‹ Voyage en terre sainteChapitre 34 sur 53 · VISITE AU PACHA · texte numérisé non relu

VISITE AU PACHA

guère été commise, que je sache, dans les temps modernes.

Notre travail une fois terminé, nous sommes rentrés à l'hôtel, où j'ai regardé mes amis déjeuner. Je me suis condamné à faire diète, et j'ai eu raison. Il n'y a pas à songer à nous mettre en route le lendemain , et je réclame un jour de repos de plus, aGn de n'avoir plus rien à craindre. Vers midi, j'ai eu la visite des cheikhs des Adouân, Qablan et Abd-el-Aziz, sans la protection desquels il nous serait impossible de nous aventurer au delà du Jourdain. J'ai eu avec eux une très-longue conversation qui m'en a fait des amis, et nous sommes convenus de toutes nos petites conditions. Ils me conduiront partout où j'ai le désir d'aller, et, à en juger par ce qu'ils me promettent, notre voyage sera des plus fructueux.

Kourcbid-Pacha est remis de son indisposition, et Barrère m'a prévenu hier soir que nous serions reçus aujourd'hui, à quatre heures, en grande cérémonie. Il faut donc nous préparer à cette représentation d'apparat. Pendant que nous faisons toilette, arrive Mgr le patriarche, l'abbé de Quevauvillers, et un autre jeune prêtre ; il est impossible d'être plus aimable et plus prévenant que Mfir Valerga , et je lui exprime toute ma reconnaissance pour l'honneur qu'il a bien voulu me faire , en le priant de m'excuser si je me vois obligé de me rendre à l'heure dite au serai, et de me priver ainsi du plaisir de causer avec Sa Grandeur aussi longtemps que je le désirerais. M8' Valerga, qui est homme du monde, et du grand monde, excuse mon embarras et me laisse ma liberté; j'en profite et sors de l'hôtel en même temps que lui pour aller directement au consulat, où nous sommes attendus. Nous avons trouvé Barrère en grande tenue, ainsi que son chancelier M. Ledoulx, et, précédés de quatre caouas en costume de cérémonie , nous nous sommes rendus au séraï.

S. Exc. Kourchid-Pacha, en grande tenue lui-même, ainsi que tous ses officiers, nous attendait dans son divan. La réception qu'il nous a faite a été des meilleures. Les limonades, le café et les cigarettes ont été leur train , comme d'habitude, et nous avons longuement devisé de mes projets. Barrère a présenté au pacha la lettre vizirielle qui autorise Salzmann à faire des fouilles en mon nom, et le pacha nous fait remarquer que cette lettre porte en tête une courte suscription qui la lui recommande d'une manière toute spéciale. Je lui annonce alors que mon intention est de déblayer les Qbour-el-Molouk , et il a l'amabilité de m'annoncer qu'il se chargera lui-même, et aux frais de son gouvernement, de faire exécuter ce travail auquel je parais tenir. Naturellement je le remercie avec effusion , mais l'avouerai-je? je connais trop bien les Turcs pour attacher à cette offre plus d'importance qu'elle n'en a réellement , et je me promets in yetto de prendre mes mesures pour que la chose soit faite, par lui s'il s'en souvient, par moi s'il l'oublie. On verra que j'avais raison de m'arrêter à cette détermination. Je lui ai dit aussi que je désirais faire une fouille au sud et à l'extérieur du Haramech-Chérif, et il s'est engagé à me faciliter cette fouille de tout son pouvoir. Il sait déjà que je vais m'engager dans une course au delà du Jourdain , et il me propose quelques hommes d'escorte. Je décline cet honneur, et je lui dis que, s'il veut m'adjoindre, à titre d'ami et de simple compagnon de voyage, un de ses officiers parlant l'arabe, je serai charmé de l'emmener avec moi , mais qu'ayant pris mes mesures pour être en parfaite sécurité pendant tout le temps que je passerai sur le territoire des Adouûn , une escorte turque me serait plus embarrassante qu'utile. Je suis bien convaincu qu'il était parfaitement de mon avis sur ce point, il n'a donc pas insisté; mais, comme il a un bataillon qui tient garnison à Sait, il

Page 1