PORTE DE DAMAS
Latins sont toujours aussi affectueux les uns pour les autres , les Arabes toujours aussi méfiants, mais toujours prêts, comme de grands enfants qui ont horreur du sang inutilement versé, à remplir les devoirs de l'hospitalité envers tout le monde, à la condition que le bakhchich sera de la partie.
Nous nous sommes reposés deux heures au couvent de Beït-Lehm , et nous avons ensuite regagné Jérusalem au plus vite. Nous y étions de très-bonne heure, et, le soir, nous sommes allés diner au consulat. Nous avions formé le projet de partir dès le lendemain pour notre expédition transjordane; nous devons y renoncer. Je ne suis pas tout à fait à mon aise, et mes amis me conseillent unanimement de prendre un jour de repos, pendant lequel je retrouverai la santé, dont je vais avoir grand besoin.
4 novembre.
Ce matin, de très-bonne heure, Salzmann, Mauss, le frère Liévin et moi , nous sommes allés examiner et lever avec soin la vieille construction judaïque qui se trouve au-dessous de la porte de Damas. Cette étude fournira très-certainement un précieux document. Pour moi. c'est incontestablement une forteresse judaïque. Les blocs qui la constituent sont énormes, et j'ai été, je l'avoue, fort étonné d'entendre certains antiquaires énoncer l'opinion que c'était là un monument remanié par les Arabes ; il y a un fait qui , à lui seul , prouverait k merveille l'inanité de cette hypothèse. Ce fait le voici : dans les angles, on remarque des blocs qui appartenaient à l'une des faces, et qui, néanmoins, ont une amorce reportée sur la face adjacente. Ceux-là ont-ils donc été remaniés? ou
plutôt n'ont-ils pas été retaillés , une fois mis en place ? C'est mon humble avis, et je ne puis m'empêcher de rapprocher cette disposition de la disposition identique que j'ai remarquée au temple d'Armakhis, découvert par Mariette auprès du grand sphinx de Ghizeh.
J'ai déjà rapporté le texte de Josèphe qui parle de forteresses placées à l'extérieur de la ville, mais je n'en ai mentionné qu'un. Il y en a deux autres encore que je ne puis me dispenser d'indiquer ici. Lorsqu'Hérode fut obligé de fuir de Jérusalem devant les troupes d'Antigone, soutenues par un corps d'armée pnrthe, il venait de faire subir un échec sérieux aux partisans de son rival, dans l'enceinte même de Jérusalem. Josèphe, qui nous raconte ce fait en deux endroits différents de ses écrits (Ant. jud., XIV, xm, 4, et Bell, jud., I, xm, 3), nous apprend qu'après avoir été mis en fuite, ses adversaires se réfugièrent et s'enfermèrent les uns dans la ville haute, les autres dans le temple, et d'autres enûn dans les retranchements extérieurs (etç to 1\<ù yapo3«ou.a). Qu'était-ce que ce yapaxwjxa? Le mot en lui-même semble désigner un retranchement couvert par des palissades, je le sais bien ; mais si je rapproche ces textes de celui où il est question de la forteresse extérieure approvisionnée par le roi Manassès, je suis bien tenté de croire qu'il est, dans ces divers passages, question d'une seule et même chose.
Je l'ai déjà fait remarquer : parmi les blocs énormes employés dans cette antique construction , il y en a quelquesuns dont les encadrements retaillés sont dans le joint, au lieu d'être sur la face. C'est là ce qui a fait croire à un remaniement invraisemblable ; mais il y a une autre circonstance qui mérite bien aussi qu'on en tienne compte, c'est que la règle « joint sur plein » n'est pas observée le moins du monde dans cette étrange bûtisse ; et c'est là une faute qui n'a