cents marches, construit en pierres « polies. A l'intérieur sont de magnifiques appartements « royaux , conçus sur un plan qui les rend à la fois propres à «c la défense et à l'habitation ; et au bas de la colline sont des « édifices aussi remarquables par leur belle structure que par « l'abondance des eaux qui y ont été amenées (car ce lieu était « dépourvu d'eau) d'une grande dislance et à l'aide de dé- « penses énormes. La plaine était couverte d'édifices de tous « côtés, si bien qu'elle semblait une ville comparable en éten- « due à une ville quelconque. La colline était ainsi une véri- « table citadelle dominant la ville elle-même. » (Ant. jud., XV, ix, 4.)
Cette description sommaire s'accorde si bien avec ce que nous avons trouvé à Herodium, qu'il serait certainement superflu de faire ressortir l'analogie frappante qui existe entre ce que décrit Josèphe et ce qui se reconnaît encore sur le terrain.
4. Év activa tu Xœ?l(:S £* $ T*»v icu^at'uv àcpàrr.at, p.trà xpo'vcv PamXiuaaç, xal powîXcicv xaTiax-tuâiEv d^icXo^uraTcv xai iro'Xiv mpl Jaùrb âcrtaiv Èpc&av rcpcaa-p-
Ouvrons maintenant la Guerre judaïque, nous y lirons ceci : « Dans sa fuite, Hérode trouva les Juifs plus acharnés « encore que les Parthes ; ils ne cessèrent de le harceler, et à « la distance de soixante stades de Jérusalem, ils engagèrent « avec lui un combat qui dura longtemps; en ce même lieu, « Hérode, qui était resté vainqueur après en avoir tué un « grand nombre, bâtit, en souvenir de sa victoire, une ville, (( un palais magnifique, et une citadelle des plus fortes, à « laquelle il donna son nom, rappelant Hérodion. » (Bell, jud.y I, xiii, 8.)
Un peu plus loin nous trouvons encore un passage relatif à Herodium , et celui-ci est beaucoup plus explicite. Je crois donc devoir le reproduire. Après avoir parlé de la forteresse nommée Herodium, que le roi Hérode construisit en Arabie, Josèphe ajoute i : « 11 donnante même nom à un tumulus en u forme de mamelle, fait de main d'homme, et distant de « soixante stades de Jérusalem , et il y construisit des édifices « beaucoup plus considérables. En effet , il garnit le sommet « de tours rondes, et il remplit le péribole intérieur de palais « somptueux ; ce n'était pas seulement l'intérieur des édifices « qui était splendidement décoré: tout l'extérieur, murailles, « corniches et toits, était également couvert des ornements « les plus précieux. Il y amena de très -loin et avec des dé- « penses énormes des eaux abondantes. Il garnit la montée « d'un escalier de deux cents marches construit en marbre le « plus blanc (*eoxoTaT7j; pappapou) ; le tumulus, en effet, était « médiocrement élevé et entièrement fait de main d'homme.
4. Une fois pour toutes, j'avertis le lecteur que j'ai moins la prétention de donner une traduction rigoureuse qu'une paraphrase exacte des passages que j'extrais des livres de Flavius Josèphe. Comme j'ai toujours le soin de citer le livre, le chapitre et le paragraphe auxquels je fais des emprunts, rien n'est plus facile que de recourir au texte.
FUNÉRAILLES DHÊRODE. 484
« Enfin , au bas de celui-ci , il éleva d'autres palais destinés à w servir de magasins et à loger ses amis, de telle sorte que le « château, grâce à tout ce qui s'y trouvait en profusion, pouci vait être pris pour une ville, tandis que par ses dimensions « il n'était qu'une demeure royale. » (Bell, jud., I, xxi, 10.)
On le voit, cette description concorde très-bien avec celle que j'ai déjà citée tout à l'heure. Seulement , elle fait arriver l'eau au sommet du cône , et elle dit que l'escalier qui y montait était en marbre très-blanc, tandis que la première ne parle, à propos de la construction de l'escalier, que de £e<rrai; pa6p.î<jiv, c'est-à-dire de marches faites de pierres polies.
Ilérode avait pris une telle affection pour l'étrange création de sa fantaisie, qu'il y voulut être enterré. Son testament était positif à cet égard, et sa dernière volonté fut ponctuellement mise à exécution par le fils et successeur du roi défunt, par Archélaùs l'Ethnarque. Il est curieux de lire dans Josèphe la description du cortège qui , de Jéricho, où Hérode était mort, conduisit sa dépouille mortelle à sa dernière demeure. « Le corps était porté dans une litière d'or, « couverte d'une multitude de pierres précieuses d'espèces va- « riées. Il était étendu sur un mince matelas teint en pourpre, « et revêtu lui-même de la pourpre royale. 11 avait la tête « ceinte d'un bandeau, et d'une couronne placée au-dessus. « De la main droite il tenait le sceptre. Autour du lit funéraire « marchaient les fils et la foule des parents du roi. Après eux « venaient immédiatement les corps de troupes rassemblés a par nation, et distingués entre eux parles noms mêmes de « ces nations. Ceux qui marchaient en tête étaient les Dory- « phores (apparemment une sorte de gardes du corps, recrutée « parmi la nation juive). Ils étaient suivis par le corps des « Thraces , puis par celui des Germains , et enfin par celui des « Gaulois. Tous étaient revêtus de leurs ornements militaires.
« Venait ensuite le reste de l'armée ayant à sa tête ses géné- « raux et ses centurions, comme si on marchait à l'ennemi. « Le cortège était clos par un groupe de cinq cents serviteurs « du roi défunt, portant des aromates. Ils marchèrent ainsi « jusqu'à la distance de huit stades vers Herodium , car c'est « là qu'eurent lieu les funérailles , par la volonté expresse « d'Hérode. » (Ant. jud., XVII, vin, 3.) Ce dernier membre de phrase pourrait prêter à une équivoque; le mot rr,it9 là, ne doit évidemment se rapporter qu'à Herodium, et non au point situé à huit stades de Jéricho, où le cortège s'arrêta. En effet, si les funérailles eussent eu lieu à huit stades de Jéricho, on n'aurait pu dire qu'Hérode avait été enterré à Herodium par suite d'une disposition formelle de son testament. Huit stades ne font pas une demi-lieue kilométrique; ce serait donc bien plus exactement à Jéricho qu'il faudrait placer le tombeau d'Hérode, puisqu'il y aurait incomparablement plus loin de ce même point d'arrêt du cortège à Herodium.
Heureusement nous trouvons, dans la Guerre judaïque (I, xxxiu), la contre-partie à peu près textuelle de ce récit, et la dernière phrase, cette fois, ne laisse pas le moindre doute sur le point où eut lieu l'inhumation. « Le corps, y « est-il dit, fut accompagné ainsi sur un parcours de deux « cents stades. » Concluons-en qu'il y a une altération dans le texte du premier passage relatif à la cérémonie funèbre, et que, là aussi, il faut lire Sioxogi'ouç, deux cents, au lieu d'oxTw, huit; à moins qu'on n'admette que l'armée ne fit cortège que jusqu'au huitième stade , ce qui est peu vraisemblable, il faut en convenir. Je ne me charge pas de choisir entre ces deux versions.
Herodium devint le chef- lieu de l'une des toparchies créées en Judée (Bell, jud., III, ni, 5), et après la prise de
M. DE NOINTEL A HERODIUM. 483
Jérusalem par Titus, le légat Lucilius Bassus se rendit maître de la forteresse d'Herodium, dont la garnison n'essaya pas de résister, et capitula. (Bell. jud.s VII, vi, 1.)
Pour donner une idée des aventures auxquelles on doit s'attendre quand on voyage en pareil pays , je raconterai brièvement la visite que fit au mont des Français, en 1674, M. le marquis de Nointel, ambassadeur du roi de France en Turquie. C'est à l'amitié de l'excellent père Alessandro Bassi que je dois la communication d'un passage, extrait par lui, du livre intitulé : Quanto di più curioso e vago ha potuto raccorre Cornelio Magni... in Turchia (Parma, 4692), et relatif à cette promenade, qui faillit finir tragiquement. Le marquis de Nointel, dans son pèlerinage en terre sainte, entendit dire que le mont des Français était ainsi nommé parce que là se trouvait une forteresse des croisés, dans laquelle un certain nombre d'entre eux avaient tenu pendant quarante années après la chute de Jérusalem. Il voulut donc la visiter. Cornelio Magni était dans la suite de l'ambassadeur, qu'il accompagna dans cette excursion. Voici sa narration : « Arrivés au pied de la montagne , nous aperçûmes , (( sur le sommet, une troupe de gens armés de lances et « d'arcs à l'africaine... Une bonne partie de notre compagnie « mit pied à terre; et nous, qui étions bien montés, et au « nombre d'une demi -douzaine, nous entourâmes Mgr l'am- « bassadeur. Le pistolet au poing, nous commençâmes à « monter, faisant passer les piétons devant nous. À moitié « chemin, nous reçûmes une grêle de flèches, suivie d'une « avalanche de grosses pierres, qu'ils faisaient rouler sur « nous. Ce qui augmentait le danger, c'est qu'il fallait pasci ser par un unique sentier, malaisé et inégal. Mettant alors « pied à terre d'un commun accord, et plaçant Son Excelci lence au milieu de nous, chacun se tint l'œil au guet.
« Notre guide était un homme avisé, qui avait grande con- « fiance dans le courage des Français; ayant, du reste, été « élevé en Turquie, il était fort au courant des voyages chez « les Arabes. Au point où nous étions arrivés, il nous enga- « gea à commencer une salve de pistolades , et de continuer « lentement, mais sans interruption. Cela se fit en bon ordre; « et dès que les Arabes entendirent les coups de nos armes « à feu, eux qui s'apprêtaient à nous recevoir là -haut à « coups de sabre, ils s'épouvantèrent comme de coutume, « et prirent la fuite.
« Nous trouvâmes, sur le sommet de cette montagne, « des restes de constructions autrefois magnifiques. M** l'am- « bassadeur avait eu la pensée d'y faire célébrer le sacriBce « de la messe, mais, craignant les interruptions, il donna « aux prêtres qui l'accompagnaient l'ordre d'entonner le « Dies irœ, qui fut chanté par toute la compagnie avec grande « ferveur, en l'honneur de ces pauvres âmes qui en ce lieu « avaient, jusqu'à la mort, combattu avec résolution et con- « stance au service de la foi. Tout se termina tranquillement, « et nous, du haut de cette éminence, nous nous mîmes à « examiner le pays d'alentour, qui est vraiment beau et « agréable. »
Je ne pousserai pas plus loin l'emprunt que je fais à la narration de Cornelio Magni, et je me contenterai d'ajouter que, deux heures plus tard, M. de Nointel et sa troupe recevaient l'hospitalité la plus cordiale dans le camp des Arabes qui les avaient attaqués. Le cheikh déclara qu'il n'avait fait un si mauvais accueil aux pèlerins que parce que, la veille, un moine grec de Beït-Lehm était venu le prévenir qu'une troupe de Francs venait pour occuper le pays. Ce récit, assez amusant du reste, me prouve que, depuis 167A, rien n'a changé dans les mœurs des différents habitants du pays. Grecs et