‹ Voyage en terre sainteChapitre 45 sur 53 · NA'OUR · texte numérisé non relu

NA'OUR

J'ignore absolument quelles sont les localités antiques dont les ruines sont aujourd'hui connues sous les noms que je viens de mentionner. Ptolémée cite à l'orient de la" Batanée (que l'on regarde justement comme identifiable avec le royaume de Basan) une ville du nom de SaKxaîa, Saccœa. Ne serait-ce pas notre Kherbet-Sakkah ? C'est possible, mais je ne prétends pas l'afïirmer.

Enfin, après trois heures de marche, ou peu s'en faut, nous descendons vers une localité ruinée qui semble tout à fait importante, et dont le nom est Na'our (j^*b). C'est d'elle que me parlaient sans cesse les Adouân, quand je les interrogeais sur M'kaour ou Makhéronte. Il n'y a pas une seconde d'hésitation possible. Makhéronte n'a jamais été là. La descente est assez dure, pour moi surtout; à chaque pas douteux que fait mon cheval, je ressens exactement ce que j'éprouverais si l'on m'appliquait un coup de hache à travers les reins. Je suis donc d'assez méchante humeur, et je maugrée comme un païen, jusqu'au moment où j'atteins le point où nous devons mettre pied à terre pour déjeuner. x

Nous nous installons, le dos appuyé à des roches peu élevées et au bord d'un petit ruisseau fangeux que domine au sud un large mamelon couvert de décombres; d'autres ruines informes s'étendent sur la rive droite du ruisseau, et au milieu se montrent quelques cabanes misérables habitées par des Adouân, dont les femmes puisent de l'eau au ruisseau. Partout le sol présente de gros cubes de mosaïque. Assurément donc, nous sommes sur les ruines d'une ville importante de l'antiquité. Mais laquelle? Je ne suis pas de force à le décider. Je dois me contenter de reproduire ici les seuls passages d'Eusèbe et de saint Jérôme dans lesquels on pourrait être tenté de trouver une mention de i. 35

Na'our. Au mot Na&Jp, Eusèbe dit que c'est une ville des fils île Ruben, dans le pays de Galâad, dont Isaïe parle dans sa vision contre Moab, ainsi que Jérémie. Saint Jérôme traduit : « Nabo , civitas filiorum Ruben in regione Galaad, « cujus meminit Esaïas in visione contra Moab et Jere- « mias. » Ce qui est certain , c'est que les passages de Jérémie et d' Isaïe portent le nom 123, Nabou, et que, par suite, on peut soupçonner que la forme Na&6p est une altération. De plus, tous les deu\ ajoutent : « Jusqu'à ce jour, on montre la place déserte de Nabo à huit milles vers le midi d'Esbous (Hesbon), et malheureusement Na'our est loin d'être au sud d'Hesbon, puisqu'il est au nord.

D'un autre côté, au mot Neêpa, nous lisons dans Eusèbe:

Neëpà, Ttokiç Pouëiv ev yvî TaXaa^t, xal vOv s<m Naêapà xaXouj/iv/)

xwjXYî pLeyiaTY) èv tt» Baxavaia, ce que saint Jérôme traduit : « Nemra, civitas tribus Ruben in terra Galâad et usque ad « pracsens vicus grandis Namara, in regione Batanœa. » Cette fois je suis bien tenté de voir notre Na'our dans la Ne€pa et dans la Namara d'Eusèbe et de saint Jérôme. Celuici a pu écrire d'abord Nemra , poussé par le souvenir de Beth- Nimra, qui n'est pas du tout dans le pays de Galâad ni dans la Batanée, mais il a corrigé tout aussitôt cette faute, en écrivant Namara; de môme Euscbe, en pensant à Nabra, a pu écrire Naêcop, et un peu plus loin iVaëaê, au lieu de Naêàu. Tout cela est bien difficile à débrouiller, on en conviendra. Quoi qu'il en soit, Na'our a eu une telle importance, qu'il semble difficile qu'Eusèbe et saint Jérôme aient oublié d'en faire mention ; dans ce cas, il faut y voir la Neépa et la Namara dont ils parlent.

Ce n'était pas le tout d'être arrivé jusque-là. Il fallait mettre pied à terre, et j'avoue que cette perspective me souriait médiocrement. Comme il n'y avait pas à tergiverser, j'ai

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