LA TOMBE D'APIS
fabuleuse du premier empire , et sera enlevée pour aller orner le musée de Boulaq. Ce qui est vraiment digne de remarque dans tous ces tombeaux, c'est qu'ils sont le plus souvent enclos de murs bâtis en briques crues faites de terre et de paille hachée; il semblerait que d'aussi frêles constructions auraient dû tomber en poussière depuis l'époque où elles ont été achevées. Il n'en est rien, et ces murailles résisteront bien longtemps encore sous ce climat exceptionnel.
Le jour commençait à baisser ; nous avons donc repris le chemin de la maison de Mariette, en visitant, sur notre route, une excavation sépulcrale devenue une sorte de magasin où les antiquités peu importantes sont empilées sans le moindre soin. Là se voient par douzaines des couffes remplies de figurines de faïence bleue, de bronze ou de bois, de toutes les tailles ; ce Capharnaùm dédaigné constituerait à lui seul une douzaine de musées intéressants.
Il nous restait à visiter la tombe d'Apis, et sans que la cause nous en fût révélée, Mariette nous annonça que nous n'y descendrions qu'après le coucher du soleil. Notre ami avait ses raisons pour imposer ce retard à notre impatience. Enfin , une fois la nuit venue, nous nous mîmes en route, et à quelques centaines de pas de la maison , nous nous trouvâmes en face d'une grande ouverture donnant accès, par un bel et large escalier, à un immense souterrain. D'innombrables bougies, placées aux points convenables, l'illuminaient à giorno. J'avoue que je n'ai jamais rien vu d'aussi grand , ni d'aussi imposant. Figurez-vous une immense avenue taillée en pleincintre dans le roc vif, et dont toutes les parois sont couvertes d'encastrements , aujourd'hui vides , dans lesquels étaient incrustées les stèles votives qui forment la plus intéressante série du Louvre. A droite et à gauche s'ouvrent des chambres dans lesquelles sont encore à leur place vingt-quatre sarco-
phages de dimensions effrayantes, et taillés dans les roches les plus précieuses et les plus dures. L'un d'eux est resté en route dans la galerie, et n'a pas été mis en place. Quelque révolution l'aura empêché sans doute de recevoir la divine dépouille du bœuf qu'il était destiné à engloutir. Engloutir est le mot, ainsi qu'on le verra tout à l'heure. Parmi ces sarcophages, dont les plus anciens remontent au temps des Ramessides, nous avons remarqué avec un vif intérêt de curiosité celui qui a servi de tombeau à l'Apis blessé d'un coup d'épée par Cambyse. Toutes les chambres sépulcrales sont également taillées en plein -cintre; mais il y a mieux, encore pour prouver, contre les plus incrédules, l'antiquité de la voûte. L'arcade qui donne entrée au caveau dans lequel a été enfermé le corps de l'Apis mort pendant le règne de Darius, est revêtue d'une arcade en plein-cintre formée de voussoirs taillés exactement comme nous les taillons aujourd'hui.
La hauteur des cuves de ces sarcophages monstres est de 2m,30, et le couvercle, en toit aplati au sommet, a 90 centimètres de hauteur. La longueur est de h mètres , et l'épaisseur des parois de 30 centimètres. Arrivés devant celui qui a servi à l'Apis mort sous Cléopàtre , nous trouvons une échelle appliquée contre sa partie antérieure, et Mariette m'invite à y monter. Je ne me le fais pas dire deux fois, et quand je suis au sommet, je vois dans l'intérieur une table recouverte d'un riche plateau d'argent supportant des verres d'argent ciselé appartenant au service du vice-roi, et quelques bouteilles de Champagne. Des candélabres sont établis aux coins postérieurs du sarcophage, qu'ils éclairent parfaitement, et dix pliants ouverts autour de la table attendent les convives de cet étrange banquet funèbre. Une seconde échelle donne accès dans cette buvette de nouvelle espèce, et nous