‹ Voyage en terre sainteChapitre 50 sur 53 · DÉPART DE JÉRICHO · texte numérisé non relu

DÉPART DE JÉRICHO

manger, le petit malheureux, rond comme un melon, s'est endormi, sans plus songer à sa mère!

Aussitôt après le dîner, j'ai rassemblé mes bons amis les Adouàn et j'ai procédé à la distribution des bakhchieh obligés. Vilaine cérémonie. Aussitôt que l'or brille, l'instinct arabe se réveille avec un appétit féroce pour le métal jaune. Tous mes Bédouins d'escorte, sauf le cheikh Qablan et Abou'1-Aïd, se sont montrés insatiables, tandis que ces deux hommes, au contraire, sont restés aussi calmes et aussi dignes qu'ils s'étaient montrés dévoués pendant tout le temps du voyage. Cela n'a en rien gâté leurs affaires, au contraire. J'ai donné à Qablan un fusil à deux coups et un revolver; mais le fusil lui a été soutiré immédiatement par le frère d'Abd-el- Aziz, Selameh-el-Mashh. Enfin, à force de financer, j'ai fini par satisfaire tout le monde, et j'ai pu aller me coucher avec la conviction que si j'avais été content des services des Adouân, ceux-ci étaient tout au moins aussi contents de ma générosité. Décidément, on ne voyage pas à bon marché de l'autre côté du Jourdain.

M novembre.

Nous étions tous levés avant le jour, et cette fois il n'avait fallu stimuler l'ardeur de personne, tant notre joie était grande de rentrer à Jérusalem , après avoir si heureusement accompli notre exploration de l'Amnionitide. Nous avons donc pris congé au plus vite de nos amis les Adouûn, et après force souhaits de bonheur échangés en conscience, j'en suis convaincu, nous nous sommes quittés. Il était a peine six heures et demie quand nous nous sommes mis en marche. Gomme nous n'avions rien absolument à craindre pour nos bagages,

nous avons pris les devants, en nous dirigeant tout droit sur la route de Jérusalem. Nous avons ainsi parcouru plus de deux kilomètres, parallèlement à la chaîne des montagnes, à travers des terrains cultivés, plantés de neubq et de zokkoum. Nous avons , en passant , reconnu deux tells artiGciels, dont l'un affecte la forme d'un théâtre, et l'autre celle d'un polygone dont les angles seraient remplacés par des arcs de cercle juxtaposés. Que recèlent ces tumuli étranges? Je n'en sais rien, mais il est probable que des fouilles faites dans leurs flancs ne seraient pas infructueuses. Peut-être avons-nous là des monuments de la Jéricho hérodienne. Nous avons traversé l'Ouad-el-Kelt, en voyant encore un beau tronçon d'aqueduc. Cet ouad, qui est très-abrupt, n'est en réalité que le lit creusé par un torrent impétueux. Le fond est planté de belles touffes d'arbustes épineux. Une fois sur la rive droite de cet ouad, on est à proximité de la route battue de Jérusalem, route qui suit la direction d'une voie antique, reconnaissable en bien des points.

S'il est absolument impossible pour qui veut être prudent de parcourir à cheval la descente de Jéricho, le même inconvénient n'a plus lieu lorsqu'on la remonte , et nos chevaux , au pied si sûr, s'en tirent à merveille. Nous avons revu un petit fortin ruiné qui défendait l'entrée de la gorge. A quelle époque appartient-il? Peut-être à l'époque romaine, bien que cependant il ait une tournure un peu arabe.

Je ne parlerai plus de cette route décrite tant de fois, et que moi-même j'ai fait connaître en détail dans mon premier voyage. Nous avons marché bon train , ne nous arrêtant nulle part avant l'Ayn-el-Haoud, la fontaine des Apôtres, où nous avons fait la halte du déjeuner. Celui-ci expédié, il était midi; nous avons pris immédiatement la route de Jérusalem, où nous rentrions à une heure. S'il faisait chaud sur le flanc

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