‹ Voyage en terre sainteChapitre 5 sur 53 · SAKKARAH · texte numérisé non relu

SAKKARAH

pecté. Nous en avons été pour notre profanation, qui ne nous a pas valu le moindre petit scarabée, le plus vulgaire petit dieu. Rien, absolument rien n'a payé notre brutale curiosité. L'une des momies pourtant, la plus belle des trois, qui était une momie de femme, avait les ongles des mains dorés ; nous nous attendions à lui trouver dans la poitrine un gros scarabée, comme cela a lieu d'ordinaire pour les corps ainsi soignés après leur mort. Nous avons en pure perte déchiré quelques centaines de mètres de toile brûlée par le bitume, et pulvérisé le bitume lui-même. Si les parents de la défunte ont payé aux colchytes chargés de l'emmaillotter des bijoux destinés à faire partie de son bagage nécessaire pour le voyage de l'amenti, ils ont été volés, volés comme nous.

Les ouvriers ont également trouvé quelques belles boîtes à viscères en bois et en cartonnages, qu'ils présentent à Mariette, et que celui-ci trouve assez importantes pour les destiner au musée de Boulaq.

x\près quelques instants de repos, nous avons consacré le reste du jour à faire une promenade des plus intéressantes dans la nécropole. Notre première visite s'adresse à un beau sarcophage de basalte noir, que Mariette désire me faire examiner, sans me dire dans quel but ; quelques couffes de sable sont enlevées du fond d'un trou où l'on n'aperçoit rien, et je me trouve en face du frère, très-ressemblant, du fameux cercueil d'Esmounezer, roi de Sidon, aujourd'hui déposé dans les salles du Louvre, grâce à la munificence de M. le duc de Luynes. Même taille, même style, même travail, mêmes ornements; tout y est, sauf l'inscription phénicienne qui se trouve remplacée par une inscription hiéroglyphique où se voit, en plusieurs points, le cartouche bien connu d'un Psammetik. Evidemment ces deux monuments sont contempo-

rains, et sortis, probablement, des mains du même artiste; voilà donc une question jugée, et il n'est plus guère possible de chercher, dans un intervalle de plusieurs siècles, l'époque à laquelle a vécu le roi Esmounezer. Il a régné forcément à

Sidon pendant que les Psammetik régnaient en Egypte. Or, leur dynastie (la vingt- sixième, Saïte) s'étend de 665 à 627 environ; voilà donc le tombeau d' Esmounezer à peu près daté : il est vraisemblable que ce brave monarque s'était acheté un cercueil tout fait en Egypte, et que c'est à Sidon que l'inscription funéraire y a été appliquée, assez maladroitement même , puisqu'il a fallu s'y reprendre à trois fois pour la graver. Je suis enchanté d'avoir été mis à même de me faire une idée aussi précise sur l'Age d'un monument de cette importance; mais comment le beau morceau que nous visitons en ce moment reste- 1- il misérablement dans son trou? Il paraît qu'il a été découvert il y a une trentaine d'années, par un fouilleur auquel il appartient, et qui n'a pas encore jugé à propos de le faire enlever , par crainte de la dépense que cette opération entraînerait; c'est vraiment dommage.

De là, Mariette nous conduit à un tombeau complet qu'il a découvert il y a plus d'un an, et qui a renfermé le corps d'un personnage nommé Ti (^), qui vivait à l'époque de la quatrième dynastie, c'est-à-dire il y a six: mille ans. C'est une véritable merveille; et comme il serait heureux qu'un semblable monument fut enlevé et reconstruit tout entier à Paris, dans une des salles du Louvre! Le musée de Berlin possède un spécimen de ces sépultures. Si nous avions le tombeau de Ti , nous serions bien autrement partagés que les Prussiens! Chose étrange, il n'y a pas trace de texte religieux dans l'ensemble des textes qui recouvrent toutes les parois de ce monument. Tout concerne la vie et les propriétés du personnage lui-même. La gravure des hiéroglyphes et des

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