‹ Voyage en Terre-SainteChapitre 27 sur 34 · LE LAC DE GÉNÉZARETH · texte numérisé non relu

LE LAC DE GÉNÉZARETH

Les Lyonnais, en leur légende, rapportent qu'un Parisien, arrivant dans leur ville, entendit pour la première fois parler des ponts dela Saône. « Saône !... » — fit-il, d’un ton légérement dédaigneux , — «à Paris, on prononce Seine.» — Il ne manque pas de pareils voyageurs, toujours préoccupés du pays natal. Je craindrais de passer pour tel, et pourtant je ne puis m'empêcher de faire remarquer encore le rapport qui existe entre la Galilée, — du moins dans les gradins inférieurs, les seuls que j'aie parcourus, — et certaines régions moyennes du Jura. | | |

J'ai cherché plus haut à exprimer l'impression qu'avait produite en moi la différence d'aspect de la Judée et de la Samarie, le caractère de grandeur un peu uniforme et de simplicité un peu pauvre qui distingue la première, — la richesse, la variété et l'éclat qui font admirer la seconde. J'ai comparé les environs de Jérusalem à nos plateaux élevés, je comparerai ceux de Nazareth à cette

région moyenne qui sépare chez nous la région des vignes de celle des sapins. Ce ne sont plus ici des montagnes nues et pommelées comme celles de la Judée; ce sont des combes et des plis de terrain, couverts de buissons et de chènes verts, avec une herbe bien fournie et d'un vert foncé, toute semée de pâquerettes et d'étoiles jaunes.

J'avais été déjà frappé de cette ressemblance en approchant de Nazareth. Je le fus plus encore en me rendant au Thabor; à un certain point de la montée, au milieu des buissons et des taillis, je me suis cru monter à la roche de l’Ermitage. C'est avec un sentiment de véritable émotion, je dirai même de reconnaissance, que je constatais ces analogies. Des diverses contrées que j'ai vues jusqu'ici en Orient, le pays où a vécu Jésus est celui qui étonne le moins les yeux d’un voyageur accoutumé aux régions moyennes de l'Europe. Il n’y a rien ici d'étrange et de nouveau pour nous; il ne nous faut pas grand effort d'imagination pour nous transporter sur ces chemins de la Galilée, parcourus par le Fils de l'homme lorsqu'il allait de lieu en lieu, faisant du bien.

Le Thabor, dont la hauteur‘ n’a rien d’extraordinaire dans un pays de montagnes comme la Palestine, en à pourtant toujours été un des sommets les plus remarqués. Les rabbins disent qu'il aurait mérité d’être choisi pour porter le Temple, et il paraît que, déjà du temps

‘ Au plus, 1900 pieds ; selon Robinson, 1000 pieds seulement Dans tous les cas, il n'en a pas 3000, comme le veut le rabbit Joseph Schwarz.

de Jérémie, sa majesté était proverbiale". Il attire en effet l'attention par sa situation isolée, et ses contours présentent cette régularité architecturale que j'ai souvent admirée depuis dans les montagnes de la Grèce. Je ne m'arrêterai point cependant à décrire ma course au Thabor. Le principal intérêt que cette montagne présente aux voyageurs, vient de ce qu'ils la considèrent comme le lieu de la transfiguration, et je dois dire que cette opinion me paraît peu vraisemblable. L'Evangile, qui ne nous dit pas le nom de la montagne de la transfiguration, a soin de nous apprendre que, lorsque Jésus prit avec lui ses trois disciples pour les y conduire, il se trouvait aux environs de Césarée de Philippe, assez loin par conséquent du Thabor, mais en revanche au pied du grand Hermon, le sommet le plus élevé de tout le Liban (dix mille pieds) et celui auquel s'applique le mieux le nom de haute montagne, que lui donnent saint Marc et saint Matthieu. Saint Luc dit tout simplement : € Il monta sur la montagne », ce qui est encore plus caractéristique*. Si quelque historien ou romancier moderne, après avoir. transporté son héros à Chamouny, nous racontait ensuite qu'il se rendit sur /a montagne ou sur une haute montagne, je ne sais qui s’aviserait de croire qu'il ne s’agit pas du Mont-Blanc, mais de Chasseral ou de Jolimont*.

‘ Comme le Thabor entre les montagnes. Jérémie XLVI, 18.

* Matth. XVII, 1. Marc IX, 2. Luc IX, 28. Voyez le texte grec. Nos versions disent à tort une montagne.

3 Quelque ancienne que soit cette tradition, voilà un fait qui me parait en ébranler l'autorité. En revanche, je ne saurais ac-

Le principal souvenir historique du Thabor remonte aux juges d'Israël. Sur le conseil de Débora, Barac avait pris position sur cette montagne, avec dix mille hommes de Nephthali et de Zabulon, ils se précipitérent de là sur l'armée de Sisera et sur ses neuf cents chariots‘. C’est la première fois que le nom du Thabor paraît dans l'histoire. La dernière illustration militaire de cette montagne est le combat livré dans la plaine de Jezréel par Bonaparte et Kléber en 1799. Trois mille Français y défirent vingt-cinq mille Turcs. Les vainqueurs donnèrent à cette journée le nom de bataille du Mont-Thabor.

Nous savons par Flave Joséphe, que la Galilée était de sontemps «un pays gras, abondant partout en pâturages » et fourni de toutes sortes d'arbres. La terre y est de si » bonne qualité, dit-il, qu’elle invite à la cultiver celui qui » n’en aurait nulle envie. Aussi est-elle toute labourée

corder grande valeur à l'argument de Robinson. Il est impossible, selon lui, que la Transfiguration ait eu lieu sur cette montagne, car il y existait alors une ville. — Nous voyons, j'en conviens, par deux passages de l’Ancien Testament, que dans le temps de Josué et dans celui d’Osée*, il y avait sur le Thabor une ville lévitique; nous savons même par Polybe qu'elle était encore là du temps d'Antiochus. Mais existait-elle du temps de Jésus? On peut l'admettre, mais on peut aussi en douter, car elle n'existait plus. à l'époque de la guerre des Juifs contre les Romains. Josèphe nous dit que le sommet du Thabor est un plateau de vingt-six stades d'étendue et qu'il l'avait entouré de murs. On ne concevrait pas que s’il y avait eu là une ville, il n’en fit aucune mention et ne parlât que d'un plateau.

‘ Juges IV.

4 Chron. VI, 62 (dans nos versions 77). Josué XIX , 22. Osce V, 4.

» par les habitants, sans qu'aucune partie soit oisive. Les » villes y sont en grand nombre et, à cause de la bonté » de la terre, les villages y sont partout très-peuplés ; le » moindre a bien quinze mille habitants. » Aujourd'hui, hélas ! la plus grande des villes de Galilée est loin d’atteindre ce chiffre, et c'est à peine si l’on trouve encore quelque trace de culture. Çà et là cependant, en contemplant le vallon de Nazareth, par exemple, ou en passant sous les grenadiers en fleurs de Kefr-Kenna, on peut se faire quelque idée de ce qu'était jadis ce pays, tel que le dépeint Joséphe. Les rares villages qu'on y rencontre sont blanchis à la chaux, et ne présentent point le coup d'œil terne et presque sinistre de ceux du midi de la Palestine. Partout d'ailleurs la campagne est verte ét riante, et l'on voit encore des restes de ces arbres de toutes sortes qui l’embellissaient. La Galilée est un pays abandonné; ce n'est point, comme la Judée, un pays désolé et ruiné. Dès qu’elle aurait un gouvernement qui inspirât la sécurité — ou, pour mieux dire, un gouvernement quelconque, — dès qu'on se mettrait à la cultiver, elle redeviendrait d’une richesse extrême, tandis que, dans la plus grande partie de la Judée, il faudrait bien des années de travail pour rendre au sol quelque fertilité, car il n'y a plus d’eau, il n’y a plus même de terre.

Les habitants de la Galilée se ressentaient d’une vie trop facile, de leurs rapports journaliers avec les nations étrangères et de leur trop grande distance de Jérusalem, distance rendue plus grande encore par l'établissement des Samaritains dans le territoire d'Ephraïm. Les inté-

rêts locaux et matériels l'emportèrent bientôt chez eux sur les intérêts religieux et nationaux. De même que les peuples d'au-delà du Jourdain, ils ne participaient que très-indirectement à la vie religieuse et politique du peuple hébreu. À peine ont-ils une place dans son histoire; on ne les y voit guére figurer que dans les batailles de Barac et de Gédéon. Presque aucune de leurs villes n’est nommée dans l’Ancien-Testament, et le lac de Génézareth lui-même, sous le nom de mer de Kinnéreth, n’y figure que deux ou trois fois, dans une détermination de frontières. Mais la Galilée allait avoir son tour : ceux qui avaient été les derniers allaient être les premiers dans le royaume de Dieu. Les rivages inconnus du lac de Génézareth avaient été mis en réserve par la Providence, pour être un jour le pays de l'Evangile. C'est ainsi que s’accomplit la prophétie d’Esaïe :

« Comme les premiers temps ont laissé sans honneur la terre de Zabulon et la terre de Nephthali, ainsi les derniers couvriront de gloire le chemin qui va de la mer au-delà du Jourdain, la Galilée des Gentils. Le peuple qui marche dans les ténébres voit une grande lumière : ceux qui sont assis dans la région de l'ombre de la mort, une lumière a brillé sur eux‘. »

Le rôle historique de la Galilée, comparé à celui de la Judée, est à peu près le même que celui de la Macédoine relativement à la Grèce. Les Grecs considéraient

‘ Esaïe VIII, 23; IX, 1. (Comparez Matth. IV, 14-16.) Je traduis ceci d'après l'hébreu. Les Septante, la Vulgate et nos versions modernes donnent un sens inintelligible.

leurs voisins du Nord comme des demi-barbares, écor- Chant leur belle langue, étrangers à la civilisation, aux arts et à la philosophie d'Athènes, — et c’est pourtant grâce à ces Macédoniens que cette langue, ces arts et celte philosophie se sont répandus dans tout l'Orient. C'est ainsi que la Galilée des Gentils a fait aussi la conquête du monde. Les Galiléens, si méprisés par les puritains et les puristes de Jérusalem, ont annoncé par . loute la terre le salut qui vient des Juifs, le Dieu qui s’est révélé à eux, le Messie qu'ont prédit leurs prophètes. La plus bélle partie de la Galilée, quoique aujourd'hui la plus déserte, est sans contredit le bassin du lac de Génézareth, appelé aussi mer de Galilée ou de Tibériade. Abritée par de hautes montagnes, fertilisée par les ruis- Seaux qui en descendent, par les vapeurs du lac et par là rosée du Hermon, cette contrée jouit d’un été perpélue] ; car elle est située à plus de six cents pieds audessous du niveau de la Méditerranée. Elle est, comme le dit saint Matthieu d’après Esaïe, vers le chemin de la Mer‘. La grande route des caravanes qui se rendent de Damas et de Palmyre à la côte de la Méditerranée coupe, dans son extrémité septentrionale, le bassin du lac de Génézareth. On peut s'imaginer quelle devait être la Prospérité d’une contrée si privilégiée, et l’on ne s’étonnera pas trop de l'immense population qui paraît y avoir êté accumulée, du temps de la domination des Romains. Lorsque Jésus, repoussé par ses concitoyens, quitta Nazareth et vint fixer son séjour près du lac de Tibé-

* Matth. IV, 15.

riade, ce ne fut point, on peut le croire, le charme de cette nature, les délices de ce climat qui l’attirèrent sur ce rivage. Le Fils de l'homme venait chercher et sauver ce qui était perdu‘. Ce qui l’attirait sans doute, c’étaient ‘#8 grandes populations actives et industrieuses, mais absorbées dans les intérêts grossiers de la terre, c’étaient ces foules mnisérables et errantes comme des brebis qu n'ont pas de berger, ces masses pour lesquelles, nous dit l'Evangile, t{ était saisi de compassion”. C'est à ces foules que Jésus à adressé la plupart de ses enseignements, c'est au inilieu d'elles qu'il a choisi ses apôtres. Un peu plus tard, après la ruine de Jérusalem, ee fut dans ces mêmes lieux que les docteurs juifs transportèrent leurs célèbres académies. C'est là, dans la ville de Tibériade, qu'ils firent ces admirables travaux de critique, qui sont parvenus jusqu'à nous sous le nom de #asore; c'est à qu'ils rédigèrent la Mishna et le Talmud de Jérusalem qui en fut le premier commentaire : véritables Pandectes du Droit israëlite, monuments de science. d’érudition, de sagesse et de subtilité, sur lesquels repose le Jdaïsme*, Ainsi, chose remarquable. c'est sur les bords de ce petit lac qu'ont pris naissance les deux religions

* Luce XIX. 10.

2 Matth. IX. M.

Ÿ La Mihna Mt rèdigee vers l'an IN de Jéu-Chnis par Rabbi

Jehuda. surnomme hakkédésa À. cest dire ke saint. mais ap Rk d'undinaire pa” les Talmodictes Rebèri Rat court. comme k maitre par exvellene. Le Fami de Jeruokem parut vers l'a RW it à Dibertaie. soit pus probablement à Spluris. autre vil de kRtnike. On l'appelle Tibmui dr Jerusalem. non quil MU 6 QUE hs cette vilk me. DNS paire quil à 6e fait en

issues de la Bible, le Christianisme et le Judaïsme molerne, le culte de l'esprit et le service de la lettre. Toutes leux étaient en germe dans le Judaïsme ancien, et saint Paul les compare fort bien aux deux fils d'Abraham, Ismaël , né de la servante, c'est-à-dire de la servitude, et [saac, né de la femme libre. « La Jérusalem d'à présent est esclave avec ses enfants, s’écrie-t-il, mais la Jérusalem d’en haut est libre : c’est elle qui est notre mére ! »‘

Il y a deux moments solennels et ineffaçables dans un voyage en Palestine : l’un est celui où l'on salue pour la première fois Jérusalem et le mont des Oliviers ; l’autre, celui où l’on découvre le lac de Génézareth.

Quand, arrivé au haut de la montagne qui domine Tibériade , je l’aperçus tout à coup à mes pieds, si uni et si paisible, dormant au milieu du silence recueilli de ses rivages, j'Osais à peine avancer et descendre dans la vallée, je sentais que ces lieux étaient saints. Mon œil embrassait d'un regard ces flots dans lesquels Pierre et André, Jacques et Jean, ont tant de fois jeté leurs filets, cette plage foulée par les pas du Sauveur, ces rivages élus, sur lesquels la Parole éternelle a dressé sa tente, qui ont contemplé sa gloire et qui en ont fourni des témoins à tous les pays et à tous les temps *.

Si mon livre se trouve avoir d’autres lecteurs que mes

Palestine et pour le distinguer du Talmud de Babylone, rédigé un siècle et demi plus tard et beaucoup plus étendu. — On sait que Jean Buxtorf le père a intitulé Tiberias son beau commentaire sur la Masore, imprimé à Bâle en 1620, à la suite de sa Bible rabbinique.

1 Gal. IV, 25 et 26.

* Écxvwaev. Jean I, 14.

compatriotes, auxquels il est spécialement destiné, je les prie d'excuser cette fois encore les comparaisons que je vais faire et qui ne peuvent avoir d'intérêt pour eux. Le lac de Génézareth, aperçu du haut de ces montagnes, présente tout à fait l'aspect d'un lac suisse. IL offre surtout par son étendue, aussi bien que par les traits prircipaux du paysage, une ressemblance frappante avec le lac de Neuchâtel contemplé d'un des sommets du Jura. Il n'a pas l’azur foncé de la Méditerranée ou du lac Léman, il est plutôt d'un bleu un peu gris, et j'y remarque cos mèmes taches que l'on voit si souvent sur le nôtre et dont on n'a pas encore, je crois, donné une expliation satisfaisante. Les montagnes que j'ai en face de moi forment une ligne presque horizontale, comme la cite orientale du lac de Neuchâtel. Mais elles sont plus ékvées et coupées de ravins, et leurs pentes, bien qu'abreles, ont un modelé qui manque à celles du Jorat : ze sont-elles d'un effet plus pittoresque.

Derrière cette côte s'élève, comme chez 22. © second rang de montagnes, non pas. ilest vrai ser ta là longueur du lac. mais seulement à ma gaahs. wr l'extrèmite N.-E. Cette seconde chaine. pes 4h à plus découpee que la première. correspæl à 4 chez nous celle des Basses-Alpes. Entn. pour «mer la ressemblance. on voit au noni. encore am-Bug à montagnes. Ss'elever la haute et large cr x Bons vouverte de neiges éternelles. Elle ect Batefies ms éloignée de Tiberiade que les Alpes berajünes qe Lt NS de Neuchitel. Cest une distance à pra pris serie 1 celle qu'il v a de Genève au Nont-Blanr.

À mes pieds est la petite ville de Tibériade, c'est la seule qui subsiste encore sur tout le rivage : elle est siluée entre le lac et les flancs escarpés de la montagne, dans un petit espace laissé libre par celle-ci. L'aspect en est des plus pittoresques. Ses murs, flanqués de tours aux trois quarts écroulées, décrivent un arc dont le bord du lac forme la corde. Autour des murs, on voit çà et là quelques palmiers isolés et quelques touffes de cactus.

La destinée de Tibériade est curieuse. Fondée, ou peutètre seulement reconstruite, par Hérode le Tétrarque, qui lui donna le nom de son suzerain l'empereur Tibère, elle fut sous lui la capitale de la Galilée. C'était une ville toute romaine, peuplée presque entièrement de paiens ; les Juifs l'avaient en grande aversion. Plus tard, quand elle fut devenue le refuge de leurs docteurs et leur plus illustre école, ils y accoururent en foule de toute la terre pour profiter de leurs leçons. Aujourd'hui que ces dernières lumières se sont depuis longtemps éteintes, ils y viennent encore pour y vénérer les tombeaux de leurs sages. Tibériade est la ville des rabbins, comme Jérusalem est la ville des prophètes.

Mais ce ne sont pas les souvenirs seulement, qui de nos jours réunissent tant de Juifs dans les murs ruinés de Tibériade. C'est aussi une espérance, l'attente de la délivrance promise. Ils ont en Palestine quatre cités saintes : Hébron, où repose Abraham, Jérusalem, la ville de David ; puis, en Galilée, Tibériade et Saphed. Ces deux dernières sont les villes du futur Messie. Suivant une tradition extrêmement remarquable, il doit sortir

& Mit ET GALILÉE.

= GX Qi LE “ef#zareth, prendre terre à Tibéue © &ihr -asufe <:0 trone à Saphed.

«it 0 =. Tibériade présente le phénomène .tañt . Ie file aive. Quand on y entre un jour = ua. ‘‘Omr# :+ ft MOn cas, On y trouve un ordre 5 nee Se Jafuils. Comme les musulmans, touten SOTL iefiéct le vendredi aux exercices reli-

is. + ‘mai ccartant point ce jour-là, je n'avais

is 2 7 AL +0 puis que j'avais quitté l’Europe. > “rimes 4 Tikériade par une brêche de la mu- =. -- * arr 183;, un tremblement de terre a

ue Nes setlerement la ville et écrasé sous les # juin ju1s # deux mille habitants. Les murs n'ont ‘é AUUE M2 Fariie, mais la ville, qui s’est relevée * r- rüfes < l'ancienne, se ressent de la pauvreté £ «> las : elle n'a guère l'aspect d’une ville ; les Buwvus 1 ©: js de coupole et ne consistent pour la ua ic un rez-de-chaussée ; elles se cachent au ri de Jets cours entourées de murs, au-dessus desacts sù vie surgir un figuier, un grand cep de vigne, au Juuec :à un grenadier. Il y a partout des ruines et æs des. et pourtant, en se souvenant de Jérusalem, u eu: vaxderer Tibériade comme une ville propre et heu LL.

sie x adant un moment, sans rencontrer aucun ue “vit et Qns entendre d'autre bruit que le pas de nes eu répervuté par les murs. Un peu plus loin ceci. apervois des juifs assis devant leurs maisons us zoeant à pas lents dans leurs habits de fête; us “dès, rüfermeés dans un long fourreau d'indienne

ceint à la taille et coiffés d’un bonnet bordé de fourrure, de dessous lequel s’échappent de longues mèches de cheveux gras et frisés; — les femmes, portant des robes à fond blanc chargé de fleurs des plus voyantes, des dorures au bonnet ou sur la poitrine et un voile bigarré pendant derrière la tête.

Il y a à Tibériade un juif galicien tenant une sorte de locanda. C’est là que l’on me conduit. Sa maison, qui n'a que deux croisées de front, est une des plus grandes de la ville : elle a un étage au-dessus du rez-de-chaussée. Je descends de cheval pour pouvoir passer par la porte de la cour. Deux jeunes femmes juives, fort belles et bien parées, viennent au-devant de moi et me font entrer dans un divan trés-frais. L’hôte arrive ensuite et s'excuse de ne pouvoir rien m'offrir, pas même un verre d’eau et du feu pour ma chibouque, puisque c'est aujourd'hui le sabbat. Enfin se présente un jeune homme vêtu d'une redingote à l’européenne, mais portant pardessus un grand thaleth blanc. Il vient tout droit à moi, me serre la main de toute sa force, m'exprime toute la joie qu'il éprouve à me voir et me fait mille protestations de dévouement. Il m'explique qu’il fait ici les fonctions de consul. C’est un réfugié polonais, Juif de race et de religion. Il a trouvé en Autriche un asile et un emploi. Le gouvernement impérial et royal l’a envoyé en Galilée pour y protéger ses ressortissants, car les Juifs d'Europe qui se trouvent à Tibériade et à Saphed sont, en bonne partie, originaires des Etats autrichiens.

Le sabbat ne finissant qu’au coucher du soleil, c'est alors seulement que notre hôte, déposant ses habits de

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Quelques pauvres ashkendzim, qui m'ont ve tout a l'heure, entrent dans la cour pour me de l'aumone en allemand. L'un d'eux, tailleur de so me supplie de lui donner de l'ouvrage. C’est enr je cherche À me soustraire à ses offres de service pantalon, déchiré en maint endroit par les épines dée, lui fourait un argument irrésistible en far Son droit au travail. W's'aceroupit à mes pieds raccommode séance tenante.

Cet usage de souper sous le porche de L mue due cour ouverte à tous \eénants. expligne hien 8 de T'Faangile qui ne s'accorderaien gare 7h M lutades européennes. Nons vovols. jar Pse0Dl Jesus avant té MNT PAT SIMOL k LES.

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entourage entiérement juif, tout cela me transporte K jours où Jésus entrait chez les habitants des bords ce même lac et s’asseyait à leur table.

Il n'y a que deux chambres à l'étage : l’une pour le asul, l'autre pour moi. Celle-ci a trois grandes ouverres, sans vitrage, cela va sans dire , mais fermées tant >5n que mal par des contrevents. Je ne dors qu'à demi, en que j'aie un lit véritable; car ce lit ne consiste ren un duvet, d’un pouce d'épaisseur, posé sur des rreaux de fer qui me meurtrissent le dos. Au chant du Q, il s'élève une tempête violente, le vent ouvre avec acas mes volets, malgré des essais réitérés je ne puis S tenir fermés. Quoique mon lit fût devant les fenêtres , Que je n'eusse ni vêtements ni couverture, je ne sen- S aucune impression désagréable de ces violents coups > vent, qui m'arrivaient en pleine poitrine. Ceci peut ire juger de la douceur du climat au bord du lac de ibériade. Dans le reste du pays, au contraire, j'ai touurs trouvé les nuits assez fraiches.

Le lendemain de mon arrivée à Tibériade était un dianche. Les Juifs m’avaient montré la veille comment Célébraient leur sabbat, je voulais fêter aussi à ma aniére le jour qui nous rappelle la glorieuse résurrec- M de notre Sauveur. Je résolus de quitter pour ce Qr-là la ville de Jehuda-hakkädôsch et d'aller cherer la trace des pas du Rabbi de Nazareth, sur la plage : Bethsaïda et de Capernaüm.

On peut discuter l'emplacement exact de Capernaüm,

‘ Je dis Capernaüm comme porte le texte reçu. mais les

mais on sait qu'il était, en tout cas, situé sur la rive otcidentale du lac, à la frontière des territoires de Zabulon et de Nephthali, et par conséquent au nord de Tibériade. Mon chemin est donc tracé. Je n’ai pas même à me demander si j'irai par terre ou par eau ; car le seul bateau qui existe à Tibériade est en ce moment hors de service. Le rabbin Schwarz, qui a séjourné seize ans en Palestine et qui a écrit sur ce pays un livre justement apprécié, représente le lac de Génézareth comme trèsanimé : «Ïlest, dit-il, continuellement sillonné de petites embarcations, sur lesquelles les gens qui habitent audelà du Jourdain apportent à Tibériade du bois et d'artres marchandises. » Tantus amor patriæ ! L'amour du sol des aïeux entraîne le savant rabbin à une exagération évidente. Pour moi, je déclare que, pendant les trois jours que j'ai passés à Tibériade, je n ai pas vu flotter sur le lac la moindre embarcation, et tous les voyageurs at testent la même chose.

C'est donc à cheval que je ferai ma promenade. Je suis accompagné de Jean et d'un bachi-bozouk qu'il me force de prendre pour nous servir d'escorte, car la contrée où nous nous rendons est infestée d’Arabes pillards. Je lui objecte qu'une escorte d’un seul homme me parait une précaution insuffisante contre une troupe de bandits, et qu'il vaut autant aller seul pour être moins aperçu. Mais Jean me répond judicieusement que le bachi-bozouk n'est point là pour nous défendre et n’y songe pas le

meilleurs manuscrits et la Vulgate ont Capharnaüm, qui parait eu effet valoir mieux. |

moins du monde: ce qui nous le rend précieux, c’est qu'il a peur des Bédouins ; et nous pouvons compter que du plus loin qu'il en apercevra, il tournera bride et nous donnera le signal de la retraite.

Il n'y avait rien à répliquer à d'aussi bonnes raisons. Je les trouvais d'ailleurs d'autant plus plus originales que nous étions sur le sol classique de la chevalerie; je me souvenais que Tibériade avait eu pour prince Tancréde et que, d’après un vieux fabliau, Saladin lui-même avait brigué l'honneur d’être armé chevalier par Huon de Tabarie (Hugues de Tibériade)".

Notre hôte nous remet, au départ, de quoi faire notre repas : des pains, — je dis des pains, et non du pain, car on les fait ici fort petits, — des œufs durs, comme toujours, — plus, quelques poissons frits enveloppés dans un feuillet du Kh6bôth hallebdbôth. Les poissons sont un régal que je n’ai pas trouvé dans le reste de la Palestine, mais qui est d’un usage habituel au bord du lac de Génézareth. On voit que la nourriture y est absolument la même que du temps de Jésus. Quand les foules le suivaient, ce que les plus prévoyants prenaient avec eux, c'était des pains et des poissons”. « Qui d’entre vous, dit-il aussi à ses disciples, donnerait une pierre à son fils, quand celui-ci lui demande du pain ? Et s’il lui demande du poisson, lui donnera-t-il un serpent? Et s’il lui demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion? »

! Voyez l'Ordène de chevalerie, dans la collection de Barbazan et Méon.

? Marc VI, 38; VIII, 5.

5 Luc XI, 11, 12.

Tibériade est, comme je l'ai dit, situé sur un petit coin de terre entre le lac et la montagne. Mais, plus au nord, celle-ci plonge dans le lac, et le chemin que nous suivons Se tient un peu sur la hauteur. Sur une distance de quatre à cinq kilomètres, cette côte n’est interrompue que par une gorge, au fond de laquelle coule un petit ‘ruisseau appelé Aën-el-Bdrideh. Mais quand on arrive à Medjdal, les montagnes reculent et font place à une belle plaine en forme de demi-lune, de plus d’une lieue de longueur. Ce Medjdal n'est qu'un pauvre hameau, mais son nom est tout hébreu, car medydal n’est que la prononciation arabe de migdal (tour). Sa situation fait aisément comprendre qu'on ait eu l'idée d'y élever un fort; c'était en effet une position militaire assez importante: d'un côté, la plaine de Génézareth, de l’autre, la route difficile qui conduit à Tibériade; derrière le village s'ouvre la gorge de Hattin. Plusieurs villes israélites portaient le nom de #igdal, comme on le voit par l'Ancien-Testament et par le Talmud. A laquelle correspond le hameau moderne ? Est-ce à Migdal-El (tour de Dieu), ville de la tribu de Nephthali mentionnée par Josué‘, ou, comme le veut Schwarz, à Migdal-Nunia, dont le nom ne se trouve que dans le Talmud? Peu nous importe, car aucun de ces anciens Migdal ne présente un grand intérêt historique. En tout cas, celui que nous avons sous les yeux est évidemment le Magdala cité par saint Matthieu’ comme étant sur la côte du lac de Génézareth et duquel,

1 Josué XIX, 38.

s Matth. XV, 39.

selon toute apparence, Marie la Magdeleine tirait son nom. Les flancs escarpés des montagnes au pied desquelles je me trouve, sont modelés et pour ainsi dire plissés ; on n'y voit pas d'arbres, mais les pentes sont couvertes d'un frais gazon. Si les montagnes de la rive opposée ressemblent un peu, de loin, à la côte orientale du lac de Neuchâtel, celles-ci ne ressemblent point à celles du Jura; elles ont plutôt quelque chose d'alpestre. Il est tel site, par exemple, dans les environs de Vevey, qui rappelle d'une manière frappante le territoire de Magdala. La plaine dans laquelle nous entrons porte dans l’Ancien-Testament le nom de Kinnéreth, et dans le Nouveau celui de Génézareth. Le premier a été donné à cette plaine à cause de sa forme, qui rappelle assez bien celle d'une harpe (en hébreu -:5). Quant à Génézareth (ou Génésareth), ce mot signifie jardins du Prince. De quel prince? Je l'ignore. Y a-t-il peut-être dans ce nom quelque allusion à ces princes de Nephthali, nommés deux fois dans la Bible‘? Quoi qu’il en soit, cette plaine était jadis un vrai jardin, une sorte de paradis terrestre. J'ai cité la description que fait Josèphe de la Galilée en général; celle qu'il donne de Génézareth est encore plus éblouissante; on croit lire un voyage au pays de Cocagne : «Celte contrée, dit-il, est également admirable par

‘ 1 Chron. XII, 34. Ps. LXVIII, 28. Je serais tenté plutôt encore d'expliquer le nom de "053 (qui est celui dont se sert le Talmud) par la racine MD, recedere, et je traduirais volontiers jardins de la retraite. Ce pourrait être aussi Les jardins de Zer, ville nommée avec Hammath dans Josué XIX , 35.

» sa beauté et par sa fertilité. I n’est sorte de plante qui » n'y prospère. Les noyers, qui aiment le froid, y crois- » sent en quantité à côté des dattiers propres aux pays » chauds, des figuiers et des oliviers des climats tem- » pérés. On dirait que la nature se pique d'y réunir les » contrastes, ou que chaque saison de l’année s'efforce » d'y prendre possession de la terre. Le sol y produit les » diverses espêces de fruits, non pas seulement une » fois l’an, mais aux temps les plus divers; il produit » pendant dix mois sans interruption des raisins et des » figues, ces rois des fruits. »

Prés de Medjdal sont quelques cultures maraïchèéres, où nous voyons travailler deux hommes nus jusqu'à a ceinture. Le reste est inculte, mais on peut juger encore de la fertilité de ce sol et de la richesse de ce climat, qui justifient les éloges de Joséphe. En ce moment tout est fleuri; la fleur la plus répandue est cette grande étoile jaune, si commune chez nous et dont je suis vraiment honteux de ne pas savoir le nom; elle donne à toute cette plaine une couleur d'or. Elle pousse par touffes et arrive à la hauteur d’un homme. Il en est de même des marguerites, que je cueille, sans me baisser, du haut de la selle de mon cheval. Quant aux chardons, qui sont nombreux, ils atteignent une taille de dix à douze pieds. Je trouve aussi une quantité d'épines, non point la petite épine ligneuse des environs de Jérusalem et des montagnes de Galilée, mais une plante d'au moins quatre pieds de haut, dont les feuilles, d’un vert livide, sont armées à l’aisselle de cinq longs piquants disposés en étoile. Les jets verdoyants du palmier y poussent par

grandes touffes. On ne voit du reste dans cette plaine aucune des espèces d'arbres qui l’embellissaient jadis ; mais, de même que les herbes y ont la dimension de véritables arbustes, les arbustes à leur tour y atteignent la taille de grands arbres. De magnifiques lauriers roses, tout chargés de leurs grandes fleurs, garnissent la rive du lac et le bord des ruisseaux, car cette plaine est parfaitement arrosée ; j'ai traversé trois jolis cours d’eau et j'ai trouvé la trace de plusieurs autres, à sec dans ce moment, mais qui, sans doute, ont aussi leur saison.

Tout ceci, on le voit, est bien différent du reste de la Palestine; on se croit dans une autre zone et c'en est une autre en effet, le climat des bords du lac de Génézareth est bien moins sec et bien plus chaud que celui de la côte méditerranéenne de la Syrie, il fait songer à celui des tropiques. En juillet et août, la chaleur y est extrême ; le consul m'a dit hier que, bien qu'il soit habitué depuis longtemps aux pays chauds, il lui est impossible de passer l'été à Tibériade ; il se voit forcé de se retirer à Saphed.

Deux paraboles de Jésus rendent un témoignage indirect à la fertilité de cette contrée. Ce sont celle du semeur et celle du grain de sénevé. Lors même que l’Evangile ne nous dirait pas qu'elles ont été prononcées au bord du lac de Génézareth', on pourrait aisément le deviner. La semence rendant cent pour un n'est pas, il est vrai, un fait extraordinaire ; ce détail eût pourtant, je crois, fait hocher la tête aux paysans des environs de

* Matth. XIII.

Jérusalem, habitués à ensemencer un sol sec et léger, plus propre à la culture de la vigne qu'à celle du blé. Quant à l’autre parabole, cette contrée au climat tropical est sans doute la seule, dans toute la Syrie, où un grain de moutarde puisse s'élever à la hauteur d'un arbre. Le Talmud de Jérusalem en cite des exemples extraordinaires, mais on sait que c’est aussi à Tibériade qu'il a été composé!.

. J'ai fait remarquer comme les paraboles de Jésus sont toujours appropriées aux habitudes de ceux à qui il les adresse et au pays où il se trouve. Il n’est pas difficile de reconnaître celles qu’il prononça à Jérusalem et celles qu'il fit en Galilée. La vie du berger et celle du vigneron, voilà le domaine auquel les premières sont le plus souvent empruntées*?. En revanche, quand Jésus parle des champs de blé, des moissons, des greniers, des filets que les pêcheurs tirent sur le rivage, nous en concluons qu'il est sur les bords du lac de Génézareth. Relisons les circonstances dans lesquelles telle ou telle parabole a été prononcée, cherchons une donnée positive dans ce qui la précède ou ce qui la suit, nous

1 Le sénevé de l'Evangile est appelé dans le Talmud Dm; la graine en est souvent citée par les Juifs comme exemple de ce qu'il y à de plus petit (Voyez Buxtorf, sub roce, et Matth. XVII, ). Cest la Salradore de Perse, nommée encore par les Arabes Khadel ou Khardel.

* Voyez. par exemple. la parahole des deux fils que leur père envoie à la vigne (Matth. XXT. celle des vignerons infidèles (Ibid.), l'image du berger qui sépare les hrebis d'avec les boucs (Matth. XXV. 39, 3, le partrait du bon berger Jean X).

4 Ainsi, celles du semeur. de l'ivraie. du filet (Matth. XIII), de Lomme riche reconstruisant ses greniers (Luc XII).

verrons que nous nous sommes rarement trompés et que le récit des évangélistes confirme presque toujours ce que nous avions deviné.

J'avance lentement, tantôt dans les hautes herbes de la prairie, tantôt en longeant la plage du lac; cette plage est une bande étroite, couverte d'un sable très-fin, tout parsemé de petites coquilles de diverses espèces. :

A l'extrémité nord comme à l'extrémité sud, la plaine de Génézareth — ou, comme on l'appelle aujourd'hui, le territoire de Magdala (Ardh-el-Medjdal)", — est complétement fermé par un promontoire de rochers formant un mur naturel. On peut conjecturer que ce côté était jadis protégé aussi par une tour, et peut-être par une petite ville ; on y voit les ruines d’un khân, appelé Khdn-Minieh.

On franchit ce promontoire en quelques minutes, grâce à un petit sentier taillé dans le roc, et l’on arrive à une nouvelle gorge ou à une nouvelle plaine d’alluvion, du genre de celle de Génézareth, mais beaucoup plus étroite. Elle est arrosée par un ruisseau divisé en plusieurs bras. À l'embouchure d’un de ces bras, est un moulin. Tout à côté je vois des pêcheurs, occupés à étendre leurs filets pour les faire sécher. C’est ici peut-être que Pierre, André et les fils de Zébédée, se livraient aux travaux de leur métier, quand Jésus, marchant sur cette même plage, les vit assis dans leur nacelle et leur cria : «Venez, suivez-moi ! »* Plusieurs voyageurs placent ici même ce

‘ Ceci fait supposer que dans les évangiles ces deux expressions sont absolument synonymes.

? Matth. IV, 18-22.

Bethsaïda (maison de la péche), la ville de Philippe, d'André et de Pierre‘. D'autres croient le retrouver dans Khân-Minieh où j'ai passé tout à l'heure. Il est difficile, impossible peut-être, d'en retrouver le site exact ; mais on ne peut hésiter qu'entre deux ou trois points de cette côte, fort rapprochés les uns des autres. Je suis sur le sol même de l'Evangile, je suis sur la lisière de terrain où fut déposée jadis cette semence, petite entre toutes les autres, mais devenue bientôt un grand arbre, qui doit un jour abriter sous ses rameaux tous les peuples de la terre.

Je m'arrête ici un moment et veux me désaltérer au ruisseau. Mais les pêcheurs me disent que c'est une eau salée et qui n’est bonne qu’à faire tourner la roue de leur moulin. Jacques, — l’auteur de l’Epiître, — était peut-être aussi de Bethsaïda et dans tous les cas avait souvent parcouru ces lieux; peut-être songeait-l aux divers bras de ce ruisseau et aux ruisseaux de la plaine de Génézareth, lorsqu'il écrivait ces paroles : « Une même source peut-elle donner à la fois de l’eau douce et de l’eau salée? »* |

Les montagnes qui, jusqu’à Medjdal et au-dessus de la plaine de Génézareth, s’abaissent en pentes abruptes, commencent ici à changer de forme; les sommets son! plus éloignés de nous, et les flanes de la montagne descendent vers le lac par gradins à pente douce. La côte inclinée que je traverse, après avoir passé le moulin de

‘ Jean I, 44.

* Jacques III, 11.

Bethsaïda, est admirablement située ; elle est voisine de l'extrémité du lac et s'agrandit vers le nord-est, de sorte que la vue embrasse dans son entier cette belle nappe d’eau avec ses pittoresques rivages. C'était jadis l'emplacement d’une ville considérable. Le sol est encore, sur une grande étendue, jonché de grosses pierres, cachées pour la plupart dans les épines qui le couvrent. Ici le chemin cesse, les épines sont si hautes qu'il serait absolument impossible de passer à pied. Mes vêtements s'y déchirent et préparent une nouvelle besogne au tailleur de Tibériade ; mes jambes sont tout ensanglantées ; mon cheval butte à chaque pas contre les pierres et se blesse aux épines ; il regimbe et s'arrête court.

C'est ici qu'était jadis ce Capernaüm que fut élevé jusqu'aux cieux", — car il fut pendant près de trois ans le séjour du Dieu manifesté en chair, et le témoin de ses œuvres admirables. Aujourd’hui il est abarssé jusqu'aux enfers. Cette terre, maudite entre toutes, ne produit plus que des ronces et des épines, et toute la merveilleuse puissance de végétation, qui jadis en faisait un Eden, ne sert plus qu'à donner à ces affreuses épines une vigueur inaccoutumée.

Deux ou trois petits hangars, entièrement cachés dans cette livide forêt d'épines, sont le seul abri que l’on trouve ici contre l’ardeur du soleil. Ils ont été construits par les Bédouins, me dit Jean, et leur servent dans l’oc- Casion à mettre à couvert le produit de leurs razzias. Nous entrons, non sans peine, dans une de ces huttes.

‘ Matth. XI, 23.

Les murs en sont faits de grosses pierres taillées, provenant des ruines de la ville ancienne ; le toit consiste en quelques nattes de rbseaux, reposant sur trois pieux de bois de figuier et sur un fragment de colonne antique.

Nous ne sommes qu'à une centaine de pas du lac. Jean sort pour aller y puiser de l’eau, mais malgré ses efforts il ne peut arriver jusque-là. J'en rapporterai moimême, car je suis bien décidé à arriver au lac, où je veux absolument me baigner; je remonte donc en selle et recommence une lutte acharnée contre les pierres, contre les épines et contre mon pauvre cheval, qui se cabre, qui tombe, qui refuse obstinément d'avancer. Au bout d'une demi-heure de combat et après des peines inouies, j'arrive enfin au bord du lac. Je me déshabille sur les tas de pierres qui couvrent le rivage et me délasse à nager dans cette eau limpide. Elle est assez agitée aujourd'hui, car il fait un gros vent, mais elle est d’une température très-douce.

Nous prenons notre repas dans la hutte. Le bachibozouk refuse de s’y associer, parce qu'on est en Ramadan. Nous avons beau lui alléguer que, lorsque nous rentrerons à Tibériade, nous aurons fait une journée de plus de sept heures de marche, et que la loi dispense du jeûne ceux qui ont à endurer des fatigues exceptionnelles. Il ne se laisse pas séduire par cette accommodante interprétation : — sans doute, il ne nous considère pas comme des docteurs assez graves pour que notre autorité puisse constituer une opinion probable. — Il refuse jusqu'à un verre d'eau et ne veut pas même entrer dans

la cabane, afin de ne pas s’exposer à la tentation. Ce brave homme reste en vedette à quelques pas de là, sans descendre de cheval et en plein soleil.

Pendant que Jean recueille les restes de nos pains et de nos poissons et les remet dans le sac, afin que rien ne se perde, je tire de ma poche un Nouveau-Testament et le feuillette pour y trouver les passages qui parlent de Capernaüm. À cette heure, dans cette matinée de dimanche, combien n'y a-t-il pas, sur toute la terre, de chrétiens qui lisent ce nom et qui se transportent en esprit dans les lieux où je me trouve, seul avec un Turc et un Arabe! Jésus a habité ici‘, l'Evangile appelle même Capernaüm sa ville*. Il nous apprend que c'était là qu'il payait l'impôt’. C’est ici qu’il enseignait dans la synagogue, qu'il guérissait le paralytique*, le serviteur du centenier *, l'homme possédé d’un esprit impur*, toutes les infirmités du corps, toutes les misères de l'âme! C'est à Capernaüm qu'il prononçait ces paroles : « Je ne mettrai point dehors celui qui vient à moi...; car la volonté du Pére qui m'a envoyé est que je ne perde rien de ce qu'il m'a donné’. » Je voudrais élever mon cœur à lui, ou plutôt l’appeler auprès de moi, ce Sauveur maintenant glorifié, ce médecin, cet ami aisé à trouver. Je voudrais m'entretenir avec lui et sentir son

4 Matth. IV, 13.

2 Ibid. IX. 1.

3 Ibid. XVII, 24.

S Ibid. IX, 1-7.

5 Ibid. VIII, 5-18.

6 Luc IV, 33-35.

7 Jean VI, 37-39.

invisible présence dans ces lieux où, homme lui-même, il a vécu avec les fils des hommes... Mais on dirait que l'anathème qui repose sur Capernaüm ne permette pas à ceux qui s'y arrêtent d'y goûter un instant de recueillement et de paix. Mon bachi-bozouk ne cesse de crier que les Bédouins approchent. Je ne m'en inquiète pas d'abord, car je me dis que, s'ils ont à franchir un champ d’épines pareil à celui que nous avons traversé, ils ne seront pas ici de sitôt. Je sors cependant de la cabane et j'aperçois, dans un lointain des plus rassurants, une petite troupe de Bédouins, — et au premier plan mon bachibozouk qui tourne bride, exactement comme Jean me l'avait annoncé. Nous n’aurions eu rien à craindre s'il les eût attendus de pied ferme ; car les Bédouins n'étaient qu’une poignée. Il est vrai que ni Jean ni moi n'étions armés; on m'avait, deux jours avant, volé un de mes pistolets et j'avais laissé l’autre à Tibériade, mais la seule vue de notre bachi-bozouk, la lance en arrêt, le sabre à la ceinture et le fusil sur le dos, aurait, je crois, suffi pour tenir en respect les pillards. Pour la seconde fois de la journée, je songeai à Tancréde et à Saladin; mais que voulez-vous exiger d’un soldat qui n’a pas déjeûné ? Nous remontâmes à cheval et reprimes la direction de Tibériade.

Les ruines où nous nous sommes arrêtés portent aujourd’hui le nom de Tell-Hüm. La proximité où elles sont du bout du lac, l’étendue considérable sur laquelle elles sont éparses, et diverses autres circonstances concourent à les faire regarder généralement commie celles de l’ancien Capernaüm. Robinson, qui aïme à contre-

dire, préfère placer Capernaüm à Khân-Minieh. Wilson a entrepris de le réfuter et y a réussi d’une manière qui me paraît satisfaisante. Je n’entrerai pas dans cette discussion, car les données sont trop insuffisantes pour que l’on puisse espérer d'arriver à une certitude. Il est remarquable que la tradition, qui a précisé, à tort ou à raison, un si grand nombre des lieux saints de la Palestine, ne dise rien de positif sur ce Capernaüm où Jésus a vécu, pas plus que sur Bethsaïda, la patrie de saint Pierre. Quant à Corazin, Robinson prétend n'en avoir retrouvé aucune trace. On m'assure cependant à Tibériade qu'il y a sur la montagne, à une lieue et demie de Tell-Hüm, une ruine appelée encore Brr-Kerésoun (le puits de Kerésoun). Ce pourrait bien être le Corazin de l'Evangile.

Quelque temps après ma visite à Capernaüm, je traversais Tyr et Sidon. A la place de ces reines des mers je trouvais de pauvres petites villes, bien déchues de leur antique splendeur, mais conservant encore intact leur vieux nom phénicien et renfermant dans leurs murs une population assez active, qui semble avoir gardé quelque reste du génie commercial de ses ancêtres. Ma pensée se reporta sur les rives du lac de Génézareth et je fus frappé de l’accomplissement littéral de la sentence du Seigneur :

Malheur à toi, Corazin! Malheur à toi, Bethsaïda! Je vous dis que Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous l*

4 Matth. XI, 21 et 22.

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