SAKKARAH
figures, surtout de celles des animaux, dénote un art qu'il n'est pas possible de surpasser, et que nos plus habiles sculpteurs atteindraient tout au plus. Tous les profils de ces animaux sont tracés avec une sûreté, avec une entente de la forme si remarquables, que l'on reste émerveillé devant ces chefs-d'œuvre multipliés. Un brave monsieur, natif du Wurtemberg, a choisi le corps d'un magnifique taureau pour y inscrire son nom d'idiot et la date de sa visite. Je ne saurais dire de quelle indignation nous sommes tous saisis à la vue de ce stupide sacrilège. Après avoir admiré les salles supérieures, nous descendons dans la véritable salle sépulcrale, par un couloir où il faut se traîner en se pliant en trois ou quatre , et cela à travers une nuée de moucherons dont nous avalons bon nombre au passage, ce qui nous fait tousser comme des ânes poussifs. Le sarcophage est sans ornement et d'une taille énorme. Les os du pauvre Ti y sont encore, et il est évident qu'à l'époque où celui-ci vivait, les procédés de la momification n'étaient pas en pratique. C'est là un fait important à noter. Ajoutons que c'est du tombeau de Ti que proviennent les deux grandes figures de calcaire peint du second vestibule du musée de Boulaq. Du tombeau de Ti, nous passons au tombeau de Bou, autre grand personnage qui a vécu sous les règnes de Souphis et de Mycerinus (Khoufou et Men-Kera). Les cartouches de ces deux monarques paraissent, en effet, dans les textes de la stèle monolithe servant de porte postiche, ou mieux de bouchon à la porte qui donnait accès dans l'édifice funéraire. Un avant-mur présente une ornementation d'une simplicité et d'un charme exquis : ce sont des pilastres engagés, séparés par des faces de mur. Chaque petit pilastre a 30 centimètres de largeur, et les faces du fond n'en ont que 15. Deux petites faces de 8 centimètres de largeur chacune sont en retraite et rachètent
la partie antérieure du pilastre et les faces du fond. Le corps des pilastres est d'ailleurs dans le même plan que la face générale de la muraille. La saillie totale est de 15 à 16 centimètres.
A droite et à gauche de la grande stèle dont j'ai parlé tout à l'heure, paraît la même ornementation; mais, cette fois , le mur n'ayant pas été écrêté , on reconnaît que chaque couple de deux pilastres engagés est surmontée de deux tiges de lotus, reliées, au-dessous des fleurs, par une cordelette. Ce motif de décoration était précisément celui qui se voyait sur le sarcophage de Mycerinus, aujourd'hui noyé dans l'Océan; il se retrouve aussi sur la belle cuve qui est au musée de Boulaq , qui nous a appartenu , et a laquelle nous avons eu la maladresse de renoncer. Il aurait fallu faire arriver ce morceau unique jusqu'à Alexandrie, moyennant quelques centaines de francs, puis l'embarquer sur un bâtiment de la marine impériale. On comprend que de semblables impossibilités aient ôté toute envie d'accepter le cadeau que le gouvernement égyptien avait bien voulu nous faire. Il est vrai que tout le monde n'est pas obligé de croire que les monuments de l'antiquité ont une valeur réelle. Il y a même beaucoup de gens haut placés qui sont tentés de ne pas savoir bon gré à l'empereur de l'intérêt qu'il prend à ces sortes de choses.
Un troisième tombeau visité par nous est celui de Phtahasès. Il a cela de particulier, que les hiéroglyphes qui le décorent sont peints en vert sur un fond lie de vin. Le nom du défunt est gravé isolément sur le tore ou boudin qui surmonte la stèle d'entrée, comme toutes les stèles analogues. Une de celles-ci, vue par nous, tout à fait à proximité des tombeaux que je viens de décrire, est de la plus grande beauté comme exécution ; elle appartient à la même antiquité