FOUILLES DU TOMBEAU DES ROIS
( QBOUR-EL-MOLOUk ou KS-SKLATHLN. )
Je ne crois pas m' aventurer beaucoup en avançant qu'il est peu de questions archéologiques qui aient aussi vivement que celle-ci passionné le public, indépendamment de ceux qui ont pris part à sa discussion. Jamais tempête de dénégations ne s'est élevée pareille à celle que j'attirai sur ma tête d'antiquaire, lorsqu'il y a treize ans j'osai énoncer ce fait, que les Qbour-el-Molouk de Jérusalem étaient la cave sépulcrale qui avait reçu les dépouilles mortelles des rois de Juda. Lisez l'Ecriture sainte! me cria-t-on. Vous la faussez en prétendant que ces monarques n'ont pas été enterrés dans la cité de David, et, par conséquent, sur le mont Sion. Vous faussez également la saine appréciation des éléments architectoniques des monuments que l'antiquité nous a légués, en prétendant reconnaître des caractères purement judaïques au style décoratif de ce monument, illustre entre tous. Tout cela est moderne relativement ; tout cela date de l'époque romaine ; et si l'on
ne m'a pas dit en toutes lettres que j'étais un visionnaire ou un idiot , c'est qu'on a usé à mon endroit d'égards dont je devrais me montrer fort reconnaissait. Grand merci !
Lorsqu'au retour de mon dernier voyage, je racontai, le plus brièvement que je pus, devant l'Académie des inscriptions et belles-lettres, les heureuses découvertes que j'avais eu la chance inespérée de faire dans mes fouilles du Tombeau des Rois, l'un de mes savants confrères, le plus autorisé de tous, sans contredit, lorsqu'il s'agit d'archéologie hébraïque, m'adressa à brûle-pourpoint la question suivante : Croyezvous toujours que les Qbour-el-Molouk soient les tombeaux des rois de Juda? Je lui répondis par ces deux mots : Plus que jamais , aujourd'hui. C'est cette réponse que je dois maintenant justifier. Je vais essayer de le faire; mais, avant tout, je dois exposer en détail l'historique et les résultats de mes fouilles. Je pourrai bien mieux ensuite discuter les faits matériels qu'il s'agit d'apprécier. J'entre donc en matière.
Je l'ai déjà dit plus haut, pendant mon excursion au delà du Jourdain , le contre-maître des travaux de l'église de Sainte-Anne, travaux momentanément suspendus par suite de l'épuisement des crédits disponibles, avait établi pour mon compte, aux Qbour-el-Molouk, une demi-douzaine de vigoureux terrassiers musulmans, que secondaient une douzaine d'enfants musulmans aussi , chargés de transporter dans des couiïes les terres des déblais.
Une première et large tranchée fut ouverte en avant du vestibule du tombeau, c'est-à-dire dans la grande cour intérieure. Cette tranchée avait un double but : elle devait d'abord rendre impossible dans l'avenir les odieuses mutilations que les touristes, depuis plusieurs années, faisaient subir aux sculptures de la façade; en second lieu, elle devait rechercher les traces du monument expiatoire d'Hérode, que j'es-
pérais bien reconnaître, et dont la présence, on en conviendra , devait venir singulièrement en aide à ma théorie. Ne fallait-il pas être, en effet, ou bien imprudent, ou bien convaincu, pour affirmer à l'avance, comme je l'avais fait depuis plusieurs années , que là se rencontreraient les débris de ce monument, et que la nature de ces débris me donnerait raison? A coup sûr, je n'en savais pas plus long que mes contradicteurs, quand je leur prédisais ce qui se trouverait sous les terres accumulées dans cette grande cour; et si j'avais le ferme espoir d'en tirer ce que j'y allais chercher, ils devaient avoir, avec la même fermeté de conviction , l'espérance égale que je ne trouverais rien du tout. C'était du moins cette espérance qui avait naturellement succédé à celle que j'avais condamnée à s'évanouir, en partant, malgré les assurances données de tout côté, que le voyage promis publiquement, je ne l'accomplirais certainement pas. N'a-t-on pas, jusqu'au jour de mon départ, affirmé et offert de parier que je ne retournerais pas à Jérusalem? Mais laissons cela; ceux qui se complaisaient dans ces idées ne me connaissaient guère. Ce que je tiens seulement à bien constater une fois pour toutes, c'est que j'avais prédit que dans la cour des Qbour-el-Molouk se cachaient les débris d'un édifice d'un style prévu, c' est-adire ceux du monument expiatoire d'ilérode. Or, il est bien clair que si les fouilles me donnaient raison sur ce point, il y aurait quelque difficulté à se débarrasser, dans la discussion ultérieure, de l'intervention de ce fait. Ce résultat ne se Bt pas attendre, puisque, le jour même de ma rentrée à Jérusalem, Salzmann et Mauss purent m'annoncer que de beaux fragments de corniche hérodienne, d'une pierre différente de celle dans laquelle les tombes étaient creusées, avaient été retirés des fouilles, et qu'ils venaient de donner l'ordre de les transporter à Sainte-Anne, ce qui revient à dire en France. En
même temps que j'apprenais cette bonne nouvelle, il m'en
arrivait une autre beaucoup moins agréable. Ud assez grand
nombre d'eiïendis, aussitôt que les fouilles avaient commence', s'étaient présentés à mes ouvriers et leur avaient enjoint de cesser leurs travaux, parce qu'ils étaient les propriétaires du
terrain, et qu'ils n'entendaient pas qu'on se permît d'y remuer un pouce de terre sans leur assentiment. Naturellement on les avait envoyés promener, et leur promenade s'était tout aussi naturellement dirigée du côté du serai; ils avaient exposé leurs griefs et leurs titres au pacha, et celui-ci, qui s'était chargé d'entreprendre à ses frais, et pour m'etre agréable, les fouilles des Qbour-el-Molouk , avait donné Tordre de suspendre les travaux commencés par mes hommes. Un des soi-disant propriétaires avait dit à Salzmann qu'il ferait placer une porte à la caverne, dût-il lui en coûter mille piastres, et que personne n'y entrerait plus désormais. C'était une question k traiter devant le pacha, et je chargeai notre brave consul d'entamer le plus vite possible les négociations nécessaires.
Dès le lendemain matin, je me rendis en personne au Tombeau des Rois, accompagné de Salzmann; chemin faisant, nous étudiâmes l'enceinte de la ville, à partir de la porte de Beït-Lehm jusqu'à celle de Damas. Cette étude ne fut certes pas inutile, puisqu'elle nous lit reconnaître, à n'en pouvoir douter, des traces de l'enceinte antique, ne différant que fort peu de l'enceinte actuelle, d'anciens aggeres, évidemment construits pendant le siège de Titus, et une longue branche de la contrevallation, s'étendant d'un côté vers les nouveaux bâtiments russes, et de l'autre, jusque vers la porte de Damas. Arrivés là, nous prîmes la route de Naplouse, sur laquelle nous avions à parcourir environ huit cents mètres pour arriver au théâtre de nos exploits. En passant, je remarquai, à droite du chemin, un énorme amas de terre accumulée de main d'homme, et revêtu de murs en pierre sèche. Comme je ne me donnai pas, ce jour-là, la peine de grimper sur ce tertre, je fus réduit à me demander ce que ce pouvait être, sans trouver aucune réponse satisfaisante à
cette question. Quelques jours plus tard seulement, après avoir fait une étude attentive de ce monticule, je reconnus que c'était l'emplacement d'un théâtre antique, et très-probablement de celui d'Hérode. De ce point, pour raccourcir le chemin, nous primes à travers champs, et nous rencontrâmes devant nous une citerne d'assez petites dimensions, plantée aujourd'hui de quelques figuiers chétifs , mais dont tout le côté nord est formé de trois immenses blocs à encadrements, comme les beau* blocs judaïques du Haram-ech-Chérif. Certainement, il y aurait là une fouille très-intéressante à faire. Un peu plus loin , on passe devant une masure abandonnée, à la porte de laquelle gisent deux tronçons de colonne en calcaire du pays, empruntés, cela va sans dire, à quelque construction antique qui existait dans le voisinage.
En arrivant aux Qbour-el-Molouk, je trouve deux hommes dont l'un est occupé à recombler le puits d'entrée que mes ouvriers ont à peu près déblayé, et qui n'est qu'une espèce de cuvette sphérique , profonde d'un mètre cinquante centimètres environ. L'autre fait mieux que cela : il est en train d'entamer, à coups de pic. le montant droit de la porte d'entrée de la première chambre, afin d'y adapter une clôture. On comprend facilement de quelle rage je suis pris à la vue de cette mutilation. Je ne perds pas une minute; je rentre en ville, et cours chez le consul, qui est souffrant et forcé de garder le lit. Mais M. Ledoulx me reçoit, et je lui chante pouillesen l'honneur de Kourchid-Pacha. Je suis assez exaspéré pour parler haut et ferme, et l'excellent M. Ledoulx court à l'instant même chez le pacha pour lui annoncer ce qui se passe, et lui bien dire, de ma part, que je ne permettrai pas que l'intérêt manifesté par moi lorsqu'il s'agit d'un monument historique confié à sa garde, se traduise par une odieuse mutilation. Je me plaindrai donc immédiatement
à Paris et à Constantinople , et tant pis pour ceux qui n'auront pas fait leur devoir.
Je présumais bien que Son Excellence serait vigoureusement ennuyée de cette communication, sur laquelle elle ne comptait guère. Il en a été ainsi. Le pacha s'est hâté de répondre qu'il était entièrement à mon service, et qu'il ferait tout ce que je désirerais. Sur l'heure, il a dépêché aux Qbourel-Molouk quelques zaptiés, qui ont pris les deux ouvriers des propriétaires par les épaules, et les ont envoyés travailler où bon leur semblerait, à condition que ce fût ailleurs. M. Ledoulx m'affirme que tout désormais ira comme sur des roulettes. Je le désire plus que je ne le crois. Je connais assez les Turcs pour penser que j'ai raison de compter sur des atermoiements et des lenteurs qui permettent d'empêcher mes recherches. Patience ! je ne me prêterais pas facilement à cette manœuvre, si l'on tentait de l'exécuter.
J'avais tort de m'inquiéter, je le reconnais en toute humilité, et Kourchid- Pacha avait réellement à cœur de m'être agréable. Après bien des pourparlers, il a été convenu que j'indemniserais les propriétaires du terrain, que l'un d'eux assisterait constamment aux fouilles, et que je pourrais reprendre celles-ci aussitôt que je le voudrais. Je ne me le suis pas fait dire deux fois, car déjà huit jours s'étaient écoulés, huit jours non perdus, je me hâte de le dire, puisque chacun d'eux avait été marqué par de bonnes études, et par des recherches toujours couronnées de succès. J'en parlerai ailleurs.
Enfin mes six terrassiers et mes douze gamins étaient réinstallés aux Qbour-el-Molouk , et à partir de ce moment (samedi 28 novembre) tout alla à souhait.
J'ai commencé par faire déblayer le bas du vestibule jusqu'au sol, et ce travail a mis à jour trois belles marches
entaillées dans le roc vif, et formant un perron devant ce vestibule, que précède un palier aussi large que le vestibule lui-même. Ces marches descendent sur une plate-forme bien nivelée et taillée dans le roc. Une tranchée de plus de deux mètres, partant du vestibule, a été conduite jusqu'à la porte cintrée , taillée dans la large muraille de clôture réservée dans la masse, et qui séparait la première cour en plan incliné de la grande cour intérieure. On aura une idée de l'épaisseur des remblais que les siècles avaient accumulés» dans cette grande cour, lorsqu'on saura que cette porte qui, au moment de mon arrivée, n'avait pas un mètre de hauteur au-dessus du sol, s'est trouvée, une fois dégagée jusqu'au roc, avoir bien près de cinq mètres de hauteur sous clef. Le palier de cette porte est recoupé dans Taxe même de la muraille par une marche entaillée dans la masse. Quant à la première cour, je l'ai fait attaquer par le haut, et dès le premier jour j'ai reconnu un splendide escalier formé de rampes et de paliers irréguliers, ayant toute la largeur de cette première cour, et comptant vingt-six marches. Il faudrait voir cet escalier bien nettoyé sur toute sa largeur pour se faire une idée juste de la majesté d'une semblable entrée. Malheureusement, je n'ai pu, la aussi, faire qu'une tranchée de deux mètres de largeur, mais elle a été soigneusement poussée partout jusqu'au roc, de sorte que nous sommes en mesure de produire des plans, des coupes et des élévations du monument restitué, n'offrant plus rien d'hypothétique.
Les déblais effectués dans la grande cour ont continué de donner d'excellents résultats. Nous en avons extrait des tronçons de colonnes, un fragment de pilastre d'ante, d'autres morceaux de corniche, et entre autres un bloc considérable représentant l'angle même du monument expiatoire d'Hérode. Inutile d'ajouter que cet angle offre exactement le
même profil et la même ornementation que les deux beaux fragments déjà transportés à Sainte-Anne. Tous ces débris, sauf le pilastre, appartiennent à un seul et même édifice. Quant à ce pilastre, c'est très-probablement un* morceau de ceux du monument funéraire lui-même, et qui ont été brisés et renversés par un tremblement de terre, à moins que ce ne soit la brutalité humaine qui les ait abattus.
Une fois les restes du monument expiatoire retrouvés, j'ai pensé devoir en chercher l'emplacement à l'intérieur de la grande cour ; mais la surface de la plate-forme ne m'a pas présenté la moindre trace d'un encastrement quelconque qui pût en indiquer la position primitive. Je commençais à trouver ce fait inexplicable , et par suite à douter de mon bien jugé, lorsque l'idée m'est venue de relire le passage de Josèphe relatif à la construction de cet édifice (Ant. jud., XVI, vu, 1), et voici ce que j'y ai trouvé : « Il (Hérode) perdit « deux de ses doryphores, des flammes sorties des caveaux, « à ce que l'on prétend, les ayant enveloppés. Le roi époua vanté s'enfuit, et, pour apaiser la colère de Dieu, il fitcon- « struire à grands frais, au-dessus du vestibule du sépulcre, « un monument en pierre blanche. » (nept'çoëoç 5'oùtoç eJftei xal tou &60uç t>.a<ro{piov (jLrîi^a Xeuxyîç iUt^ccç tel tc»> <jto(iio> xaTftaxeuàaaTO, to^otAeç tyj £a7uav7].) Les mots cm tû <rro[i.up étaient
un trait de lumière ; je plaçai mes ouvriers sur la plate-forme qui domine le vestibule et la grande cour, et en moins d'une heure j'avais trouvé ce que je cherchais. Je reconnaissais, en effet, que cette plate -forme avait eu ses aspérités naturelles arasées ou nivelées à l'aide d'un blocage encore en place , pour devenir la plate-forme sur laquelle une construction quelconque avait été forcément établie. Plus tard, quand cette construction fut détruite et renversée , il est tout naturel de penser que la première idée qui dut venir aux dévastateurs
fut d'en précipiter les débris dans l'espèce de gouffre béant et fait tout exprès pour les recevoir, que leur présentait la grande cour placée au-dessous. Ce qui est certain, c'est que la marche supérieure du perron aboutissant au vestibule est mutilée, comme elle a dû nécessairement l'être lorsque des blocs considérables de pierre, jetés du haut en bas, l'ont frappée la première. Il est bien clair que ces chocs violents ont dû endommager l'arête de cette marche, et c'est ce qui a eu véritablement lieu.
Pour en finir avec les fouilles extérieures du Tombeau des Rois, j'ajouterai qu'au niveau des marches du grand escalier de la cour extérieure , et vers la partie la plus basse , ont été trouvées deux monnaies juives de cuivre, de celles que j'ai attribuées au pontiûcat de Yaddous, contemporain d'Alexandre le Grand. L'une, qui est très-bien conservée, est un quart de sicle, et l'autre, la monnaie plus petite, sans indication de valeur, de la même série et appartenant à l'année ft de l'autonomie judaïque.
Sous la porte même, et contre le pied-droit de gauche en entrant, mais à plus d'un mètre au-dessus du seuil, a été trouvé dans les terres un amas de cendres accompagné d'une lampe antique de l'époque romaine. C'est certainement là une sépulture avec incinération, et il n'y a pas moyen de ne pas admettre qu'au moment oii elle fut pratiquée, la porte d'entrée ne fût encombrée déjà de plus d'un mètre de remblais. On verra plus loin que ce fait, rapproché d'autres de même nature, a une importance réelle.
Dans la cour intérieure, et au pied même de la porte, a été trouvé un beau fragment de sculpture d'un style tout différent de celui du monument expiatoire, et se rapprochant assez, par le faire, de celui du tombeau lui-même. Si, comme je n'en saurais douter, grâce à la présence de nombreuses
TOMBEAU DES ROÎS. 355
entailles existant encore sur le sommet de la muraille de rocher et sur toute sa longueur , cette muraille a reçu une ornementation particulière, le débris que je viens de signaler doit en avoir fait partie.
Enfin , dans les déblais de la grande cour , les ouvriers ont rencontré un certain nombre de médailles dont les plus anciennes, trouvées vers le fond, étaient de l'époque romaine, tandis que celles qui ont été déterrées vers le sommet des remblais étaient des pièces turques tout à fait modernes. Je donnerai du reste plus loin un catalogue complet de toutes les médailles que m'ont procurées les fouilles des Qbour-el- Molouk.
On conçoit que, si j'avais le désir de bien reconnaître les parties extérieures de ce magnifique monument, j'étais bien plus avide encore d'en nettoyer tout l'intérieur. Ce travail urgent a été entrepris et mené à bonne fin, avec un soin extrême que m'ont commandé les résultats de la première journée de travail.
La chambre dans laquelle on pénètre lorsqu'on a franchi l'entrée qui jadis était défendue par le disque de pierre, était encombrée de terre et de pierraille formant contre les parois un amas énorme dans lequel j'espérais trouver des fragments des sarcophages primitifs, dignes d'être recueillis. Mais au lieu de ces fragments de sculpture que je m'attendais à rencontrer, j'ai eu la bonne fortune de voir surgir ce à quoi certes je ne m'attendais guère. En enlevant les terres , on rencontra une foule d'objets de l'époque romaine, entre autres un très-grand nombre darnes de toutes dimensions, remplies d'ossements incinérés, force fioles de verre dites lacrymatoires, force petits vases en forme d'aryballes, force lampes de terre cuite, romaines ou en coquille, comme les lampes qui se vendent encore aujourd'hui dans les
bazars de Jérusalem , quelques débris de métal , provenant d'une poignée d'arme, de fibules, de chaînettes, etc., etc., et une petite figurine en pierre de la triple Hécate; enfin des
ossements appartenant à quelques cadavres qui ont été enterrés, en petit nombre relativement, avec les Romains soumis à l'incinération.
Trois groupes de médailles , agglutinées deux, à deux et trois à trois , ont été ramassés à côté de ces quelques squelettes entiers, et ont par conséquent été enterrés avec la poche qui les contenait. D'autres médailles se sont présentées isolément. Toutes furent nettoyées et étudiées avec un soin extrême, puisque leur date devait nous faire connaître celle de l'événement qui avait fait exécuter, sous deux formes si distinctes , les nombreuses inhumations dont nous retrouvions ici les restes. Or, cette recherche faite, il s'est trouvé que ces médailles, sans aucune exception, appartenaient à une époque antérieure au siège de Titus, et que la plus moderne de toutes avait été frappée au moment même de ce siège. On me permettra bien , j'espère , d'en conclure que j'ai retrouvé l'un des charniers dans lesquels des morts romains (ceux-ci très-nombreux) et juifs (ceux-là en grande minorité) ont été déposés pendant le siège.
A son arrivée devant Jérusalem, Titus, on se le rappelle, campa sur le Scopus. De là, il tenta une reconnaissance sur la ville, reconnaissance dans laquelle il perdit beaucoup de
monde, et faillit être tué lui-même, grâce à une sortie faite
par les Juifs, aussitôt que la cavalerie romaine eut commencé
un imprudent mouvement de flanc. Il y eut beaucoup de tués de part et d'autre, et lorsque, aussitôt après, Titus donna l'ordre à son armée de nettoyer les abords de la place, on dut relever tous les cadavres, même ceux des Juifs, dont l'abandon pouvait devenir une cause d'infection. Suivant la coutume, les Romains furent incinérés et enfermés dans des urnes; les Juifs furent tout simplement couverts de terre dans le charnier choisi. Plus tard, lorsque Titus eut avancé vers la ville, on n'eut plus aucune raison de rapporter les Juifs morts, à huit cents mètres en arrière de la place; d'ailleurs on ne songeait certainement plus alors à leur rendre les honneurs funèbres. Je crois donc fermement que c'est au début même du siège que des morts romains et juifs ont été entassés pêle-mêle dans le vestibule des Qbour-el-Molouk. Mais si ce vestibule a pu servir ainsi de charnier de guerre, c'est que le monument funéraire lui-même avait été violé, ruiné et abandonné. Voilà une conclusion contre laquelle je défie que l'on s'élève. Elle est rigoureusement forcée, elle est mathématique, pour ainsi dire.
Encore un mot: toutes les terres tirées du vestibule, comme plus tard des autres chambres des Qbour-el-Molouk, ont été tamisées avec soin, dans la grande cour, afin qu'aucun objet intéressant ne pût échapper aux recherches. C'est ainsi que plusieurs centaines d'objets funéraires, entiers ou fragmentés, ont été recueillis et rapportés par moi. Mais ce soin même devait, comme on le verra tout à l'heure, donner naissance à bien des embarras, et à des difficultés qui n'ont pas tardé à se manifester, et qui, Dieu merci! n'ont abouti à rien de grave ni de fâcheux.
La population juive de Jérusalem est, sans contredit, la population la plus oisive de toutes celles de la terre; chaque jour donc, pendant que les fouilles se poursuivaient, des
Jtt f OTAGE EN TEIIE SAINTE
jnife. par petite» troupes, essayaient Je peoeiner <faa? h grande cour du monument . et suri allaient tout ce qui sj passait. Certes, je suis loin de les en Mimer: maïs je ne voulais à aucun prix que mes re>-herches fussent vées. d'accord avec les propriétaires du sol et du j'en interdis l'accès â tout le munie, aussi bien au* ctaétns et aux musulmans qu'aux juifs, et «Jeux des nègres du Hanan ech- Chéri f furent établis à poste fixe aux Qbour-el-Moloriû afin d'en écarter jour et nuit quiconque, sans mon autorisitioi préalable, essayerait d'y pénétrer. A partir de ce moment, le champ supérieur opposé au vestibule fut constamment occupé par un groupe de juifs qui. d'en haut, examinaient avec la plus grande attention tout ce qui se [tassait dans la cour. Les courtes de déblais, vidées par centaines chaque jour devant eus. contenaient autant d'ossements brûlés des soldats romains que de véritable terreau, et ces ossements brûlés devinrent, du premier coup, pour eux. les restes de leurs pères, au lieu des restes des soldats qui avaient écrasé et détruit leur nationalité dix-huit siècles auparavant. Je ne fus plus dès lors qu'un affreux profanateur. \oué à toutes les malédictions d'Israël, et l'orage alla grossissant, sous l'impulsion de certains [jerson nages dont je m» \eux pas nfoecujHT. et que le succès de mes fouilles était loin de satisfaire. On prépara donc sous main une manifestation très-habilement ourdie, et qui devait aboutir, on l'espérait du moins, à un insuccès complet pour moi. Je raconterai tout à l'heure les suites passablement ridicules de cette perfidie masquée; mais, comme je ne nommerai personne, se reconnaîtra qui voudra sous mes réticences : pçu m'importe.
Continuons donc le récit de nies fouilles aux Qbour-el- Molouk. J'ai dit que le puits ouvert dans le vestibule extérieur avait une profondeur ne dépassant guère un mètre
cinquante centimètres. Ce puits a été complètement déblayé, et du fond de la cuvette a été retiré un moyen bronze byzantin de Justinien. Supposant que le fond de ce puits pouvait, mine ceux des tombes égyptiennes, contenir l'entrée habilement déguisée de quelque caveau encore inexploré, la surface en a été sondée à l'aide du pic avec la plus scrupuleuse attention; mais mon espoir a été déçu. Ce puits n'avait pas d'autre destination que celle de faciliter le jeu du gros disque roulant qui fermait l'entrée de la cave funéraire. Quant à ce disque et aux divers couloirs qui y aboutissent, ils ont été nettoyés à fond, et ce système de clôture est devenu pour tout le monde évident et clair comme le jour.
Restait à sonder de même toutes les autres parois du vestibule extérieur, et cela a été fait avec le même soin , comme sans plus de succès. A droite de ce vestibule, le sol résonnait sourdement sous les coups d'une pince de fer, et dans un espace très-limité. Un habile tailleur de pierre a été placé en ce point, et il a vigoureusement entamé la roche jusqu'à une profondeur assez considérable, sans rencontrer autre chose qu'une faille naturelle sous-jacente, dont la présence déterminait le son creux qui nous avait alléchés. Au bout de trois jours, nous avions acquis la certitude qu'il n'y avait là aucun caveau à découvrir. Le trou pratiqué a donc été recomblé et fermé à l'aide des débris qui en avaient été extraits, et que j'ai fait parfaitement tasser à la masse, afin qu'il ne restât pour ainsi dire aucune trace de cette perforation inutile.
Une fois le vestibule intérieur débarrassé de toutes les terres qui l'encombraient, terres dont le déblaiement m'avait fourni tant de précieux restes d'antiquité, en même temps qu'il m'apportait un fait probant de plus sur l'âge du monument primitif, j'ai donné l'ordre de procéder, avec le même
soin, au nettoyage des chambres intérieures. Toutes ont été débarrassées des terres, des pierres et des boues, qui s'y étaient accumulées depuis tant de siècles ; cette opération m'a encore procuré quelques heureuses trouvailles que je vais brièvement signaler. Dans ces boues tamisées avec soin se sont rencontrés trois ou quatre fragments des plus importants, de véritables alabastra, c'est-à-dire de ces petits vases à parfums, taillés dans l'albâtre orientai, venus probablement d'Egypte, où ils étaient très-vulgairement employés. Ces alabastra, que Salzmann a retrouvés en grand nombre dans ses belles fouilles de Garniras, sont des vases dont l'usage funéraire ne semble pas s'être propagé en deçà de trois ou quatre siècles avant l'ère chrétienne. Les fragments qui en ont été retrouvés aux Qbour-el-Molouk sont tellement rongés par le temps, qu'il est évident que ces fragments appartiennent à des vases dont l'emploi date de fort loin. Avec eux. s'est retrouvé le col d'une jolie bouteille en albâtre, qui me parait
d'origine asiatique, assyrienne peut-être. Certainement, ce fragment est aussi d'une haute antiquité.
Ce qui est plus curieux encore, c'est la rencontre de deux
petits bijoux1 d'or fin, que je vais décrire. L'un ebt une sorte de chaton assez semblable à un large chaton de bague.
Quatre cloisons aboutées y déterminent un losange intérieur entouré de quatre segments, et ces cinq compartiments vides ont dû contenir évidemment ou des pierres dures, ou des émaux. L'autre bijou est la représentation fidèle d'une graine de melon assez allongée. Tous les deux présentent à leur surface inférieure de petits anneaux dont la destination est ma-
nifeste. Ils servaient à passer les fils d'attache qui devaient fixer, comme appliques, ces petits ornements d'or sur une étoffe quelconque. Ceci est encore un fait indubitable, et chacun peut s'assurer de sa réalité dans les vitrines du Louvre, où j'ai été heureux de déposer ces deux vénérables reliques. Il me reste maintenant, avant de passer à des découvertes plus importantes, à décrire certains monuments de pierre que le déblaiement des salles intérieures m'a fait trouver. Ce sont de petites caisses de calcaire tendre, avec couvercles mobiles de même matière, pourvues de quatre petits pieds aux angles, peintes en rouge, et dont les surfaces exté-
1. Lors de son premier voyage à Jérusalem, Salzmann avait entendu raconter qu'une petite tête de bœuf en or avait été trouvée, peu de temps avant sa venue, dans les Qbour-el-Molouk et fatalement jetée au creuset.
Heures soot ornées de rosaces tracées au compas. Ces caisses n'ont certainement pas contenu des débris humains, elles sont
trop petites pour cela. Que contenaient-elles donc? Je n'hésite pas à répondre : Les objets de prix, quels qu'ils fussent, qui étaient enfermés avec les corps dans ce sépulcre de famille, et à proximité des sarcophages, très- probablement dans les petites chambres à trésor dont je crois avoir, le premier, signalé l'usage, dans la description détaillée que j'ai donnée jadis des Qbour-el-Molouk. N'équivoquons pas : c'étaient des caisses à trésor. J'ai retrouvé les fragments de plusieurs de ces caisses, et, entre autres, tous les débris de l'une d'elles se rajustant à merveille. Mais, me dira-t-on, quel est l'âge de ces caisses? C'est ce que je serai un peu plus loin en mesure d'établir assez approximativement.
Pour faire bien comprendre ce qui me reste à dire des Qbour-el-Molouk, il faut nécessairement que je rappelle la disposition générale de ce célèbre monument tel qu'il était lors de mon premier voyage.
Une fois entré dans la grande chambre servant de vesti-
bule intérieur, on y voyait trois portes donnant accès dans trois chambres sépulcrales proprement dites : l'une ouvrant dans la paroi de droite, et les deux autres dans la paroi du fond, c'est-à-dire dans celle placée devant la porte d'entrée. La première de ces trois portes conduisait à une chambre dont les murailles étaient percées de neuf tombes disposées par groupes de trois, sur chacune des faces autres que la face d'entrée. Au-dessous de la tombe intermédiaire de la face de droite, s'ouvrait un conduit étroit et incliné, aboutissant à une chambre basse taillée dans l'axe même du monument, et occupant ainsi en quelque sorte la place d'honneur. Un couvercle de sarcophage magnifiquement orné et brisé en deux morceaux gisait au fond de cette chambre principale. Ce couvercle, j'ai réussi à l'enlever, et depuis treize ans il est au Louvre.
La partie de droite de la paroi du fond du vestibule intérieur ouvre sur une chambre contenant six tombes, dont une
inachevée ; à droite de la porte d'entrée, et sur la même face,
est pratiqué un nouveau passage très -incliné, aboutissant à une seconde chambre basse, dans laquelle se trouvait aussi un couvercle de sarcophage malheureusement incomplet et orné de belles rosaces. Il est aujourd'hui au Louvre, où je l'ai envoyé pendant mon dernier séjour à Jérusalem.
Enfin la porte de gauche de la paroi du fond dans le vestibule intérieur conduit à une chambre percée de six tombes, dont quatre inachevées.
En résumé, deux pièces avaient des entrées donnant accès à des chambres basses; la dernière que je viens de décrire et le vestibule intérieur ne communiquaient pas avec des salles de cette nature. Cela, depuis longtemps, m'avait donné l'éveil, et je m'étais dit souvent que, s'il y avait des chambres nouvelles à découvrir, il fallait en chercher l'entrée dans les deux salles où rien de semblable n'avait été reconnu.
Un matin, Pierre, mon contre -maître, vint en hâte m' avertir qu'en déblayant le vestibule on venait de reconnaître, à droite de la porte d'entrée, et sous un amoncellement de pierrailles et de terres, une porte encore inconnue. On comprendra qu'à cette annonce le cœur me battit un peu fort. Nous y courûmes aussitôt ; tous les remblais furent enlevés et nous pénétrâmes dans une chambre à nous inconnue, et que nous nous plaisions à supposer inviolée. Grande était notre émotion, je l'affirme, en nous glissant dans cette chambre. Tout y était bouleversé. La cuve du sarcophage avait été brisée et dérangée de sa place primitive ; le fond seul en était intact, toutes les parois latérales ayant été dépecées comme avec rage et à coups de masse. Le couvercle seul était entier et gisait à côté de la cuve. Il ne présentait aucun ornement. Rien, absolument rien, ne méritait l'attention dans cette chambre, inconnue des antiquaires. Mais à quelle époque
avait-elle été découverte pour la première fois et dévastée de cette façon barbare? Nous ne tardâmes pas à être tirés d'incertitude sur ce point. Quelques fragments de papier furent aperçus et ramassés par Salzmann dans le fond même de la cuve, et nous partîmes d'un immense éclat de rire. Voici ce qu'étaient ces morceaux de papier, que j'ai précieusement recueillis et conservés, malgré le peu de respect qu'ils dussent m'inspirer.
Le premier était un fragment d'adresse d'une lettre arabe, peu lisible; le second contenait ceci :
. . . . IN FINANCIER -La bourse finit - .... • . d'hui assez tristement. Les ache-
rages de leurs tentatives réitérées
emblent se résigner à attendre la
plutôt disposés à réaliser qu'à
s positions.
a re. . . 3 % a débuté de 70.25 à 60.20; elle
a fléchi a 70.40 et a fermé ainsi à terme avec
10 c. de réaction.
Le comptant t du
Le revers est blanc.
vien
Emprunt Nation